Gauche : un projet sinon rien

Publié le par jack palmer

Fête de l’Humanité . Toute la gauche a rendez-vous, à partir d’aujourd’hui, à La Courneuve. Au menu des débats, la construction d’une alternative majoritaire pour briser l’hégémonie de la droite.

Lourd climat à gauche en cette rentrée. Alors que des chantiers décisifs se présentent, suscitant une foule de questions pas forcément traitées dans le bon ordre, ni avec le bon timing (quelles réponses à la crise ? quel rassemblement ? avec quels contours ? pour quel programme ? à quelles échéances ? au service de quel projet global de société ? à définir avec qui ? etc.), les querelles politiciennes semblent systématiquement prendre le pas sur les problèmes de fond.

Après l’offensive menée tout l’été par ceux qui intiment à la gauche de disparaître ou de renoncer à ses ambitions transformatrices, la multiplication des contre-feux allumés sur les primaires présidentielles ou sur les alliances avec le Modem semble vouée à étouffer toute amorce de débat qui permettrait de dessiner une réelle alternative à la politique sarkozyste.

La crise de crédibilité de la gauche est patente, si l’on en croit le dernier sondage réalisé par l’IFOP pour Paris Match. Selon cet institut, seuls 33 % des Français estiment que la gauche « ferait mieux » que la droite si elle était au pouvoir, contre 65 % qui sont d’un avis contraire. Une réponse à mettre en relation avec un mécontentement qui ne faiblit pas envers la politique gouvernementale, mais qui ne trouve pas d’alternative dans laquelle s’exprimer.

Les élections régionales en débat

Le temps presse d’autant plus que les élections régionales se profilent, en mars 2010, et que la droite entend bien regagner le pouvoir régional pour renforcer son hégémonie dans le pays.

De son côté, le PCF a dit et répété, lors de son université d’été à Vieux-Boucau, puis durant son dernier conseil national, vendredi dernier, que le rassemblement à opposer à la droite passe obligatoirement par la case « projet », à définir dans des « ateliers thématiques » communs ouverts à toute la gauche, du PS au NPA en passant par les Verts, et aux forces sociales et citoyennes. Ce qui revient à refuser l’ « alternative mortifère », pour le PCF, entre jouer les « supplétifs » de recomposition politique PS-Modem, ou accepter d’être « éjectés » des majorités régionales en refusant toute participation, comme le propose le NPA. Le PS est d’accord pour participer à ces ateliers du projet, lui-même organisant les siens où le PCF et les Verts seront invités. Le parti d’Olivier Besancenot vient aussi de proposer à d’autres formations de gauche (PCF, PG, LO, Alternatifs…) de « préparer ensemble les régionales ».

Un paysage à bousculer

Mais le PS n’est pas invité à la table, alors qu’une majorité de gauche au second tour ne pourra s’envisager sans lui. Quant aux partenaires du PCF dans le Front de gauche, si le Parti de gauche et la Gauche unitaire sont d’accord pour reconduire leur alliance aux régionales sur la base d’un projet commun, ils posent comme préalable le refus d’associer le PS aux discussions, au moins au premier tour.

Une équation encore compliquée par le débat interne à chaque parti. Au PS, les tenants de la recomposition avec le Modem poussent leurs pions, saisissant la perche tendue par François Bayrou d’une « offre publique de dialogue ». Au PCF, des responsables et des élus régionaux avancent, non sans arguments, que la gauche unie dans les régions présente un bon bilan. Au NPA, le mauvais score des européennes (4,98 %) a rallumé le débat sur le refus de s’unir aux autres forces de la « gauche radicale ».

Au final, la véritable clarification à opérer est de savoir si le paysage à gauche est considéré comme figé, débouchant sur une fracture irréductible entre un PS engagé dans une refondation « démocrate » et une « gauche de gauche » fidèle à ses valeurs mais minoritaire. Ou si l’irruption des citoyens et l’exigence de réponse à leurs préoccupations peuvent être assez fortes pour faire « bouger les lignes » jusqu’à donner corps à une « alternative majoritaire » bien à gauche, mettant en échec les scénarios établis. C’est ce qu’entend démontrer, à travers de multiples débats, la Fête de l’Humanité.

Sébastien Crépel

Publié dans La gauche

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