Comment les lettres du prisonnier John McCain furent transmises à sa famille par Madeleine Riffaud, l’envoyée spéciale de « l’Humanité »

« L’Humanité » soutient les Vietnamiens dans leur lutte de libération. Cependant quand sa journaliste Madeleine Riffaud revient du front elle n’hésite pas à transmettre les lettres des prisonniers à leur famille.


Durée : 19:19Pris le : 26 octobre 1973Lieu : Hanoi, Ha Nội, Vietnam
Une enquête inédite de Daniel Roussel sur le passé de John McCain au Vietnam.
Un documentaire sur la véritable histoire de sa détention à Hanoï de 1967 à 1973.
Des témoins directs racontent sa capture, les premiers soins, l'arrivée en prison.
Deux pilotes américains détenus avec McCain au "Hanoi-Hilton" racontent leurs conditions de détentions et affirment qu'ils étaient bien traités.
Le cuisinière de la prison explique que McCain jouissait d'un régime de faveur parce que fils d'un amiral américain, chef de la marine dans l'océan Pacifique.
Le directeur de la prison parle des relations quotidiennes qu'il avait avec le prisonnier.
Des images d'archives exceptionnelles montrent le quotidien des prisonniers.
Le mythe du héros McCain forgé depuis 35 ans aux Etats-Unis s'ébranle...
Pour l’intégralité de ce documentaire de 26'
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Nous avons eu grâce à Monsieur Manac’h (*) un accès direct à la délégation vietnamienne à Paris (en 1968). Un jour M. Manac’h m’avait dit : “Je souhaiterais que vous rencontriez le rédacteur en chef de ‘l’Humanité’, M. André (Stil - NDLR)”, qui habitait dans une banlieue de Paris. Il avait deux appartements, réunis ensemble (c’était l’influent journal communiste français). Sur le mur, il y avait de magnifiques Picasso. M. André a dit : “Une journaliste française, Madeleine Riffaud, part pour Hanoi. Voulez-vous qu’elle vous envoie des messages de prisonniers américains ?” J’ai dit : “Oui, par tous les moyens il est très important que nous ayons de leurs nouvelles et de ce qui se passe au Hanoi Hilton” (l’endroit où les prisonniers américains étaient détenus). Elle est partie et revint avec de nombreuses lettres écrites par les prisonniers américains à Hanoi. J’ai pu adresser ces messages à leurs familles aux États-Unis. Parmi eux se trouvaient un enregistrement et des photos de celui qui est aujourd’hui, le sénateur McCain. À l’époque McCain était lieutenant de la force aérienne de l’US Navy et il avait été abattu audessus du Nord-Vietnam. Il était tombé en parachute dans un lac d’Hanoi et, au cours de l’atterrissage, ses deux bras ont été brisés. Parmi les images, il y en avait une de McCain levant ses deux bras pour montrer ses bandages. Mme Riffaud rapporta cette photographie qui fut immédiatement transmise à son père, l’amiral McCain qui commandait la flotte de l’OTAN à Londres à cette époque. »
Oui, il s’agit bien du même John McCain. Ces lignes sont extraites de l’interview de l’ex-conseiller politique de l’ambassade américaine à Paris, John Gunther Dean (devenu depuis ambassadeur), recueillie le 6 septembre 2000 par Charles Stuart Kennedy et publiée sur le site la Virtual Library de Jimmy Carter. Madeleine Riffaud – avec le plein accord du président Ho Chi Minh – et « l’Humanité » ouvrirent la voie à des échanges humanitaires, qui offrirent à la famille de l’actuel candidat républicain à la Maison-Blanche les premières nouvelles du prisonnier. De reconnaissance, Madeleine Riffaud n’en a pas reçu pas le moindre signe. La légende ne souffre pas la mémoire de ce qui se passait réellement au Hilton Hanoi.

De premiers contacts, alors, allaient être pris à Paris entre représentants vietnamiens et américains. Washington ne mettra fin à la terreur qu’à la veille de sa déroute en 1975. Dans un livre témoignage, à relire, « Au Nord-Vietnam, écrit sous les bombes » (1), Madeleine Riffaud a rapporté ses rencontres avec ces prisonniers, leurs interviews et les reportages sur ce que fut la sale guerre menée par les « héros » américains. C’était le temps de l’offensive « Rolling Thunder » – le roulement du tonnerre –, une offensive de destruction massive, ordonnée par le président Johnson pour écraser la résistance.
« Depuis 1965, 240 établissements scolaires ont été détruits au Nord, ainsi que 74 établissements sanitaires… Tout ce qui ressemblait à une école, à un hôpital a été pilonné… L’escalade, cet été, monte comme les eaux à la saison des pluies, mais les Vietnamiens ne semblent pas du tout submergés. Tous les types d’avions ont été expérimentés par le Pentagone sur le Nord… 3000 avions et 6000 pilotes participent aux raids sur le Vietnam (avec des bavures sur le Laos et le Cambodge) selon les chiffres des Américains. »
« Ils ont utilisé toutes sortes de bombes, des missiles air-air, des missiles air-sol, des missiles antimissiles. En plus du napalm, des bombes au phosphore, ils ont largué en masse des bombes à billes (dites « ananas », déjà utilisées depuis 1965), mais aussi les « goyaves », modèle nouveau beaucoup plus meurtrier, qui projettent avec une grande densité leurs fragments destinés à pénétrer en vrille dans les corps et leurs billes difficiles à extraire. » Auxquels il faut ajouter l’agent orange qui continue à tuer quarante ans plus tard. Des centaines de milliers de morts côté vietnamien, des milliers côté américain. Autant de spectres qui hantent l’enfer des « héros » américains.

Jacques Coubard

(1) Julliard. 1967, 300 pages. Et parmi les nombreux ouvrages de Madeleine Riffaud : « Dans les maquis Viêt-cong. De notre envoyée spéciale », Éditeurs Français Réunis. Le film vidéo tourné avec Jean Bertolino, pour l’ORTF : « les Linges de la nuit ». Les poèmes, « le Cheval rouge », « la Folle du jasmin », « Bleuette ». Et des témoignages sur la Résistance : « On l’appelait Reiner », un DVD, « 20 ans en août 44 ». Collection « Héros de la Résistance ».

 

Voir aussi le site de Daniel ROUSSEL