« La lutte contre les franchises n’est pas perdue »

Santé . À l’occasion des états généraux de l’organisation des soins, la ministre de la Santé a appelé à se battre « pour la solidarité ». Un comble, pour le Collectif contre les franchises médicales.

Vendredi s’est tenue à Paris la première séance plénière des états généraux de l’organisation de la santé (EGOS). L’objectif de ces travaux, qui réunissent professionnels de santé, élus et représentants de patients, est d’améliorer l’accès aux soins de proximité partout sur le territoire. Une loi devrait d’ailleurs aboutir cet été. Invitée à la clôture de ces travaux, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a esquissé quelques propositions : créer des maisons de santé interdisciplinaires ; « inciter et non contraindre à une meilleure répartition de l’offre de soins sur le territoire par des mesures positives », comme une aide logistique ; mettre en place des agences régionales de santé pour « organiser la santé sur un territoire » ; instaurer « une véritable filière de médecine générale renforcée », « promouvoir un recrutement régional ». En bref, rien de révolutionnaire, certaines de ces mesures - l’incitation à l’installation, notamment - ayant déjà démontré leur inefficacité.

La ministre s’engage

Mais ce que les participants à ces travaux ont aussi pu retenir, c’est l’engagement de la ministre en faveur de la solidarité. « Les Français, a-t-elle expliqué avec force, savent que la solidarité n’est pas de toute éternité établie par la seule grâce de l’incantation. Nous savons qu’il faut se battre pour la préserver, lui donner corps, la faire vivre. C’est ce combat qu’il nous faut aujourd’hui mener, tous ensemble. » Un comble, alors même que devant la salle du Tapis rouge, où se déroulaient ces états généraux, quelque 200 manifestants s’étaient rassemblés, à l’appel du Collectif contre les franchises médicales, pour défendre un système de santé solidaire. « Roselyne Bachelot nous dit de nous battre tous les jours pour la solidarité, mais pourquoi n’est-elle pas parmi nous ? », questionne avec ironie le docteur Christian Lehmann, initiateur de l’Appel contre les franchises. « Il y a une limite à l’indécence », lâche-t-il.

À un mois des municipales

De Lutte ouvrière aux Verts, en passant par la LCR, le PCF et le PS, tous les partis de gauche étaient présents à cette manifestation antifranchises, de même que plusieurs syndicats (CGT, SUD, Solidaires) et associations, au premier rang desquels Act Up. À un mois des élections municipales, tous, conscients que « la lutte n’est pas perdue », ont appelé à sanctionner les candidats UMP, afin d’obtenir la suppression des franchises qui font que de plus en plus de malades sont obligés de renoncer au soins dont il ont besoin.

Contrairement à ce qu’espérait sans doute le gouvernement, la mobilisation ne faiblit pas, au contraire. « Aujourd’hui, j’ai reçu 1 300 signatures pour la pétition. Il en vient de toute la France », se félicite Bruno-Pascal Chevalier, devenue la figure emblématique de ce combat. « Les gens commencent à recevoir leurs décomptes de Sécu et se rendent compte de la réalité des franchises », explique-t-il, citant le cas de cette dame qui en est déjà à 47 euros de franchises un mois seulement après leur mise en place. Vendredi après-midi, ce témoignage était partagé par de nombreuses personnes : des médecins, des malades, des personnes âgées. Comme cette représentante d’association de patients atteints de maladie rare. « Le plafond est très vite atteint. Il est déjà injuste d’avoir une maladie lourde, on a fait face au déremboursement de médicaments, les franchises représentent encore une dépense supplémentaire. Derrière ces lois se profile un modèle de société terrifiant. » Cet avis, ils sont des centaines de milliers de malades à le partager.

Alexandra Chaignon