L’arme de division massive

Publié le par jack palmer

Si les salariés, 
qui ont tant de mal 
à joindre les deux bouts, pouvaient 
se retourner 
contre leurs voisins 
plus pauvres qu’eux, Nicolas Sarkozy aurait partie gagnée.

Par touches successives, au gré de quelques phrases-chocs, de propositions-tests avancées par des ministres ou des parlementaires UMP en mission, les thèmes et les cibles de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy se précisent. Tout ce qui sera susceptible d’agglomérer les voix les plus à droite à celles de femmes et d’hommes en perte d’espoir collectif sera bon à prendre pour les stratèges de l’Élysée. Pour tenter de résoudre l’impossible équation (se succéder à lui-même en 2012, quand il ne peut compter aujourd’hui que sur le soutien d’un Français sur trois), le président sortant cherche son salut dans la division. Si les salariés, qui ont tant de mal à joindre les deux bouts, pouvaient se retourner contre leurs voisins plus pauvres qu’eux, au lieu de demander des comptes aux actionnaires et aux grands patrons, Nicolas Sarkozy aurait partie gagnée.

Le RSA (revenu de solidarité active) est devenu en quelques semaines le symbole de « la France des assistés », selon le titre d’une prétendue enquête du Figaro Magazine du week-end dernier qui suinte la haine du pauvre, le mépris de l’homme et de la femme fragilisés par la crise. Elle véhicule sans honte les pires anecdotes de comptoir pour marteler que les allocataires des quelque 470 euros mensuels du RSA seraient des profiteurs scotchés sur leur canapé et passant leurs vacances à Bali aux frais de « ceux qui tirent leurs revenus du travail ». Le mépris de classe n’est pas chose nouvelle. Au xixe siècle, les ancêtres des « happy few » du Fouquet’s criaient à l’immoralité des mineurs passant un peu de bon temps à l’estaminet. Mais aujourd’hui, la campagne, dont le Figaro Magazine donne le ton idéologique, vise à désolidariser le salarié mal payé du chômeur contraint de survivre avec des allocations. Tant que le débat reste à ce niveau, le gouvernement est tranquille et les patrons se voient exonérés de toute responsabilité dans la politique de bas salaires qui est la norme dans notre pays. Les 8 millions de travailleurs pauvres, les 13 % de Français qui galèrent en dessous du seuil de pauvreté constituent un socle de réalités résultant de la politique de soumission aux marchés financiers et au Medef. C’est ce que la démagogie de la droite sarkozyenne tente de cacher derrière le rideau de fumée.

En déclarant que « l’assistanat est le cancer de la société française », Laurent Wauquiez n’a pas commis un écart de langage mais lancé un ballon d’essai à destination de l’opinion de droite et d’extrême droite. La proposition de Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, qui consisterait à contraindre les chômeurs de longue durée à des heures de travail gratuit, vise à entretenir le climat de suspicion, à flatter les réflexes simplistes et à encourager le populisme.

Pendant ce temps-là, plus discrètement, les députés débattent du projet du gouvernement d’allégement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Mais solidarité bien ordonnée commence par sa caste. Derrière le jeu de rôle au sein de la majorité parlementaire sur la prise en compte, ou non, des œuvres d’art dans le patrimoine imposable, une chose est sûre : les nantis seront largement récompensés de la suppression du bouclier fiscal. Et dans ce domaine, l’assistance que leur prodigue la société ne se mesure pas en centaines d’euros, mais en dizaines voire en centaines de milliers de cadeaux fiscaux.

Jean-Paul Piérot

Publié dans Politique

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