La taxe Sarkozy est arrivée

Publié le par jack palmer

Les familles seront les grandes perdantes de la création de la taxe carbone. Au contraire des entreprises, qui verront au final leur impôt allégé.

Ce sera 17 euros la tonne de CO2, 4,5 centimes par litre de fuel ou de gasoil, 4 centimes par litre d’essence. En déplacement à Artemarre dans l’Ain, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a présenté hier les modalités de la taxe carbone qui rentrera en vigueur dès le 1er janvier 2010 et qui frappera la consommation d’énergie fossile (l’électricité ne sera pas taxée). Dans son allocution, le chef de l’État a pris soin de se présenter en champion de la lutte contre le réchauffement climatique.

LA SUITE LOGIQUE DE SA POLITIQUE ENVIRONNEMENTALE

Dramatisant l’enjeu afin de tenter de surfer sur les craintes légitimes que suscite le réchauffement climatique, rappelant longuement les décisions du Grenelle de l’environnement, il a inscrit la création de son nouvel impôt dans la suite logique de la politique environnementale poursuivie depuis son élection. Une manoeuvre doublement utile. Elle lui permet d’éviter d’ouvrir le débat sur la politique fiscale qu’il initie tout en jetant le discrédit sur ceux qui s’y opposent. Ceux-là sont présentés abusivement comme des irresponsables faisant peu de cas du péril climatique où comme des politiciens bafouant leurs engagements passés. « Je ne comprends pas comment on peut avoir signé le pacte de Nicolas Hulot au printemps 2007 et aujourd’hui renier sa parole et ne pas faire ce que l’on a dit qu’on ferait », lance-t-il ainsi pour stigmatiser le PCF et ceux qui au PS s’opposent à sa taxe. À entendre le chef de l’État, il n’y a donc qu’une seule politique possible pour répondre aux enjeux environnementaux : la sienne.

Conscient de l’hostilité de l’opinion publique vis-à-vis de ce nouvel impôt et de ses conséquences sur le pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy assure que la taxe carbone sera compensée. Les familles avec deux enfants assujetties à l’impôt sur le revenu bénéficieront d’une réduction de 112 euros si elles habitent en zone urbaine et de 142 euros en zone rurale. Les foyers non assujettis bénéficieront d’un « chèque vert » des mêmes montants. Ceux qui changeront leurs habitudes de consommation seront « doublement gagnants », ose le président de la République en affirmant que le montant de la réduction de l’impôt sera supérieur à celui de la taxe dont ils devront s’acquitter. Ce ne sera pas le cas de l’immense majorité des foyers qui ne bénéficient pas d’alternative à la voiture ou au chauffage au fuel.
Pour tenter de rassurer sur le pouvoir d’achat le chef de l’État a également choisi un montant inférieur aux 32 euros la tonne de CO2 demandés par le président de la commission des experts, Michel Rocard. Mais cette modération sera de courte durée car « la taxe carbone sera introduite de manière progressive ». Les entreprises seront les grandes gagnantes de la création de la taxe carbone. Certes, elles y seront assujetties mais auront tout loisir le de la reporter sur le consommateur.
Mieux pour elles, « la taxe carbone va s’accompagner de la baisse, voire de la disparition, simultanée et équivalente, d’autres impôts ». Suppression de la taxe professionnelle  ? Nouvelles exonérations de charges sociales ? Le chef de l’État ne le précise pas. Une chose est sûre pourtant, en agissant ainsi, il oppose l’écologie au social.

Pierre-Henri Lab


Publié dans Société Politique

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