La bourse ou la vie ?

La valse des milliards ces jours-ci donne le vertige. 5 milliards d’euros gaspillés par un trader de la Société Générale, lequel « jouait » sur une masse de 50 milliards ! 100 milliards de profits records pour les entreprises du CAC 40, version 2008... Décidemment, de l’argent, il y en a, et à profusion. Mais il est gâché dans des spéculations, récupéré par des rentiers, gaspillé en somme.

Décidemment, la France est riche. Mais le pouvoir, le patronat ne parlent que de restrictions, de régressions, de déclin. Car dans le même temps où l’argent facile et la « culture » bling-bling s’étalent sans vergogne – avec la complicité de Nicolas Sarkozy-, les prix s’envolent, les salaires évoluent à minima ( selon l’INSEE, ils stagnent autour de 1% de progression annuelle depuis 1994 !), la précarité passe de nouveaux caps. Des millions de gens vivent dans une situation d’urgence !

En fait ce sont des choix de société qui s’affrontent là. L’argent pour la spéculation, les profits mirifiques, les stock-options, la rentabilité à tout crin ou au contraire l’argent utile pour répondre aux besoins sociaux, construire une société de solidarité et d’épanouissement humain ? L’argent pour les gâchis humains et financiers ou l’argent pour une efficacité nouvelle et un mode de développement porteur de progrès pour tous et respectueux de l’avenir de la planète ?

La crise financière suscite dans l’opinion une grande émotion. Et l’on voit déjà les défenseurs du capitalisme, le Président de la République en tête, qui cherchent des échappatoires, des excuses, qui tentent de séparer ces désordres de la façon dont l’économie, le social, les êtres humains sont traités. Voilà qu’ils proposent de « moraliser » le système, de mieux le « contrôler ». Bref, il y aurait un bon capitalisme, celui des « entrepreneurs », à promouvoir, et un mauvais capitalisme, celui des « flambeurs », à réprouver.

En réalité, « l’argent pour l’argent », c’est aujourd’hui le coeur du système, sa seule loi, son unique morale. L’indice suprême d’efficacité des entreprises, des banques, c’est le résultat financier. Et toute la machine économique, toute la fiscalité, les lois, le Droit, sont au seul service de cet enrichissement des plus riches.Tout est fait pour que les capitalistes, sans se soucier des conséquences pour la société, recherchent cette rentabilité financière. Les nouvelles technologies sont détournées pour servir ce seul et unique but, faire du fric, vite, de plus en plus.

D’où cette frénésie mondiale d’OPA, de rachats en bourse, de prises de contrôle, pour détruire le concurrent, constituer des réseaux mondiaux de domination. En 2007, en Europe, 1300 milliards d’euros ont été injectés dans ce Monopoly géant. Les Etats poussent à cette guerre économique, cherchent à attirer sur leur territoire les capitaux, canalisent l’argent de la société à partir de la fiscalité et des privatisations.

Cette explosion de la rentabilité financière engendre des cercles vicieux : pression sur les salaires, contre l’emploi, contre l’investissement, spéculation sur les titres, sur les devises…jusqu’au krach ! Les Banques centrales sauvent alors les spéculateurs en injectant massivement des liquidités, en baissant leurs taux d’intérêt, ce qui ne fait que relancer la recherche de l’argent pour l’argent, jusqu’au krach suivant. Les Etats semblent désormais bien impuissants face à de tels phénomènes. On se rappelle avec quelle désinvolture la direction de la Société générale a traité le gouvernement lors de la dernière crise.

Pour rompre cette logique, pour rendre l’argent utile, il va falloir à la fois de profonds changements politiques et une intervention forte des travailleurs et des citoyens. Les salariés devront conquérir un droit de regard sur la gestion de leur entreprise. Il faudra en finir avec les exonérations de cotisations sociales patronales, imposer une nouvelle politique du crédit, favorisant l’emploi, la formation et sanctionnant la spéculation, constituer un pôle public bancaire, avec l’appropriation sociale de grandes banques par la Nation.

A gauche, il y a débat. Certains, lorgnant du côté de l’idéologie libérale, lacheraient la bride aux marchés financiers et se contenteraient d’apporter des correctifs sociaux aux logiques capitalistes. D’autres recommandent plutôt de s’émanciper de la tyrannie de la finance, proposent une autre utilisation de l’argent. C’est tout le sens de la campagne nationale sur l’argent qu’a décidé de lancer le PCF. La gauche doit avoir le courage de s’en prendre aux puissants de la finance.
Scrutin local mais aussi premier test grandeur nature pour le sarkozysme, les élections municipales et cantonales donneront l’occasion aux citoyens de peser en ce sens.