Logement : une politique toujours inadaptée


Exclusion . Le rapport 2008 de la Fondation Abbé-Pierre dresse un constat sévère de l’action des pouvoirs publics.

C’est bien connu : la répétition est l’arme des pédagogues pour les élèves rétifs à la compréhension. Année après année, le rapport mal-logement de la Fondation Abbé-Pierre en use donc à loisir, à destination d’une majorité gouvernementale qui, sourde aux alertes passées, continue de servir ceux qui n’en ont pas besoin et ne verse qu’aumône aux plus démunis, comme en témoigne le ruineux paquet fiscal octroyé pour une bonne part aux ménages les plus aisés.

Cette « politique sans ambition » due, jusqu’à peu, à la négation même de « la gravité de la crise » du logement par les pouvoirs publics, se traduit, pour les ménages modestes et les couches moyennes, par des difficultés de plus en plus grandes, non seulement pour accéder à un logement, mais aussi pour s’y maintenir. Aujourd’hui, s’inquiète Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation, « l’ascenseur résidentiel est plutôt descendant ».

Un secteur qui rapporte gros

L’indice le plus frappant de l’attentisme des derniers gouvernements réside en premier lieu dans un piètre pilotage de la production de logements. Outre que celle-ci fut quantitativement insuffisante de 1980 à 2005 (année à partir de laquelle la barre des 400 000 logements mis en chantier fut enfin franchie), c’est la qualité de l’habitat produit qui inquiète les auteurs du rapport. Jusqu’en 2000, 65 à 70 % de la construction concernait des logements accessibles financièrement à deux tiers des ménages (qu’ils soient en location ou en accession). Depuis 2005, cette part est tombée autour de 40 %. Ainsi, en 2006, « plus de 75 % des logements produits sont destinés aux 30 % des ménages les plus aisés ». Parallèlement, seuls « 6 % des logements mis en chantier » sont accessibles aux ménages les plus démunis, qui représentent 30 % des foyers français.

Mauvais pilote, l’État se révèle aussi atteint d’une avarice aiguë. Hormis sous le gouvernement Juppé, en 1995, la part qu’il a dépensée pour le logement exprimée en pourcentage du produit intérieur brut (PIB, soit la richesse nationale créée en un an) est, en 2007, la plus faible depuis trente ans. En revanche, cela ne l’empêche pas d’empocher à plein les bénéfices liés au secteur. En 2007, le logement lui a rapporté 0,40 % de PIB, soit plus qu’il n’a jamais perçu !

Cette logique, qui se traduit par une baisse de ses « engagements les plus sociaux », à savoir le financement du logement social et des aides personnelles au logement, oblige les collectivités locales à mettre au pot pour contenir l’hémorragie. Un slogan s’impose pour qualifier cette politique désastreuse : prendre plus pour donner moins.

Les HLM dans le viseur

Parallèlement, les gouvernements de droite n’ont eu de cesse depuis 2002 d’attaquer le logement social, déplorent les auteurs du rapport. « C’est la notion même de logement social qui est ébranlée et remise en cause », estiment-ils, pointant les dangers pesant sur son financement, « remis en question » à travers la baisse des aides directes à la construction et les incertitudes quant à l’avenir des mécanismes de financement basés sur le Livret A.

Faudra-t-il que l’année prochaine la Fondation Abbé-Pierre - qui signale par ailleurs la grande difficulté qu’elle a eue pour obtenir des chiffres théoriquement publics - tire de nouveau la sonnette d’alarme ? On peut s’en inquiéter, quand on constate le peu de cas fait par François Fillon des recommandations des associations concernant les sans-abri. La répétition du pédagogue a aussi ses limites. C’est à se demander s’il ne faudrait pas en revenir aux vieilles méthodes. Une bonne paire de claques… aux municipales par exemple.

Cyrille Poy

Comme pour enfoncer le clou, démontrant l'abandon du logement social:
Île-de-France. Les ascenseurs du parc HLM en sale état

Cinq bailleurs sociaux (OPAC de Paris, RIVP, SGIM, SIEMP, SemPariSeine) ont tiré hier une sonnette d’alarme sur le mauvais état du parc d’ascenseurs dans la région parisienne. Sur les 8 000 cabines réparties entre Paris et la banlieue, 5 % seraient immobilisés de façon chronique. Selon ces organismes, ces dysfonctionnements seraient dus en partie « à une gestion privilégiant les remises aux normes, jugées plus rentables que l’entretien et la maintenance ».