Grosse arnaque sur l'entrecôte

Publié le par jack palmer

Alors que le Salon de l’agriculture ouvre dans une semaine, les éleveurs de bovins de boucherie sont très inquiets pour 2009 après deux ans de baisse des revenus. Notre dossier sur les marges des distributeurs à découvrir dans l’Humanité des débats de samedi On a beaucoup parlé de l’étude de l’UFC-Que choisir au dernier congrès de la Fédération nationale bovine (FNB). Ces assises d’un syndicat spécialisé de la FNSEA se déroulaient alors que les revenus des éleveurs de bovins à viande sont désormais au plus bas de l’échelle, avec une moyenne de 10 600 euros par actif pour l’année 2008. La baisse des revenus a été de 32 % en 2008 après une chute de 25 % en 2007. « Le prix du bœuf en rayon a augmenté de 50 % entre 1990 et 2008 alors que, dans le même temps, le prix de l’animal subissait au total une baisse de 15 % », pointe l’UFC. L’association note que « cet écart s’est notamment créé lors des crises de la vache folle, qui ont induit de fortes baisses du prix de l’animal jamais répercutées en rayon ». Dans son étude, l’UFC-Que choisir a tenu compte des surcoûts liés à la non-commercialisation des abats, aux tests de dépistage comme à ceux de la main-d’œuvre et de l’énergie qui ont augmenté de 40 % sur la période étudiée. Néanmoins l’étude aboutit à la conclusion suivante : « _ Lorsque l’on tient compte de ces facteurs de surcoût et de la baisse du prix de l’animal, on ne peut expliquer pour l’entrecôte qu’une augmentation de 1,1 à 1,50 euro au kilo entre 1990 et 2008 », lit-on dans le document. Du coup, les deux tiers de la hausse du prix de la viande bovine sont sans justification. L’étude estime qu’une entrecôte vendue au prix moyens de 17 euros le kilo en 2008 a augmenté de 6 euros depuis 1990 Les éleveurs et leurs syndicats avaient déjà montré que lors des fortes chutes des prix constatées chaque fois qu’une majorité de consommateurs se détournait durablement de la viande bovine, la grande distribution gonflait ses marges. Au terme d’une étude très fouillée, l’association de consommateurs parvient aux mêmes conclusions. Elle estime qu’une entrecôte vendue au prix moyen de 17 euros le kilo en 2008 a augmenté de 6 euros le kilo de manière totalement injustifiée par rapport à 1990. Sur la manière dont s’opère cette spoliation du producteur tout en arnaquant le consommateur, l’UFC-Que choisir avance que « l’explication la plus probable à ce constat est que lors des crises sanitaires, la consommation baisse et, pour maintenir leur volume de profit, les distributeurs et les industriels créent cet effet de cliquet pour accroître leur marge sur le prix unitaire. L’augmentation de la marge unitaire vient alors compenser la baisse des ventes, ce qui est pour le moins contestable. » En réalité, les distributeurs ont utilisé la crise comme un effet d’aubaine. Il s’agissait pour eux d’amplifier une situation de chaos afin que la matière première leur coûte le moins possible chaque fois que l’offre était supérieure à la demande. Cette stratégie ruine les paysans. Elle s’est généralisée ces dernières années dans le secteur des fruits et légumes, dans celui du vin, mais aussi dans ceux de la viande de porc et de volaille également étudiés par l’UFC-Que choisir. Depuis 2005, les prix en rayon progressent de façon linéaire sans lien direct avec les prix agricoles S’agissant du porc, les prix payés par le consommateur « ont progressé de 16 % pour les rôtis et de 26 % pour l’échine, alors que le prix agricole du porc baissait de près de 30 % », relève l’UFC. Et de poursuivre : « Les prix de la distribution ont divergé des prix agricoles en 2001. À partir de cette date et jusqu’en 2005, les prix agricoles du porc s’effondrent alors que les prix de détail restent stables (…). Depuis 2005, les prix en rayon progressent de façon linéaire sans lien direct avec les prix agricoles. Le rapport Besson (1) confirme cette analyse et indique que l’essentiel des marges sur le porc est capté par l’étape de la distribution avec une marge nette estimée à plus de 26 % sur le rôti, ce qui est très élevé pour une activité dont les marges sont habituellement réduites. » Les prix de détail ont augmenté de 40 % alors que les prix agricoles des volailles ont augmenté de 7 % De son côté, la volaille a augmenté de plus de 15 % dans les magasins en 2007, dépassant de 9 points les autres produits alimentaires. Entre 1990 et 2008, « les prix de détail ont augmenté de 40 % alors que les prix agricoles des volailles ont augmenté de 7 % », relève l’UFC qui demande que « l’Observatoire des prix et des marges publie le montant des marges brutes et nettes pour chaque étape d’élaboration du prix pour les grandes familles de produits alimentaires et selon les différents circuits de distribution ». Notons pour finir qu’il n’y avait rien de tout cela dans les deux lois que Nicolas Sarkozy a fait voter par sa majorité en décembre 2007 puis en juillet 2008. On peut même dire que le volet consacré au commerce dans la loi Lagarde de modernisation économique a été discuté en tête à tête entre Nicolas Sarkozy et Michel-Édouard Leclerc dès l’automne 2007. Et les deux hommes se sont mis d’accord pour écarter toute transparence dans cette loi, tout en y introduisant la « libre négociation des prix avec les fournisseurs ». Ce qui donne aux distributeurs la liberté du renard dans le poulailler…
Gérard Le Puill (1) Publié en décembre 2008.

Publié dans Plan de relance du PCF

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