« Nous sommes tous des Lounis ! »

Publié le par jack palmer

« Nous sommes tous des Lounis ! »

Pluralisme. Succès du meeting de soutien, organisé mardi soir à Paris, au diffuseur de l’Humanité Dimanche qui comparaît au tribunal, le 18 février prochain.

Répétition générale avant le procès de Lounis Ibadioune, le 18 février (1), poursuivi pour avoir vendu l’Humanité Dimanche à la criée. 250 personnes, parmi les 10 000 qui ont signé la pétition en sa faveur, ont rempli la salle de l’Indépendance dans le 18e arrondissement de Paris, mardi soir. Des militants, des élus, de simples citoyens, des représentants des partis de gauche, des associations, des syndicalistes du livre et de la presse, des artistes, et de nombreux personnels et lecteurs de l’Humanité sont venus témoigner de leur solidarité à Lounis, à deux pas du marché Dejean où il vend l’HD chaque semaine. Un succès pour Gérald Briant, du PCF du 18e, organisateur de la soirée : « La mobilisation va au-delà des communistes car elle résonne avec d’autres luttes et un sentiment de trop-plein, de ras-le-bol. »

Image JPEG - 40.4 ko
Photo Pierre Pytkowicz/L’Humanité

« Nous avons tous été stupéfaits d’apprendre qu’on peut être verbalisé parce qu’on vend un journal qui ne s’inscrit pas dans la désinformation officielle », confie Danièle Simonnet, au nom du Parti de gauche. Pour Patrice Bessac, secrétaire du PCF Paris, cela est significatif d’un « climat de banalisation des atteintes aux libertés » où l’on s’attaque « au travail militant quotidien comme au grain de sable qui peut enrayer tout le système ». « Dans le contexte de crise du libéralisme, leur réponse est d’envoyer au tribunal ceux qui osent briser le consensus », s’indigne Ian Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris. « Vendre l’Humanité, ce n’est pas faire du commerce », s’emporte de son côté Éric Lejoindre, premier adjoint au maire du 18e et secrétaire de la section locale du PS. Face au « malaise créé dans le quartier » par cette affaire, Sandrine Mées, représentante des Verts, a invité à faire de ce procès le « catalyseur de la gauche pour sonner l’alerte auprès de tous les citoyens ».

Image JPEG - 41.2 ko
Photo Pierre Pytkowicz/L’Humanité

Pour Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, « il s’agit d’une affaire à la connotation politique affirmée qu’il ne faut pas prendre à la légère. Comme les syndicalistes qu’on licencie, qu’on menace ou qu’on poursuit, comme notre confrère de Libération cueilli au petit matin et humilié par la police, nos diffuseurs sont poursuivis parce que nos idées déplaisent au pouvoir en place et au grand patronat. Il n’y a pas de hasard si, d’un côté, l’Humanité est étranglée financièrement en subissant la discrimination publicitaire et dont on poursuit les diffuseurs, et si, de l’autre côté, tous les micros et plateaux télévisés sont ouverts à la « pédagogie » du chef de l’État ». Patrick Le Hyaric a invité Lounis à « tenir bon, nous allons tous être des Lounis d’ici au 18 février, la loi est de ton côté ». Ce qu’a confirmé son avocate, maître Nadège Magnon, pour qui cette affaire met en lumière les dysfonctionnements d’une justice dite « de proximité » qui condamne des personnes « sans s’interroger sur les fondements de leur décision ». « La Déclaration des droits de l’homme de 1789 consacre la libre communication des idées, et la loi Bichet de 1947 établit la liberté de la vente des journaux », a-t-elle rappelé.

En réponse, Lounis ne s’est pas départi de sa modestie habituelle, mais pas non plus de sa combativité. « Il ne faut pas se résigner, ne pas courber l’échine, il faut se battre », a-t-il lancé sous les applaudissements de la salle, invitant ses soutiens à « ne pas oublier les présentoirs » pour vendre l’Huma à la criée lors son procès…

Sébastien Crépel

(1) Le 18 février, à 9 h 30, 11, rue de Cambrai, 75019 Paris.

Image JPEG - 40.4 ko
Photo Pierre Pytkowicz/L’Humanité

Publié dans liberté

Commenter cet article