Guéant parle de croisade en Libye. Rendez-nous Hortefeux !

Publié le par jack palmer

Claude Guéant en conférence de presse à la préfecture de Nice, le 4 mars 2011 (Eric Gaillard/Reuters).

Je plaisante bien sûr. N'allez pas prendre la deuxième partie de ce titre au pied de la lettre. Pour autant, je ne suis pas sûr qu'on ait gagné au change avec Claude Guéant, l'ex-conseiller de l'ombre du prince, qui a succédé à l'Auvergnat au ministère de l'Intérieur. Guéant était plus policé quand il se taisait : tels certains habitants de Transylvanie, il supporte mal la lumière.

La semaine dernière, il « lepénisait » benoîtement, soulignant le ras-le-bol des Français « qui ne se sentent plus chez eux » et fustigeant « l'immigration incontrôlée » (vous savez, celle dont-il est l'un des contrôleurs en chef depuis 2005).

Ce mardi, nouvelle saillie remarquable : dans un tchat au Figaro.fr, il s'est félicité que Nicolas Sarkozy ait pris « la tête de la croisade » pour mobiliser en Libye. (Ecouter le son)

 

Le terme de « croisade » est déplacé, et même s'il connaît mal son histoire de France – ce dont on doute –, Guéant devrait le savoir.

Certes, d'autres s'y sont laissés prendre avant lui. Après le 11 Septembre, George Bush, tout en rendant hommage à l'islam et aux musulmans, l'avait laissé passer dans l'une de ses déclarations : « Cette croisade, cette guerre contre le terrorisme, va durer longtemps. » (Voir la vidéo)


Le mot (qui évoque des guerres injustes menées contre les musulmans au nom de la foi chrétienne) avait soulevé un tollé, surtout en Europe, où l'on craignait le début d'une guerre des civilisations : George W. Bush avait regretté publiquement l'usage d'un mot qui est pourtant moins chargé de sens aux Etats-Unis qu'en Europe.

Plus récemment, le premier ministre russe Vladimir Poutine a lui aussi employé le mot de « croisade ». Il s'est fait rappeler à l'ordre par le président russe Medvedev (« c'est inacceptable ») : l'ancien obligé prend visiblement de plus en plus d'indépendance. La passe d'armes entre les deux hommes fait les délices des « kremlinologues ». Mais dans cette affaire, c'est à dessein que Poutine a utilisé l'évocation des croisades : une façon pour lui de dénoncer la résolution 1973 de l'ONU

Un mot a échappé à Guéant ? La belle affaire, dira-t-on. Tout cela ne serait pas en effet si grave si le terme en question ne s'emboîtait pas si parfaitement, telle la pièce d'un puzzle, dans les discours dont le pouvoir nous abreuve sur l'immigration, l'islam, ou les « racines chrétiennes de la France ». Ces racines, que Nicolas Sarkozy a décidé de glorifier au Puy-en-Velay, la petite ville d'où est partie, justement, la première croisade.

Dessin de Chimulus

Photo : Claude Guéant en conférence de presse à la préfecture de Nice, le 4 mars 2011 (Eric Gaillard/Reuters). Dessin de Chimulus.

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