Cantonales : gamins ou papys, le FN pas chiant sur ses candidats

Publié le par jack palmer

Un responsable du Front national nous racontait, il y a quelques semaines, que, dans son département de l'ouest de la France, les candidats FN aux élections cantonales n'étaient pas des fusées.

« Ils ne sont globalement pas très intelligents, sauf quelques exceptions. »

Devant un thé, il expliquait : dans l'Ouest, le FN fait en général de mauvais scores ; il est donc difficile de recruter ce qu'il appelle des « kamikazes » – militants ou sympathisants dont la tête va être affichée, sur fond bleu clair, dans toutes les rues piétonnes d'une ville. Avec insultes à la clé, pour à peu près rien – ou peut-être la reconnaissance du Front.

« Un niveau intellectuel comparable à celui des candidats PC »

En visite à Paris pour la campagne du premier tour, le cadre FN poursuivait :

« Les candidats à cette élection ont souvent un niveau intellectuel bas, comparable à celui des candidats PC. Il faut tout leur expliquer. Ils sont moins intelligents que les candidats de l'UMP et du PS, qui eux ont leur chance et sont plus sérieux. »

Le frontiste décrivait ensuite l'une des candidates aux cantonales, coachée par lui, comme « labile et confuse dans son comportement ». Avant de conclure :

« Rien de bien intéressant au final. Juste un marqueur de la mauvaise santé du FN dans l'Ouest et de son manque criant de cadres. »

Et pourtant, surprise ce dimanche : le FN enregistre une forte poussée au premier tour des cantonales. Dans son département aussi. Ses « kamikazes » ont donc finalement rapporté des voix. L'important, semble-t-il est d'afficher la marque Marine Le Pen.

Un nonagénaire, doyen des candidats FN : « Je m'en fous »

Un journaliste de La Voix du Nord se moque par exemple d'un candidat fressinois (Nord), Eric Laisne, qui « s'informe » encore, le 8 mars, sur les pouvoirs du conseil général et ne semble pas démontrer « un attachement effréné à la collectivité territoriale. » Il a finalement réuni 19,23% des suffrages exprimés, devant les candidats UMP et PS.

Affiche de campagne de Benjamin Ratichaux (Loire-Atlantique).Et puis au Front, de nombreux jeunes candidats à peine sortis de l'adolescence, comme Benjamin Ratichaux étudiant en Loire-Atlantique, ou Pierre Planquette, étudiant dans l'Essonne, côtoient des retraités très fatigués (il y en a chez Europe Ecologie – Les Verts aussi).

Roger Marin, 93 ans, a été investi par le Front national dans le canton de Blâmont (Meurthe-et-Moselle). Il est le doyen des candidats aux élections cantonales et ne souhaite pourtant pas siéger au Conseil général. Ancien cheminot, il ne s'était jusqu'alors jamais présenté à une élection. Pour une bonne raison : ça ne l'intéresse pas, mais alors pas du tout.

Joint par Rue89, difficilement compréhensible (la télévision derrière n'arrange rien) :

« La politique, ça ne m'intéresse pas, j'en veux pas. C'est le parti qui m'a demandé, mais moi, je m'en fous. Si je suis élu, je n'irai pas. C'est terminé pour moi. Je m'en fous. Je suis retraité. »

Encore en forme ? « Oui, ah ah, si on veut », dit-il, ironique. Il a enregistré un score de 15,52% dans son canton, il n'est pas qualifié, on est soulagés pour lui. (Voir le reportage de France 3)


« Un âne ou une carotte, ça fait des bons scores »

Parmi les plus jeunes, Julia Abraham, 18 ans, étudiante en hypokhâgne à Strasbourg. Cette jeune femme est, elle, qualifiée pour le second tour des élections de Guebwiller (Haut-Rhin). Denis Rebmann, candidat socialiste, reconnaît que son discours est cohérent :

« Elle est bien formatée. Mais de toute façon, ce n'est pas le sujet. Cette jeune fille est étudiante, elle habite loin du canton. Ici, vous mettez un âne ou une carotte, c'est exactement pareil, ça fait des bons scores. Le vote FN est un vote contestataire. »

Le maire de Guebwiller raconte qu'il y a douze ans le candidat FN était « un alcoolique notoire et avait fait un bon score ». Celui d'il y a six ans était « quasi-fictif » :

« Personne ne l'a jamais vu et pourtant il a fait des voix. »

La jeune candidate explique que, bien sûr, Martine Binder, conseillère régionale d'Alsace, l'a aidée pour « le matériel et le programme ». Elle avoue que les gens votent « avant tout pour le FN », mais assure que sa personne a séduit quelques électeurs. Ils sont venus la voir pour lui dire que sa « jeunesse » avait aussi compté dans leur choix (elle précise qu'un tiers des candidats ont entre 18 et 25 ans). Confiante pour le second tour, elle dit :

« Et maintenant, je suis d'autant plus prise au sérieux que le peuple est derrière moi. »

Des sagas familiales : « Je n'ai pas forcé mon fils »

Les cantonales sont, enfin, au FN plus qu'ailleurs, une histoire de famille. Des sympathisants s'inscrivent sur les listes parce que leur fille ou leur compagnon le leur a demandé.

On y trouve des ribambelles de couples (probables), comme Lionel et Nathalie Derout dans l'Orne ou Paul et Odile Le Morvan en Seine-Maritime. Jean-Marc et Marie-Françoise de Lacoste-Lareymondie habitent eux en Charente-Maritime. Comme Jean-Marc a dû aller affronter Dominique Bussereau à Royan-Est, elle a pris sa place à Saint-Martin-de-Ré.

On repère également des familles sur trois générations, comme les Lussaud (Marguerite, Barbara et Laura). Chez eux, les valeurs politiques se transmettent de mère en fille. Barbara, suppléante, n'a accepté de se présenter, en Loire-Atlantique, que pour faire plaisir aux deux autres.

Jacques Gaillard (Seine-Maritime), à propos de son fils Clovis, attaché commercial de 20 ans :

« Je lui ai proposé de se présenter et il a dit oui tout de suite. Mon fils a été influencé par les conversations qu'il a entendues toute son enfance. Je ne l'ai pas forcé. J'ai pensé que ça pouvait lui mettre le pied à l'étrier. »

Clovis vit dans sa voiture et n'a pas fait une campagne très intensive. Son père dit qu'il « a quand même distribué des tracts et tout le monde sait que ça se jouait surtout au niveau national ».

Léopold Jimmy, le mytho sorti de justesse

Ces mobilisations familiales sont rarement rentables. L'exception : l'un des meilleurs scores FN a été réalisé par Michel Guiniot avec 37% à Noyon (Oise). Son fils, Laurent, a lui réalisé un score de 27,5% à Creil-Nogent. Il est également qualifié pour le second tour.

Enfin, les électeurs ont échappé de peu au candidat mythomane : Léopold Jimmy, candidat dans le canton de Balleroy (Calvados), a été sorti de justesse. Il s'était fait passer pour un militaire.

Illustrations : affiche de campagne de Benjamin Ratichaux (Loire-Atlantique) (BenjmainRatichaux.fr).

Publié dans Cantonales 2011

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