Le train fou de la concurrence.

Publié le par jack palmer


La locomotive SNCF accidentée après une collision avec un autre train le 20 mai près d'Angoulême
Une collision entre deux trains de fret a très fortement perturbé le trafic mercredi entre Paris et Bordeaux. Les syndicats dénoncent une conséquence de la libéralisation.
Les réactions du député européen, Francis Wurtz et de Didier Le Reste, dirigeant de la CGT-Cheminots, dans l’Humanité de vendredi 22 Mai.

Mercredi noir pour les usagers qui projetaient de se rendre, avant-hier, à Bordeaux au départ de la gare Montparnasse de Paris. Le trafic a été totalement interrompu toute la matinée dans les deux sens. Au total, en cette veille de week-end de l’Ascension, 20 000 voyageurs, selon la SNCF, ont eu à subir des retards ou des annulations. La circulation des trains n’a pu reprendre progressivement que jeudi, aux environs de 13 heures. Le retour à la normale du trafic n’est intervenu que hier dans la matinée.
À l’origine de cet incident, la collision entre deux trains de fret, jeudi vers une heure du matin, aux environs d’Angoulême en Charente. Selon un communiqué de la CGT-cheminots du secteur de Bordeaux, l’accident s’est produit au sud d’Angoulême dans le tunnel du Livernan. Le chargement de tractopelles d’un train d’ECR, filiale de la compagnie ferroviaire allemande Deutsche Bahn, visiblement mal arrimé, s’est déplacé, « engageant le gabarit de la voie contigüe ». Circulant dans le sens Paris-Bordeaux, le convoi a ainsi « frotté », en le croisant, un autre train fret, cette fois-ci appartenant à la SNCF. Blessé, le conducteur de ce dernier a été hospitalisé. Il souffre d’une fracture du poignet. La collision a aussi provoqué d’importants dégâts matériels. La locomotive SNCF a été sérieusement endommagée, des câbles arrachés, tandis que le déraillement d’un essieu a provoqué une déformation de la voie, retardant encore plus la reprise du trafic. Ces éléments mettent en évidence la violence du choc. « Que se serait-il produit s’il s’était agi d’un train de voyageurs ? On peut craindre qu’il y aurait eu des blessés ou pire ! », estime Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT.

Fait surprenant, le train ECR a été impliqué quelques instants auparavant dans un premier incident, sans que cela n’aboutisse à ce qu’il soit stoppé. Ainsi, le communiqué de la CGT du secteur de Bordeaux fait état « d’un premier heurt » survenu avec un autre train de marchandises. De moindre gravité, ce choc n’a pas contraint les deux convois à s’arrêter. Néanmoins, lors du changement de mécanicien en gare d’Angoulême, le nouveau conducteur du train SNCF, constatant les dégâts, a refusé de repartir.

Commentant la collision, les syndicats de cheminots ont mis en cause la libéralisation du trafic ferroviaire. « La recherche du profit conduit les entreprises à économiser sur les organisations du travail, les conditions sociales, les procédures réglementaires et les formations », accuse Sud Rail, troisième organisation syndicale à la SNCF. Constat identique de la CGT, le syndicat majoritaire. Son secrétaire général, Didier Le Reste, demande la création « d’un gendarme du rail » qui, « sous l’égide des pouvoirs publics, comme ce qui existe pour le transport routier, soit chargé de vérifier en temps réel la durée du temps de travail des conducteurs, les conditions d’exploitation et le niveau de sécurité ».
Le secrétaire d’Etat aux Transports a écarté tout lien entre la libéralisation et l’accident ferroviaire. Interrogé hier au journal de 13 heures sur France 2, Dominique Bussereau a évoqué « une négligence humaine » lors du chargement du train en Allemagne, annonçant une enquête et promettant des sanctions.
Reste que cet accident n’est pas un fait isolé mais le dernier en date d’une longue série impliquant les concurrents privés de la SNCF. Le 26 avril 2008, un train de la compagnie Veolia a ainsi traversé la gare de Montauban à plus de 60 km/h. Sans la présence d’esprit des agents de la SNCF qui, au dernier moment, sont parvenus à le dérouter, il aurait percuté de plein fouet un TER bondé de voyageurs.

Pierre-Henri Lab

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