Sarkozy fait le choix de l'affrontement

Publié le par jack palmer

L'éditorial de l'Humanité : Sarkozy fait le choix de l'affrontement

Éditorial, par Patrick Apel-Muller

Nicolas Sarkozy parle et ses paroles s’envolent. En un an et demi de pouvoir sans partage, le président de la République a saturé les écrans et les ondes comme aucun chef d’État avant lui, espérant ensevelir toute opinion critique sous le flot de ses réactions. À l’origine était le verbe… mais il n’a pas résisté à l’épreuve des faits et le gros temps lui est fatal. Si l’Élysée n’est plus crédible, c’est que la crise apporte la douloureuse confirmation que les choix libéraux conduisent dans le mur et sont néfastes pour l’immense majorité des Français qui paient la facture des spéculations des plus riches. Les annonces de mercredi soir sont très loin de permettre une relance de l’activité. Les grands syndicats unanimes l’ont déploré et ont appelé à l’action le 19 mars puisque le président a choisi l’affrontement.

Le mécontentement du pays - ce n’est plus seulement de l’inquiétude - a cependant acculé Nicolas Sarkozy à concéder quelques mesures sociales supplémentaires. Il ne parle plus de 1,4 milliard destiné au social mais de 2,6 milliards en assurant la création d’un fonds d’investissement social. C’est mieux que lors de son interview télévisée, mais c’est si peu quand on le compare aux 6 milliards d’euros offerts aux grandes fortunes par la loi TEPA ! Il a beau multiplier les manœuvres de diversion, larguer des leurres, jouer la montre, le mouvement social, symbolisé par une exceptionnelle unité syndicale, le presse de toute part. Mais un nouveau « coup d’épaule » sera nécessaire le 19 mars, prédisaient des syndicalistes, avant l’ouverture du sommet social. Les faits leur donnent raison. Le président lâche un peu de lest mais ne change pas de cap.

Une nouvelle fois, la droite et le patronat tentent d’élever un barrage contre la revendication d’augmentations de salaires. Ils inventent des mesures provisoires : l’illusoire partage des bénéfices qui maintiendrait les salaires au plus bas par temps de vaches maigres et dégraderait les comptes sociaux et les retraites, une prime ici, une baisse d’impôts pour quelques-unes et pas pour les 16,5 millions de foyers non imposables… Les mesures restent ponctuelles et chiches. Les grotesques acrobaties pour rebaptiser le « chômage partiel » en « activité partielle » résument l’entreprise. Nicolas Sarkozy et son amie Laurence Parisot, qui s’est montrée brutalement intransigeante, veulent à tout prix maintenir l’effarante régression qu’ils sont parvenus à imposer : le partage des richesses créées entre le capital et le travail n’a jamais été aussi défavorable aux salariés depuis 1960 !

Comme si de rien n’était, le président maintient le massacre de l’emploi public et des hôpitaux, refuse toute hausse du SMIC, reprend la rengaine de la baisse du coût du travail, des cadeaux en tous genres pour le patronat - 28 milliards d’exonération de la taxe professionnelle ! - et il continue à sanctuariser l’impôt le plus injuste, la TVA, qui frappe au même niveau l’ouvrier modeste et le PDG du CAC 40 lorsqu’il achète la même marchandise. Comme si de rien n’était… alors que des millions de Français tirent le diable par la queue, que 50 000 chômeurs s’ajoutent chaque mois, que des centaines de milliers de salariés sont au chômage partiel. Même quand il paraît conditionner des allégements de charges sociales, c’est seulement à l’ouverture de négociations par les directions d’entreprise et non à leurs conclusions !

Un débat s’est ouvert dans la société que ni la répression en Guadeloupe, où un syndicaliste a été assassiné, ni l’arrogance des ministres, ni les doctes leçons des économistes patronaux, qui se sont toujours trompés, ne parvient à circonscrire. Il porte sur la manière de produire, pour qui et pour quoi, sur le rôle des banques et la priorité donnée aux marchés financiers… et désormais sur le capitalisme même qui n’apparaît plus comme le fin du fin de l’histoire. À suivre, le 19 mars et dans les mois qui viennent.

Publié dans Plan de relance du PCF

Commenter cet article