La seule mission des États de droit doit être de réprimer les mafias

Publié le par jack palmer

Par Guy Pettenati , ancien maire et conseiller général communiste de chevilly-larue (94).

 

Dans l’Humanité du 24 novembre, Patrice Bessac dit que la légalisation des drogues mettrait fin au trafic. Je ne partage pas cette opinion. Mon opposition à la légalisation est essentiellement puisée dans mon expérience d’élu local durant plus de vingt-cinq ans dans une commune de la banlieue parisienne qui n’est pas épargnée par le fléau de la drogue et de ses trafics. Elle est aussi éclairée par une certaine idée de la morale, au risque de choquer ceux qui, soi-disant au nom de l’efficacité (à voir), proposent « d’en sortir ». Une idée de la morale qui renvoie à celle du respect de la vie, de la dignité humaine que l’usage des stupéfiants dégrade, voire assassine, ceux qui touchent à ces produits mortifères.

J’ai à l’esprit le visage de ces nombreux jeunes toxicomanes de ma commune qui ont perdu la vie, ainsi que la souffrance de leur famille. J’ai aussi à l’esprit que les fantasmes des drogues ont eu pour effets chez leurs usagers de leur faire perdre tout sens du réel, briser les liens affectifs et sociaux qui les unissaient à leur environnement, estompant progressivement chez eux les exigences du combat pour la vie, contre tout ce qui peut aliéner, exploiter la vie humaine. Je tiens à faire observer à ceux qui font la différence entre les drogues « douces » et les drogues « dures » que tous les jeunes que j’ai eu la tristesse d’accompagner à leur dernière demeure ont commencé par fumer « un petit pétard ». Il a été le premier pas vers l’enfer. C’est donc au filtre de cette expérience du terrain et des valeurs humanistes qui m’habitent que je suis conduit à m’opposer à toute forme de légalisation des drogues. J’avoue avoir été surpris et choqué par « les avantages de l’approche de légalisation » proposés par l’auteur. Ainsi, il présente les avantages d’une légalisation où « le ou les États » « prendraient le contrôle de la production, des importations et de la distribution », un tel dispositif conduirait mécaniquement, dit-il, à « la suppression ou la réduction du rôle des mafias ». Mais comment peut-on envisager que des États de droit puissent officiellement envisager de combattre les mafias… en les concurrençant en quelque sorte dans leurs commerces mortifères ? La seule et unique mission qui doit être celle des États de droit, c’est de réprimer avec la plus grande fermeté les mafias de la drogue. Mais y a-t-il chez eux cette volonté politique ?

L’auteur déclare que « la prohibition mondiale de la drogue a structuré depuis des décennies un marché extrêmement lucratif ». Mais c’est une prohibition «bidon». En vérité, elle est pour de trop nombreux pays le paravent moral qui cache des relations obscures mais réelles avec les grands cartels de la drogue. Ils ferment délibérément les yeux sur les rapports que ces cartels entretiennent avec des groupes financiers qui blanchissent l’argent sale pour financer des trafics d’armes, des coups d’État, des conflits armés, voire certains partis politiques. Non, la légalisation des drogues ne mettrait pas fin aux trafics. L’expérience de certains pays européens proches qui ont légalisé la vente de certaines drogues a eu pour effet une augmentation sensible des consommations et… la poursuite de trafics mafieux. Alors, que faire ?

Il n’y a certes pas de solution miracle. Mais je retiens de mon expérience en partenariat avec des élus des communes proches que l’efficacité de l’action de prévention des toxicomanies réside notamment dans la mise en réseau – sur le terrain – de tous ceux qui peuvent contribuer à faire reculer le fléau : travailleurs sociaux, élus, enseignants, éducateurs, associations, corps médical, etc. Encore faut-il que l’État, parce que la toxicomanie relève du domaine de la santé publique et donc de sa compétence, assume pleinement ses responsabilités et dégage les moyens nécessaires. La répression contre les trafics est le complément nécessaire de la prévention, elle doit s’orienter notamment vers les caïds des trafics (qui très souvent ne consomment pas). On sait que la drogue et ses trafics prospèrent notamment dans les populations frappées par la désespérance, la misère sociale, culturelle, par l’exclusion.

D’où l’importance – en conclusion de mon propos – de l’indispensable combat politique, notamment dans ces quartiers désertés au fil du temps par les militants associatifs, y compris communistes, pour y reconstruire de l’espoir. Pour faire vivre au quotidien les valeurs de courage, de dignité humaine, de lutte contre toutes les formes d’exploitation, d’aliénation humaine du système capitaliste.

Je persiste à croire que la lutte contre les toxicomanies et ses trafics est partie intégrante de notre combat anticapitaliste.


Guy Pettenati

Publié dans Politique

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