Non à l’alignement atlantiste, oui à la sécurité européenne

Publié le par jack palmer


Par Michelle Demessine, sénatrice du Nord, membre de la commission

Quand le président de la République annoncera au sommet de Strasbourg-Kehl, à l’occasion de la commémoration du 60e anniversaire de la création de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le retour complet de la France dans son commandement militaire intégré, il officialisera une décision lourde de symboles et révélatrice d’une politique contraire aux intérêts fondamentaux de notre pays et de son peuple. Lorsqu’en 1966 le général de Gaulle avait décidé de quitter, non pas l’alliance mais le commandement militaire, c’était, au nom « d’une certaine idée » de la souveraineté nationale, pour refuser d’être éventuellement entraînés dans des guerres qui ne seraient pas les nôtres et ne pas accepter la place écrasante que tenaient les États-Unis dans les organismes dirigeants. Jamais un président de la République n’avait depuis osé revenir sur une décision qui faisait partie d’un consensus sur la défense nationale.

Certes le contexte et les menaces contre la sécurité de notre pays ne sont plus les mêmes. Mais vingt ans après la dissolution du pacte de Varsovie, quelle est aujourd’hui la raison d’être d’une organisation défensive qui s’inscrivait dans le système de blocs propre à la guerre froide ? Les États membres de l’OTAN ont d’ailleurs perçu le danger et ont d’ores et déjà engagé une réflexion stratégique pour transformer le rôle et les missions de l’alliance atlantique. On comprend donc mal dans ce cadre l’obstination de Nicolas Sarkozy à vouloir à tout prix réintégrer le commandement militaire sans connaître les finalités de ce « nouveau concept stratégique », sinon pour faire allégeance aux États-Unis.

Ne soyons pas naïfs. Même avec l’administration Obama, l’objectif des États-Unis est toujours de transformer cette organisation en une « alliance globale » tous azimuts, un « bloc occidental » dans lequel ils conserveraient une influence prépondérante et qui, de fait, serait leur bras armé et resterait au service de leur interventionnisme hégémonique. Cette nouvelle alliance n’aurait en aucun cas la légitimité conférée à l’ONU par son fonctionnement et sa vocation universelle. Elle ne servirait qu’à exacerber les conflits, pour la plupart fondés sur les inégalités de développement, dans ce monde multipolaire qui caractérise notre époque. Enfin, la politique d’élargissement suscitée par l’OTAN à laquelle nous assistons actuellement en direction d’anciens pays membres du pacte de Varsovie, loin de stabiliser la situation en Europe, est au contraire propice à attiser les tensions alors qu’il faudrait renouer avec le partenariat stratégique engagé avec la Russie.

Injustifiée et précipitée, la décision de Nicolas Sarkozy est surtout néfaste et dangereuse pour notre pays. Sur la scène internationale tout d’abord, notre crédibilité serait affaiblie et nous perdrions auprès de nombreux pays, en particulier les pays émergents, le Moyen-Orient et l’Afrique, notre position spécifique d’indépendance et d’autonomie de décision, notre rôle singulier dans la résolution des conflits et la préservation de la paix. Ce qui n’exclut pas, quand il le faut, la solidarité avec ceux dont nous partageons les mêmes valeurs.

Sauf à nous priver de notre pleine liberté de décision, quel intérêt aurions-nous donc aujourd’hui à réintégrer totalement les structures du commandement militaire ?

Le président de la République avait publiquement conditionné ce retour à des progrès significatifs de l’Europe de la Défense. Force est de constater qu’après six mois de présidence française de l’Union européenne la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) est pratiquement en panne. Plutôt que de consacrer une part suffisante à la défense commune, la plupart des pays membres préfèrent se réfugier sous le parapluie de l’OTAN. La réintégration exigerait également une augmentation considérable de notre participation financière et une contribution en personnels estimée à plus de deux mille officiers et sous-officiers ; autant de moyens soustraits à une politique de défense européenne autonome. Celle-ci est pourtant déjà fortement plombée par la condition qui lui est imposée par le traité de Lisbonne d’être en tous points « compatible » avec les objectifs politiques et militaires de l’OTAN. Celui-ci énonce clairement en son article 28 que « (…) les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’OTAN qui reste, pour les États qui en sont membres,

le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en oeuvre ».

Ainsi, contrairement à ce que prétend le président de la République pour lequel il faut « plus d’OTAN pour avoir plus d’Europe », notre pays aurait beaucoup à perdre de son identité et de ses intérêts en s’intégrant davantage dans l’alliance atlantique. Devant l’ampleur des protestations à gauche, mais aussi du camp gaulliste, le gouvernement a dû céder et accepter que cette décision fasse l’objet d’un débat public national et contradictoire et qu’elle soit soumise au vote du Parlement.

Dans ce débat, en votant contre la réintégration totale dans le commandement militaire,

les parlementaires communistes refuseront l’alignement de la France sur la logique agressive de puissances économiques et de blocs militaires.

Ils feront des propositions alternatives pour substituer à l’OTAN une organisation européenne de sécurité collective, fondée tout à la fois sur la prévention des crises, la résolution politique et multilatérale des conflits, le respect du droit international et

des résolutions de l’ONU.

Mais cette décision, qui engage tout le pays en affaiblissant notre indépendance diplomatique et militaire, est d’une telle importance que nous exigeons aussi qu’elle soit soumise à l’approbation du peuple lui-même par référendum.

Le débat parlementaire et le référendum populaire peuvent être, dans cette campagne des élections européennes, deux voies démocratiques pour avancer sur le chemin de la paix et du désarmement dans une Europe débarrassée de la logique des blocs et des dogmes

du libéralisme.

des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées.

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