Deux cités veulent faire la paix
Entre les jeunes de la cité des Graviers à Villeneuve-Saint-Georges et celle de la Lutèce à Valenton, c’est la guerre. Les parents des deux ensembles ont décidé de s’unir pour y mettre fin
«Il faut dire stop! Stop à cette violence, cette inquiétude, cette souffrance! » martèle l’énergique Akika Bouzar, maman de Villeneuve-Saint-Georges et présidente de l’AIP2V (Association interparentale de Villeneuve-Saint-Georges et Valenton). Les parents de la jeune association créée pendant l’été ont fait leur rentrée, vendredi soir, au centre socioculturel la Lutèce, à Valenton.
Depuis « ce malheur » comme le nomment pudiquement les membres de l’AIP2V, un dialogue s’est noué entre une vingtaine de parents de Valenton et de Villeneuve, qui ont décidé de passer à l’action sur le terrain. Leur défi : rompre la triste fatalité et faire cesser la violence gratuite. Membres d’honneur de l’association, les maires des deux villes — Françoise Baud (PC) à Valenton et Sylvie Altman (PC) à Villeneuve-Saint-Georges —, sont partie prenante, comme plusieurs éducateurs, associatifs et commerçants.
Projets interculturels entre les deux villes, accompagnement des jeunes et de leurs parents dans des permanences, aides à la formation et l’orientation : les parents sont convaincus de pouvoir aider les jeunes et les parents, désemparés par cette situation. A l’AIP2V, on s’écoute et on ne manque pas d’énergie.
« Dès que je croise un jeune sur le parking, j’engage la conversation, l’air de rien, pour le raisonner un peu, confie Akika Bouzar. Dans le fond, ils sont très gentils! » « Mais ils agissent par bandes dirigées par un meneur, rappelle un père, au bord des larmes. Ils sont pris dans un code de l’honneur, un système de représailles qui ne rime à rien. » « Et ils sont de plus en plus jeunes, vers les 13-14 ans, armés de barres de fer, de pistolets, ça peut aller loin! » rappelle son voisin.
A raison d’une réunion toutes les deux semaines, organisées alternativement dans l’une des deux villes, les parents veulent aller vite. Et associer les adolescents qui paieront un euro symbolique leur adhésion. Dans le fond de la salle, vendredi, un jeune ne perd pas une miette de la scène, comme trois « grandes sœurs », âgées de 25 ans. « On a grandi dans cet engrenage et on n’en peut plus, explique Nassima. On pourrait convaincre les petits d’arrêter. » Un vrai défi, à quelques mois du début du procès des présumés agresseurs de Youssef.
Le Parisien
BÉRANGÈRE LEPETIT | 05.09.2010
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