"ne touchez pas à nos retraites, pas de consensus avec Sarkozy" ?
Ayant été pour la seconde fois destinataire de votre tract "ne touchez pas à nos retraites, pas de consensus avec Sarkozy", tu me permettras, en te remerciant de l'info, ces quelques remarques et réflexions personnelles sur ce que m'inspire, en terme de contenu et de visée politique, cet appel de Boisséens.
Si je partage une grande partie du diagnostic établit dans cet appel, portant notamment sur les origines de la dégradation continue de notre système de retraite (..),j'y retrouve (à priori) une série d'arguments que nous formulons au PCF, j'ai beaucoup plus de mal à vous suivre (ou vous comprendre ?) sur la chute que vous proposez : "Ne touchez pas à la retraite", en d'autres termes, pas de réforme.
Vous dites que "l'allongement de la durée de cotisation, le retour aux 37,5 annuités pour une retraite complète, le retour aux 10 meilleures années dans le privé... ne sont pas négociables". OK, sauf que tu auras noté comme moi que nous n'en sommes déjà plus là depuis les contres réformes de 93, 2002 et 2007 (pour ne citer que ces dernières) !
Pour abroger toutes ces régressions antérieures qui ont conduit à la dégradation que nous connaissons, à la fragilisation même de notre système solidaire de répartition, il faut des lois. Donc de nouvelles réformes politiques. Encore faut-il vouloir revenir sur celles-ci et l'exprimer. Ce n'est malheureusement pas le cas pour tout le monde à gauche. Il faut donc poursuivre le débat et pousser à cette nécessaire clarification.
Seconde remarque. Votre appel fait très justement le constat qu'il y a de l'argent. Vous citez à ce propos quelques exemples, mais ne dites pas clairement comment s’ y prendre pour répondre à l'exigence de financements nouveaux.
Disons le donc clairement. OUI il faut répartir autrement les richesses produites, taxer le capital, élargir l'assiette des cotisations, supprimer les exonérations...
Il faut aussi, et votre appel n'en parle pas, une autre politique de l'emploi et des salaires!
Rappelons quelques données :
100 000 emplois, ce sont 2 milliards d'euros de cotisations sociales de plus.
L'élargissement de l'assiette des cotisations aux stock-options, parachutes dorés.. feraient entrer 3 milliards d'euros dans les caisses
La mise à contribution des revenus financiers des entreprises (à hauteur de ce que versent les salariés) feraient entrer autour de 20 milliards d'euros; Revenir sur les exonérations représenteraient plus de 30 milliards d'euros; etc.
L’argumentaire de la droite et du patronat instrumentalisant les chiffres du COR, est de créer un climat de peur, d'angoisse et de fatalisme. Ils font des projections sur plusieurs décennies ne sachant pas ce que sera la croissance et le niveau du chômage dans deux ans! On assène le chiffre de 2 600 milliards d'euros de déficits en 2050, sans dire qu'à cette époque la richesse produite s'élèvera à 120 000 milliards d'euros!
C'est le débat qu'il nous faut absolument mener, le type d'arguments et de propositions qu'il faut livrer (au delà du constat qu'il y a de l'argent).
Au fond c’est un débat de société du style à qui profite la valeur ajoutée produite dans ce pays?Aux actionnaires, aux revenus financiers ou aux créateurs de richesses que sont les salariés?!
Je ne retrouve pas cette exigence de positionnement dans votre appel.
Il n'y a pas de propositions permettant pourtant de sensibiliser et de mobiliser, en particulier, la jeunesse (les plus sensibles et pour cause au système par capitalisation) autour d'alternatives fortes. Par exemple: la validation des années d'études et périodes de chômage dans le calcul des retraites; un départ anticipé à 55 ans pour les métiers pénibles, etc…
Dans le compte rendu de votre dernière réunion vous faites allusions aux mobilisations syndicales en cours ou à venir. Vous parlez de celle du 15 juin à l'appel de FO, et de celle du 27 mai à l'appel de 5 organisations. Vous affichez à priori votre préférence pour une grève interprofessionnelle du type de celle proposée par FO.
Quelques remarques s’imposent:
- FO (dont les sympathisants ont votés à 42% pour la droite et l'extrême droite aux dernières élections régionales, 40% sur des listes de gauche) fait depuis quelques mois bande à part avec les autres centrales syndicales.
- C'était déjà le cas le 23 mars (800 000 manifestants), le 1er mai et ce sera malheureusement à nouveau le cas le 27 mai prochain sur l'emploi, les salaires et les retraites!
- Cette attitude d'isolement pèse énormément sur le rapport des forces et encourage Sarkozy, devant cette division syndicale, à aller au bout de ces projets. Je rappelle que le 27 mai prochain est une journée de grève et de manifestation interprofessionnelle, elle a évidement besoin d'être forte si nous voulons lui donner les nécessaires prolongements syndicaux et politiques qu'impose la situation.
- La dimension de cet appel à l’action unitaire du 27 mai (5 orgas syndicales, 6 fédérations de la fonction publiques, plusieurs partis de gauche.. y appellent) ne peut donc être mis, de mon point de vue, sur le même pied d'égalité que la journée du 15 juin décidée, pour des raisons tactiques qui échappent à la majorité des salariés, par Force Ouvrière seule!
Il est important de ne pas se tromper de combat et de rester lucide sur ce qui peut réellement infléchir les orientations de la droite de Sarkozy.
Alors que les salariés aspirent à l'unité et au rassemblement le plus large sur des contenus élevés, il n’est pas sûr que la journée du 15 juin prochain changera malheureusement quoi que ce soit dans le paysage.., à moins de croire qu' une organisation à elle toute seule (en l'occurrence FO, composée d'autant d'adhérents de droite que d'extrême gauche) peut inverser le rapport des forces ?!
Par ailleurs, c'est un peu ignoré qu'un nombre important de militants FO sont souvent engagés dans des actions unitaires dans leur entreprise et que nombres d'entres eux appelleront naturellement à la journée du 27 mai avec leurs camarades issus d'autres syndicats et les salariés concernés.
Quant à l'appel de Copernic-Attac dont le PCF et la quasi totalité des partis de gauche, plusieurs syndicats, associations, personnalités sont signataires, ici encore ne nous trompons pas de cible.
Cet appel unitaire, qui s'oppose à l'allongement de la durée des cotisations, au recul de l'age légal du droit à la retraite, qui appelle à répartir autrement les richesses produites a au moins le mérite de désenfumer les esprits et de fédérer plusieurs forces sociales et politiques autour de principes forts. Il est, une bonne base de départ pour lancer et réussir des débats d'éducation populaire dans les villes et dans les quartiers pour aider nos concitoyens à se réapproprier quelques valeurs et repères forts. Il permet aussi aux formations de conserver leur liberté d'action et d'expression. C’ est le cas du PCF qui déploie sa propre campagne en restant attaché à la constitution d’un front de riposte large et unitaire sur cet enjeu fondamental des retraites.
Je ne serai donc pas signataire de votre appel (qui est par ailleurs une reprise d'un appel national d'un parti politique qui curieusement n'a pas mené campagne contre la droite aux européennes et régionales),
Je milite pour
La formulation claire de propositions alternatives (au delà des constats)
Pour un référendum populaire sur ce véritable enjeu de société
Pour de vrais réformes progressistes (ce qui n'est pas tout à fait la même chose que de dire "pas touche à nos retraites", et entérine de fait la poursuite des dégradations du système issues des réformes antérieure)
Pour une loi progressiste alternative que les parlementaires communistes déposeront prochainement, forts des luttes et des résistances qu'il convient ensemble de généraliser.
C'est le sens du débat que nous organiserons le 16 juin prochain à Boissy avec la participation de Pierre Gosnat, Député Maire communiste d'Ivry, un économiste et de nombreux syndicalistes.
Alors oui et à l'inverse de ce qui est affirmé dans votre appel ("nos retraites ne sont pas discutables"). Je crois au contraire qu'il faut se saisir partout de ce débat national pour informer nos concitoyens des véritables enjeux pour débattre et convaincre largement que d'autres choix Sarkoziens où des sociaux démocrates existent. Il faut pour les imposer un gigantesque rapport de force sociale et politique.
Depuis les contres réformes de 93, les retraités ont vu fondre leurs pensions de plus de 20%. C'est là encore la confirmation qu'il faut non seulement en débattre, dénoncer ces réalités et imposer une vrai réforme progressiste des retraites et de la protection sociale. C'est le moment!
Amicalement
Cédric Quintin
Militant communiste de Boissy st Léger
NB: Ayant diffusé, c'est normal, votre appel à nos adhérents, peux tu faire de même (auprès des signataires de votre comité local) avec cette contribution.