La fin des casses automobiles sur la N 7

Une page se tourne.Avec les travaux du futur tramway T7, ce qui fut l’endroit le plus couru d’Ile-de-France pour trouver une pièce détachée est voué à disparaître.
C’était le paradis des rétros cassés, des portières défoncées, La Mecque des capots accidentés. Mais, de Vitry à Chevilly, la D 7 (ex-nationale 7), connue dans toute l’Ile-de-France pour sa succession de casses automobiles à la sortie de Paris, a perdu sa réputation d’antan. Les uns après les autres, les « casseurs » désertent, de mauvaise grâce, les bords de la route des vacances qu’ils avaient investis après la Seconde Guerre mondiale.
Une hécatombe qui s’accélère ce mois-ci avec le début des travaux du tramway T7 prévu en janvier et les expropriations à la chaîne des vastes sites occupés depuis des décennies par ces sociétés d’achat et vente de véhicules accidentés.
« C’est la fin d’une époque ! » fulmine Jacques Demure, gérant de la société Dem’s Auto, qui doit évacuer son site de « recyclage agréé » sur 5000 m2 à Chevilly. « La N 7, c’était comme les puces de Saint-Ouen. On y venait en famille le week-end », poursuit le chef d’entreprise qui peste contre les « indemnités ridicules » versées lors de l’expropriation et le peu de considération réservée aux « recycleurs » qui employaient pourtant « des centaines de personnes ».
« Pour garder 2 x 2 voies sur la D 7 et permettre le passage du tramway, on a été obligés de rogner sur les trottoirs et d’exproprier un certain nombre de constructions », justifie-t-on à la RATP, avant de glisser : « D’ailleurs, cela n’a pas été pour déplaire à certains maires. » Comme Christian Hervy, maire PC de Chevilly-Larue, qui se félicite du départ de ces sociétés et, par la même occasion, de la fin de nombreuses nuisances. « L’entrée de ville de Chevilly va prendre une nouvelle allure, se réjouit-il, évoquant les perturbations infernales liées aux casseurs. C’était le règne de la mécanique sauvage, vilipende-t-il. Sans cesse, c’était des conflits de stationnement et de circulation sur la N 7, des gens qui se tapaient dessus, des voitures défoncées garées n’importe où et il y avait même des travailleurs clandestins qui traînaient à la sortie des casses pour proposer leurs services. »
Seule une petite dizaine de sociétés s’accrochent encore aujourd’hui aux bords de la route mythique. « Mais la N 7, ce n’est plus comme avant, déplore-t-on aux établissements D. Antonelli et à la SARL Auto 55 fils à Thiais. Avec le départ des nombreuses sociétés de Vitry, entre janvier et juillet 2010, les gens ne viennent plus de loin comme avant chercher leur rétro. Ils réservent beaucoup sur Internet. » Certains, comme le gérant de la SARL Auto 55 fils, évoquent aussi le durcissement de la législation qui ne permet plus de vendre aux particuliers. Après leur départ de la N 7, de nombreux établissements se réinstallent sur la N 20 (Essonne) à la hauteur de Montlhéry, Ballainvilliers ou encore Massy. Les anciens terrains des casseurs sont en cours de dépollution. Puis la page sera définitivement tournée.
BÉRANGÈRE LEPETIT
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