À Indre, le maire qui refusa de chasser les Roms

Publié le par jack palmer

samedi 04 septembre 2010

Les cinquante caravanes sont arrivées il y a dix mois dans la plus petite commune de l'agglomération nantaise. La municipalité n'a pas demandé l'expulsion. En ce jour de manifestation contre la politique sécuritaire du gouvernement, Jean-Luc Le Drennne ne regrette rien.

Ça nous est tombé dessus le 30 octobre, je n'étais même pas au courant que cinquante caravanes venaient d'être expulsées de Nantes. J'étais désemparé, je ne savais rien des Roms. J'avais d'eux une image plutôt négative, comme beaucoup de gens, je pense. Les rumeurs sur les réseaux de criminalité, ce genre de choses...

Je suis resté tard dans la nuit, avec mes collaborateurs, sur le chemin de Loire où les nomades s'étaient posés. On était persuadés que cette allée était communale. On l'a cru un mois. En fait, l'achat par la municipalité n'avait jamais été finalisé (lire par ailleurs).

Je croyais donc avoir à endosser la responsabilité de l'affaire. On a beaucoup cogité. L'hiver qui arrivait, ces gens chassés de partout... Avec d'autres élus, j'ai mis mon mandat sur la table : si on ratait la réélection en 2014, tant pis. Mais pas question de rejeter ces familles à la rue.

Un conseil municipal extraordinaire a été réuni. L'unique délibération proposait une solution à trois bandes. Politique d'abord, en interpellant le gouvernement. Et surtout en demandant la tenue d'une table ronde dans l'agglomération, pour régler le problème globalement (sourire las). Aujourd'hui encore, de ce point de vue, c'est silence radio.

Deuxièmement, on s'engageait à assurer des conditions de séjour convenables aux 150 Roms. Enfin, on lançait un appel à la solidarité. À condition bien sûr que les familles respectent les règles, d'hygiène notamment. Avec les associations, on avait décidé d'installer des toilettes sèches, des conteneurs à ordures, de l'eau...

« J'ai douté, oui »

Il y avait trois cents Indrais, ce jour-là, face au conseil municipal. On a dû réquisitionner le gymnase. L'atmosphère était électrique. Ça clashait entre les pour et les contre. Les jours précédents, des tracts avaient circulé devant l'école. Ils disaient que les enfants Roms allaient contaminer les autres avec la gale, l'hépatite B... Malgré le vote contre de l'opposition, la délibération a été adoptée.

J'ai douté pendant ces dix mois, oui. À l'exception des membres de mon équipe, les autres voix me décourageaient, sur l'air de : « Vous n'allez pas vous en sortir, les Roms c'est la mafia ». Des Indrais organisaient des réunions publiques pour dénigrer ces gens. Ma grande trouille, c'était qu'un excité de chez nous sorte un fusil.

Tout n'a pas été rose. Il a fallu inventer une sorte de médiation. Souvent, je vais au charbon moi-même, avec le policier municipal. Lui, il est sur le camp tous les jours, il fait ça bien. Il m'alerte quand ça dérape. 150 personnes dans la plus petite commune de l'agglo, c'est une grosse pression. Trop, je pense. Au moindre problème, je réunis les familles sur le terrain. Je pousse un coup de gueule. Comme un chef de village. D'après ce que j'ai compris, je suis le seul à jouir de cette légitimité. Je passe un savon aux ados qui mettent la main aux fesses des filles ; je dis stop aux vols de fruits dans les jardins...

Et ça marche. Au-delà de nos espérances ! Je n'ai pas d'explication à ce phénomène, mais depuis dix mois, la délinquance a baissé de plus de 20 % à Indre. On a juste eu un vol de poussette et des charpardages dans les potagers. En terme de salubrité, les associations disent que les familles ont fait des efforts inédits.

Les Indrais aussi se sont mobilisés, en apportant des vêtements par exemple. Les instituteurs ont fait plus que leur boulot avec les vingt-huit enfants supplémentaires.

On voudrait me faire dire que je me suis trompé. C'est vrai qu'Indre, commune de 3 700 habitants, n'a pas la capacité logistique d'accueillir longtemps 150 personnes. Mais si on répartit les caravanes dans la métropole nantaise, c'est jouable. Et si j'ai douté longtemps, paradoxalement, avec l'opprobre public jeté en ce moment sur les Roms, un jour comme aujourd'hui, je ne me sens plus seul...

 

Recueilli parAgnès CLERMONT.Photo : Thomas BREGARDIS.
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Publié dans liberté

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