Coursier, un métier sous pression (interview)
Le 22 février, "Enquête Exclusive" sur M6 diffusait un reportage dénonçant les dangers du 2-roues. Un coursier apportait un témoignage spectaculaire et inquiétant sur son métier, à la limite de la légalité. François Thomas, secrétaire général du syndicat CGT des Coursiers, réagit à cette émission et décortique les pressions exercées sur les coursiers.
Le temps de caler un rendez-vous dans des emplois du temps surchargés explique le délai tardif de publication de cet entretien. Mais nous avons tout de même souhaité le diffuser, car François passe au révélateur des pratiques abusives toujours d’actualité. Décryptage…
Enquête Exclusive présente un coursier qui, à l’évidence, est rémunéré au rendement (plus communément « aux bons »). La CGT-Coursiers dénonce ce mode de rétribution. Il incite l’employé à ne pas passer outre les règles du Code de la route. Le coursier a tendance à tordre la poignée pour gagner plus de bons. La sérénité que nécessite ce travail n’existe pas.
Non, ce type de reportage télévisé a tendance à exagérer les comportements afin de diffuser des images sensationnelles. Roulant sur autoroute, ce coursier enlève son gant et téléphone… Ce n’est pas un comportement habituel.
Oui, et c’est mon cheval de bataille. La convention collective interdit le paiement au rendement dans les transports. Le collègue filmé annonce un salaire mensuel de 3000 euros. En réalité, cet employé touche environ 1500 euros d’indemnités kilométriques. Son salaire net n’est pas de 3000 euros. L’achat et l’entretien de la machine, l’essence sont inclus dans les frais kilométriques. Un coursier parcourant 5000 km par mois dépense approximativement 1000 euros de frais d’entretien et d’assurance.
Les 3000 euros ne correspondent pas à un salaire réel. Ou alors, il n’entretient pas sa machine et prend des risques supplémentaires. La CGT Courses milite pour une rétribution fixe du coursier et la prise en charge de l’entretien du véhicule par son entreprise.
Au minimum, 1500 euros nets par mois. Actuellement, les salaires fixes, dans les entreprises qui pratiquent ce mode de rémunération, se situent entre 1200 et 2500 euros nets par mois. S’ajoutent les indemnités kilométriques au barème fiscal, ainsi que la prime de panier.
Nous défendons plusieurs coursiers devant le tribunal des Prud’hommes de Paris. Nous avons a réussi à démontrer qu’ils étaient payés au rendement. Les entreprises ne font pas apparaître les bons sur la feuille de paie. Elles indiquent le salaire fixe de base et le reste est réglé en indemnités kilométriques. Si le coursier a un accident du travail, il revient à son salaire de base… Nous attaquons systématiquement les entreprises de courses qui abusent des heures de travail non déclarées et des indemnités kilométriques disproportionnées.
Non, c’est un leurre ! Je rencontre des coursiers depuis 10 ans. La répartition du salaire n’est pas homogène dans l’année. On travaille beaucoup moins en août par exemple. Donc sur une année, un coursier rémunéré aux bons ne s’en sort pas mieux qu’un collègue au salaire fixe. Au lieu de développer la conscience professionnelle des coursiers, on développe l’appât du gain.
Oui. En cette période difficile, des téléspectateurs envisageront d’investir dans un scooter pour gagner de l’argent "facile". Face à la difficulté du métier, ils vont finir par travailler de 8h à 20h et prendre des risques, commettre des infractions au code de la route. Désormais, l’entreprise se dégage par contrat de toute responsabilité sur les infractions au code de la route. Pourtant c’est elle qui presse le coursier.
Le Vespa PX a quasiment disparu. C’est économique et facile à réparer mais le risque de crevaison est devenu rédhibitoire. Les scooters modernes sont beaucoup plus fiables. J’ai opté pour un Piaggio Beverly 125. Il est un peu juste en vitesse de pointe mais beaucoup plus stable que le X9, et moins cher en entretien. Mais LA bécane de référence pour les vrais motards coursiers demeure la Honda Deauville.