Le bateau ivre
Le congrès socialiste de Reims a fait naufrage comme un paquebot sans pilote ni boussole égaré dans la nuit océanique. Depuis le parti a la gueule de bois. On le comprend. Il ne sait plus répondre à la question qui fonde l’essence et l’existence : qui suis-je ?
« Et moi, et moi, et moi ? » : c’est la complainte lancinante des ambitieux qui n’a cessé de retentir à quelques encablures de la cathédrale des sacres. Mais cette fois la couronne est restée en rade. Et même les congressistes se sont vite fatigués à évaluer les qualités comparées du vocabulaire biblique de Ségolène Royal, de la bonne mine de quadragénaire de Benoît Hamon, de la « foi » de l’ancienne ministre Martine Aubry ou du « chic » de Bertrand Delanoë. Bref, ce serait ne pas voir plus loin que le bout de son nez que de mettre ce fiasco d’un congrès sur le seul compte de « la guerre des chefs », comme on dit, de la guerre des générations ou de la guerre des styles…
Le mal vient de loin. Il vient de bien plus loin que de la défaite de la bataille présidentielle de 2007. Il a une racine bien plus profonde. Il avait été identifié déjà, par exemple, en juin 1994, après des élections européennes calamiteuses pour le Parti socialiste, quand l’institut CSA diagnostiquait : « Le Parti socialiste n’a pas tranché la question centrale de son rapport à la politique économique libérale. » Déjà en 1994… Depuis, les choses ne se sont pas arrangées, c’est le moins que l’on puisse dire, et l’installation de Nicolas Sarkozy à l’Élysée a accéléré le processus. Le « débauchage » de personnalités de la mouvance socialiste au profit de la nouvelle équipe au pouvoir n’a été que le symptôme de cette évolution : le Parti socialiste n’a cessé d’écouter les sirènes du libéralisme et de répondre à leurs appels. « Gauche, es-tu là ? » se demande souvent le peuple français, et c’est la question la plus simple qui soit. La plupart du temps la Rue de Solferino ne répond pas. Et, trop souvent même, il se trouve un dirigeant socialiste pour examiner avec compréhension - et « réalisme », c’est le mot à la mode pour habiller le renoncement… -, bref pour accueillir positivement une décision, une proposition ou un discours du chef de l’État. Ce comportement a affecté de proche en proche tout le paysage de la gauche, jusqu’au désarroi.
Il y a un demi-siècle, l’ancêtre du Parti socialiste, la SFIO, s’était écrasé sur les récifs tragiques de la question coloniale et avait sombré : il n’avait pas survécu à cette crise existentielle. On peut se poser aujourd’hui la question de la nature et de l’amplitude de la crise du Parti socialiste : va-t-il s’échouer sur l’obstacle de la crise du capitalisme ? Avec la crise, le roi est nu. Toutes les pages se tournent. Toutes les politiques, toutes les visions, toutes les pensées sont sur le gril. Et on peut imaginer que les effets dévastateurs de la crise qui sont encore à venir vont bouleverser toutes les données politiques. Le temps de « la gestion loyale du capitalisme » va s’achever. Va s’ouvrir le temps de la reconquête culturelle, dans le mouvement de ce que Jaurès appelait « l’évolution révolutionnaire ».
Nous comprenons l’amertume des militants et des électeurs socialistes : tout simplement parce que nous partageons avec beaucoup d’entre eux les valeurs et les espoirs qu’un seul mot définit si bien : la gauche.
Article paru le 18 novembre 2008
Editorial par Claude Cabanes
Parti de Gauche et PCF : un "front commun" pour les européennes
La secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet et le sénateur Jean-Luc Mélenchon, qui vient de quitter le PS pour former un nouveau parti, ont annoncé mardi vouloir constituer un "front commun" aux élections européennes de 2009.
Tous les enjeux de cette rencontre dans l’Humanité de mercredi.