Municipales-cantonales : un second tour à gauche
Des villes telles que Le Havre, Strasbourg, Nîmes, Marseille et Toulouse peuvent basculer.
Chaque camp appelle sans relâche depuis dimanche soir à la "mobilisation", la participation ayant été plus faible qu’en 2001, avec l’espoir d’en profiter.
Resté silencieux avant le premier tour, Nicolas Sarkozy a jugé de son "devoir" d’appeler les abstentionnistes à reprendre le chemin des urnes, lors de son unique intervention d’entre-deux-tours, mardi à Toulon.
Le président de la République, tour à tour chef de l’Etat et chef de la droite UMP, a multiplié les contresens dans son allocution. Après avoir défendu le contraire en début d’année, il précisait, à propos des élections municipales et cantonales, qu’il n’est question que de « démocratie locale ». Dans le même temps, il annonçait qu’il tiendra « naturellement compte » du résultat, félicitait ses ministres pour leur élection qu’il qualifiait de…"reconnaissance de (leur) talent", et y voyait même "un encouragement" pour le gouvernement…
Ce discours de combat, rempli d’ambiguïté, masque mal la fébrilité de la droite à la veille du second tour où l’UMP craint la perte de nombreuses communes et voudrait bien limiter les dégats face à un vote sanction de sa politique.
Ainsi, tous les regards seront braqués dimanche sur Le Havre, Marseille et Toulouse, où la gauche espère l’emporter. Le PS et ses alliés ont déjà conservé Lyon dès le premier tour, et à Paris Bertrand Delanoë semble promis à une large victoire.
La question du pouvoir d’achat et des salaires, le mécontentement des français de la politique économique du gouvernement, la chute de Nicolas de Sarkozy dans les sondages : le premier tour a bien révélé une portée nationale du scrutin. Les Français ont majoritairement voté pour sanctionner la politique du chef de l’État et son Premier ministre. Dans le même temps, un constat : nombre de villes ont été gagnées ou regagnées par la gauche grâce à une démarche participative et d’ancrage populaire local.
Ce "message national", pour reprendre les propos tenus par Stéphane Rozès dans l’Humanité, doit se confirmer lors du second tour.
C’est l’amplification de ce vote-sanction que craint l’UMP. Tentant de réactiver un certain anticommunisme afin de limiter la casse, la droite a fait feu de tous bois pour s’en prendre aux listes de gauche conduites par des communistes. L’UMP a ainsi reçu le renfort du FN à Calais pour battre le maire communiste sortant Jacky Hénin. Si le Modem a opté pour des alliances à géométrie variable, à droite ou à gauche, François Bayrou n’en a pas moins désavoué celui conclut par le représentant local de son parti à Aubagne car a-t-il dit, "il faut que la tête de liste appartienne à un courant démocratique républicain français".
A gauche, des accords ont été conclu ou reconduit dans la plupart des villes. La gauche peut ainsi conserver et ravir à la droite de nombreuses villes comme Corbeil-Essones, Périgueux, Amiens, Nîmes, Clermond-Ferrand, Séte, Strasbourg, Metz, Lille, Montpellier, Hénint-Beaumont, etc.
Concernant les cantonales, la gauche devrait là encore sortir renforcée du second tour à condition que la mobilisation de l’électorat de gauche soit au rendez-vous. Des appels communs au rassemblement comme dans le Val-de-Marne sont lancés.
L’Allier, le Lot-et-Garone, la Corrèze, la Charente-Maritime, les Deux-Sévres, l’Indre-et-Loir, la Somme et la Cote d’Or sont au nombre des assemblées pouvant se retrouver dans l’escarcelle de la gauche qui en détient 51 sur 101 depuis 2004.
Cette dynamique de rassemblement devrait s’avérer payante. Partout militants socialistes, communistes, verts, radicaux de gauche et mouvement des citoyens ont engagé la bataille pour mobiliser les nombreux abstentionnistes.
A l’exception notable toutefois de la Seine-Saint-Denis. Dans ce département, la gauche joue gros. Le fait qu’elle parte divisée dans plusieurs localités fait prendre le risque de basculement de villes vers l’UMP.
Une attitude désavouée par Julien Dray, porte parole du PS ainsi que par le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier a jugé sévèrement les "dangereux irresponsables" qui ont lancé un "signal absurde et criminel" et ont déclenché cette "guerre injuste, stupide" en maintenant des listes PS au second tour des municipales en Seine-Saint-Denis. « Les querelles de boutiques, les ambitions personnelles sont bien peu de chose face à la politique dévastatrice de Sarkozy et Fillon », estiment les communistes de Seine-Saint-Denis, en appelant à « l’unité derrière les candidats qui auront été placés en tête de la gauche par les électeurs, lors du premier tour ».
Le PS s’est, enfin, replongé dans les affres de la présidentielle, se divisant sur l’attitude à adopter à l’égard du Modem. Ségolène Royal a plaidé pour "des alliances partout" avec le MoDem, avant de nuancer en s’adressant directement à ses "électeurs". Le premier secrétaire François Hollande a exclu catégoriquement un accord entre les deux partis, mais validé des ententes locales, à Lille ou Montpellier par exemple.
Lors de ce second tour, tous ces enseignements du scrutin de dimanche dernier seront-ils confirmés ? Le vote-sanction sera-t-il amplifié le 16 mars ? La gauche va-t-elle bénéficier à plein de la dynamique de rassemblement ? La réponse à ces interrogations est maintenant entre les mains des électeurs, ceux qui se sont déplacés le 9 mars dernier et ceux qui s’apprêtent à les rejoindre ce dimanche.
Pierre Chaillan
