Pouvoir d'achat, services publics : nouveau plan de rigueur après les élections

Publié le par l' Humanité

Revenons à ce qui nous attend bientôt, et préparons le terrain à la riposte qui s'impose, même à Boissy petit village où les communistes ont été volontairement exclus de la gestion municipale. Le sourire est le commencement de la grimace ?

sarkoFillon.jpgNicolas Sarkozy et François Fillon ont démenti les accusations de la gauche sur la préparation d’un « plan de rigueur » après les élections. Le chef de l’Etat a confirmé mardi la mise en œuvre d’un programme de réformes à l’opposé selon lui, d’un plan d’austérité.
Pour Yves Dimicoli, économiste, c’est pourtant bien une politique « de mise en cause très grave de l’avenir du pays » qui attend les français, une politique de « promotion des capitaux financiers », au détriment du pouvoir d’achat et de l’emploi.







Entretien avec Yves Dimicoli*, économiste
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- Qu’est-ce qui nous attend après les échéances électorales ? Peut-on craindre un « plan de rigueur » ?

Y. Dimicoli - Pour une part, les marges de manœuvre de Sarkozy vont dépendre des résultats des élections municipales et cantonales. Cela étant, oui, la droite, le MEDEF veulent serrer la vis. Certes, Sarkozy risque l’impopularité. Aussi cherche-t-il à construire une « union sacrée » avec une jonction entre libéraux populistes et sociaux libéraux.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le rapport de la Commission Attali (ancien conseiller de Mitterrand) pour « libérer la croissance ». Il recommande d’accentuer et d’accélérer les réformes réactionnaires déjà engagées sans « avoir la main qui tremble ».

Il y a tout d’abord l’objectif de réduire dès 2008 la part des dépenses publiques dans le PIB. L’accentuation des « réformes » a avant tout pour but de réduire la part des prélèvements publics et sociaux sur la valeur ajoutée - soit 20 milliards d’euro par an pendant 5 ans à partir de 2009 selon le rapport Attali- c’est à dire de tout ce qui concourt au financement des activités de service public et de la protection sociale.

Deuxième point, dans ces réformes, il y a ce qui a été appelé la « modernisation du marché du travail ». Elle vise à faciliter les licenciements et à précariser un peu plus le contrat de travail moyennant notamment l’avènement d’un nouveau contrat ultra précaire qui ressemble à ce qui existe avec les contrats de chantier : ce sera un petit contrat de mission qui se terminerait automatiquement à la fin de la mission impartie au salarié ainsi embauché sans pouvoir possible pour le salarié de recourir à un juge. Cette réforme ultraréactionnaire a pour objet de déprotéger encore plus les salariés et au bout du compte de réduire une fois de plus le coût du travail.

Troisième point, c’est le niveau de vie, le pouvoir d’achat. Le rapport Attali préconise l’intensification de la concurrence dans les réseaux de distribution avec en perspective la possibilité d’une pression accentuée des grands réseaux de distribution sur les petits fournisseurs et notamment les agriculteurs. Le raisonnement consiste à dire que le pouvoir d’achat on ne peut pas le défendre par une hausse des salaires, donc pour l’augmenter on va essayer de faire pression sur les prix. En réalité, c’est une politique ultraréactionnaire qui vise à mettre en œuvre les préconisations du traité de Lisbonne avec l’intensification d’une concurrence prétendument « libre et non-faussée » dans tous les compartiments de la société.

Sarkozy a fait adopter avec le concours de la majorité des députés, sans recours au référendum, ce traité qui est en réalité la copie conforme du projet de traité constitutionnel rejeté par les Français en 2005. Ce traité confirme les options de la BCE et ses obsessions anti-salariales, anti-dépenses sociales et publiques, et en même temps il sacralise la discipline du pacte de stabilité avec tout le rationnement qu’il entraîne pour les dépenses nécessaires à l’expansion des services publics.

Tout ceci plaide pour un durcissement de la politique d’austérité au lendemain des élections municipales, et notamment parce que Nicolas Sarkozy, qui doit présider le Conseil européen au nom de la France au second semestre 2008, ne veut en aucun cas être pris en défaut par rapport aux exigences de Bruxelles en matière de déficit et de dette publics. La discussion du projet de loi de finance pour 2009 sera sans doute marquée par le bras de fer entre cette volonté présidentielle et le mouvement populaire pour l’emploi, le pouvoir d’achat, les services publics.

- Vous parliez de l’objectif de baisse du coût du travail. Est-ce que cette politique ne risque pas aussi de se répercuter sur les cotisations salariales et sur la TVA ? On entend de nouveau parler de la « TVA sociale »…

YD- Ça fait partie des projets de la droite. Le rapport Attali préconise de réduire le coût du travail pour toutes les entreprises en transférant une partie des cotisations sociales vers la contribution sociale généralisée, c’est-à-dire la CSG, et vers la TVA. Ce qui constitue de fait la perspective de création d’une TVA sociale.
Les exonérations de cotisations sociales patronales qui seraient ainsi accrues, serait financées par une fiscalisation plus importante du financement de la protection sociale sur le dos des familles, à commencer par les familles populaires. En effet, la TVA est le prélèvement le plus inégalitaire qui soit, puisque cet impôt frappe aveuglément la dépense. Il frappe donc d’autant plus les gens qui ont un budget peu important aspiré pour une grande part par les dépenses de consommation pour vivre.

- Cette politique n’ajoute-t-elle pas une déresponsabilisation des entreprises face à leur rôle social ?

YD - Oui, cette politique là pousse vers une déresponsabilisation accrue des entreprises par le biais des exonérations de cotisation sociale et leur financement par une augmentation de l’impôt sur les familles des classes populaires et des couches moyennes salariées.
Les déficits sociaux sont dus avant tout au chômage, aux politiques de bas salaire et aux politiques de précarisation de l’emploi. Ce qui finance la protection sociale, ce sont précisément les cotisations sociales. Celles-ci sont calculées sur la base de la masse des salaires versés. Donc ce qui concourt à étriquer cette masse salariale, concourt en même temps à réduire le financement de la protection sociale, et c’est précisément les politiques de bas salaire, le chômage et la précarisation. Plus on exonère les entreprises de cotisations sociales, plus on contribue à creuser les déficits. Plus ces entreprises licencient, plus il va y avoir de pression sur la masse des salaires et donc sur le financement de la Sécurité sociale.
Le but de cette politique est en réalité de permettre l’augmentation des prélèvements financiers sur la valeur ajoutée produite. Les prélèvements financiers c’est ce qui est versé par les entreprises en dividendes aux actionnaires, en intérêts aux créanciers que ce soit les banques ou les marchés financiers, et qui aujourd’hui sont considérables. Il faut savoir que par exemple, en 2005, les entreprises non-financières ont payé près de 128 milliards d’euros de cotisations sociales, mais qu’elles ont eu à payer pour 220 milliards d’euros en intérêts et dividendes.

- Dans un entretien accordé au Figaro, Sarkozy a opposé la rigueur à ses réformes, expliquant que ses réformes allaient dans le sens d’une élévation du niveau de vie. Mais en réalité, elles s’accompagnent …

YD - Elles marchent de pair. C’est un cercle vicieux, une fuite en avant au service de la domination des marchés financiers et des injonctions de la BCE dans la construction d’une Europe dont la finalité n’est pas le développement des populations mais la promotion des capitaux financiers au sein de l’UE.

- Yves Dimicoli, vous êtes également dirigeant du PCF. Quelles alternatives sont possibles à cette « fuite en avant » ?

YD - Le PCF propose notamment de mettre un terme à cette politique de baisse du coût salarial.
Nous disons que les charges qui étouffent l’activité productive des entreprises ce ne sont pas les charges dites sociales qui en réalité sont la contribution des entreprises au financement de la protection sociale, elles sont nécessaires au développement des populations. Ce sont en réalité les charges financières qui pèsent sur les entreprises, qui asphyxient l’activité des entreprises. Ces charges sont les intérêts payés aux banques et au marché financier, ce sont les dividendes reversés aux actionnaires, qui sont plus lourdes que les charges sociales.
Ce sont donc elles qu’il faut réduire, c’est à ces charges là qu’il faut s’attaquer, sinon on s’enfermera dans une politique de mise en cause très grave de l’avenir du pays.

- Comment réduire ces charges financières ?

YD - A l’appui des luttes sociales, nous proposons que l’argent public qui, actuellement, sert à financer les exonérations de cotisation sociale patronale - 27 milliards d’euros en 2008 - serve à doter un Fonds national de sécurisation de l’emploi et de la formation qui serait décentralisé dans chaque région.
Cette dotation publique servirait à prendre en charge une partie des intérêts payés aux banques par les entreprises sur les crédits qu’elles empruntent pour pouvoir financer leurs investissements, avec la règle suivante : plus les investissements programmeraient l’emploi et la formation, plus le taux d’intérêt serait abaissé.
Ainsi on passerait d’une situation où, au nom de l’emploi, on détruit la protection sociale, on déresponsabilise l’entreprise par rapport au social et aux territoires, à une situation où on inciterait les entreprises à créer de plus en plus d’emploi, et à faire de plus en plus de formation par le biais d’un allègement des charges financières pesant sur elles. Cela permettrait une réorientation des relations entre banques et entreprises sur les territoires. Aujourd’hui par exemple, une entreprise qui lance une grande OPA dispose immédiatement de milliards d’euros à très bas taux d’intérêt alors qu’une PME qui veut investir et qui doit pour cela engager un effort de formation en son sein, et bien elle a à faire face à un banquier qui va lui imposer un taux d’intérêt élevé, aujourd’hui de 6 à 9%, avec l’obligation de mettre sous hypothèque la résidence principale de l’employeur. Il faut rompre avec ce type de comportement des banques et de relations avec les entreprises, et ce fond national décentralisé permettrait de le faire.
Et tout de suite dans les territoires, les régions dirigées par la gauche, on peut décider la création de Fonds régionaux de sécurisation de l ’emploi et de la formation en liaison avec les luttes de terrain. A partir d’un redéploiement d’une partie des lignes de crédit d’action et de développement économique de chaque budget régional, ces Fonds régionaux serviraient de base pour la création, le moment venu de changements politiques nationaux profonds, d’un Fonds national. Dès les élections municipales et cantonales, on peut engager cette grande bataille qui permettrait en pratique de commencer, à partir du terrain, de modifier les institutions, de responsabiliser socialement et territorialement les entreprises, de riposter à Nicolas Sarkozy, et de progresser pour un rassemblement exigeant une véritable alternative de transformation sociale.

Propos recueillis par Benoît Pradier

*Yves Dimicoli est économiste et membre de la direction du PCF.
Bibliographie :

  • Capitalisme : quoi de neuf ?, ouvrage collectif, édition Syllepse/Espaces Marx, 2002
  • Histoire et sens de la construction européenne, ouvrage collectif, édition Syllepse/Espaces Marx, 2000
  • Les transformations du capitalisme contemporain, sous la direction de G. Rasselet, L’Harmattan, 2007.
  • Un autre crédit est possible, D. Durand, Le Temps des cerises, col. Espere, 2005
    Yves Dimicoli est également rédacteur de la revue "Economie et Politique".
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