Une intervention à la lacrymo jette un froid chez les gendarmes

Publié le par jack palmer

Une intervention à la lacrymo jette un froid chez les gendarmes

02/02/2011 | 17H57
Crédits photo:  Capture d'écran.

Les images d’une intervention très “lacrymale” de la gendarmerie pour disperser une manif apparemment pacifique suscitent de nombreux commentaires mais aucune réaction officielle.

Environ 300 personnes (selon la gendarmerie) protestaient ce 21 janvier à la gare d'Anduze contre le rapprochement de deux communautés de communes. Sur deux vidéos diffusées par un habitant du Gard, on voit un chef d’escadron de la gendarmerie disperser la manifestation, apparemment pacifique, à l’aide de gaz lacrymogène. Il utilise sa gazeuse à très courte distance des visages des participants.

Une confusion générale s'ensuit, des gendarmes sont pris à partie par des manifestants, eux-mêmes bousculés. Une version de 4 minutes et une autre de 9 minutes circulent.

Dès le lendemain de la manifestation, Le Midi Libre revient sur l'épisode. En réaction, un élu local confie au quotidien régional sa "profonde tristesse" et la gendarmerie rétorque que certains manifestants avaient commis des violences et jeté des pierres. Le 31 janvier, Le Midi Libre parle de "dérapage" et publie la version courte de la vidéo

L'histoire aurait pu en rester là sans une dépêche AFP reprise sur des sites d'information en continu, ce mercredi. Elle souligne "l'émoi parmi les gendarmes", exprimé sur des forums dédiés. 

"Une question de respect des personnes"

Joint par téléphone, un gendarme qui ne participait pas à cette opération mais a vu la vidéo nous donne son sentiment, non sans précautions. Il rappelle qu’il n’y a “pas eu de blessures graves” et qu’il ne connaît de la scène que ces images.

“De ce qu’on voit, on paraît hors des clous. Ce n’est pas tant une question de risque physique que de respect des personnes, de proportionnalité. En face, on ne voit pas de posture hostile ou violente. Normalement, dans une telle situation et pour disperser, on met des effectifs en ligne et on pousse. Si les gens s'assoient, et même si c’est long, on soulève chaque personne pour la déplacer. Cet usage de la force n’est pas dans la tradition de la gendarmerie.”

La Direction générale de la gendarmerie nationale se refuse à commenter les images. Toutefois, un gendarme qui a suivi le dossier juge la vidéo “parcellaire” et “pas forcément représentative de la totalité de la scène”. Il livre quelques précisions pour justifier l’emploi de la lacrymo.

“Des mouvements sur la voie ont poussé les gendarmes à essayer de les repousser. Ils étaient pris à partie physiquement. Dans la manifestation, il y avait des élus, des personnes d’un certain âge mais aussi des gens identifiés comme habituellement virulents. Certains avaient participé au saccage de la mairie de Saint-Jean du Gard quelques mois auparavant.”

Le saccage en question remonte à avril 2009 : protestant contre le démontage d’une “yourte autogérée”, des militants avaient occupé la mairie et commis quelques dégradations (un buste de Marianne détruit, des écharpes tricolores piétinées, du matériel cassé ou renversé, des tags).

Concernant la manifestation du 21 janvier, un élu interrogé par LeMonde.fr assure :  "Il n'y a eu absolument aucune violence ou dégradation de la part des manifestants, avant l'intervention des gendarmes." Dans le même article, le réalisateur de la vidéo annonce qu'il va déposer ses rushes chez un huissier et les placer à la disposition de la justice.

Camille Polloni

Publié dans liberté

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