« Roms, Gitans… : ça arrange le pouvoir de tout mélanger »

Publié le par jack palmer

Titi Robin (DR)

Guitariste globe-trotter, explorateur des traditions tziganes, indiennes, kurdes ou pakistanaises, Titi Robin réagit à la violente vague de répression qui vise les gens du voyage et en particulier les Roms.

Son parcours artistique riche de rencontres (notamment « La Reine des Gitans » Esma Redzepova et l'Indienne du Rajasthan Gulabi Sapera) lui confère un regard concerné, humble et engagé.

Qu'est-ce que tu trouves de plus choquant dans ces expulsions ?

Les expulsions sont une grande honte, une injustice, je me sens humilié à la fois en tant que bourreau et en tant que victime, je suis des deux côtés. Je me dois d'assumer en tant que citoyen de ce pays démocratique et je suis blessé car c'est mon peuple qu'on opprime.

Les propos tenus pour justifier ces actes sont tout aussi violents. Il y a sur le Net un diaporama  qui met en parallèle une de mes musiques et des images d'expulsions des campements. (Voir la vidéo)


D'abord, on a commencé par créer une confusion entre des communautés que seuls les « gadjé » (non-Gitans) regroupent sous le même vocable : Roms, Tziganes, Gitans…

Un Manouche Sinti, comme l'était par exemple le défunt Django Reinhardt, ne se considère pas du tout gitan, et un Kalo du sud de la France ou d'Espagne (comme Camaron de la Isla ou les Gipsy Kings), ne considère rien avoir en commun avec les Manouches, sauf dans leur rapport à la société dominante.

De même, les Roms des pays de l'Est arrivés récemment en France ont peu de points communs avec une famille de voyageurs de la vallée de la Loire, qui parcourent la région depuis des siècles.

En ce moment, ça arrange le pouvoir de tout simplifier, mélanger, c'est plus facile pour opprimer, et les médias, dans leur majorité, n'aiment pas la complexité de la vie. Ce qu'ils ont en commun, tous ces groupes, c'est de vivre en marge du système dominant et de l'assumer sans complexe.

En quoi les clichés liés aux Roms sont-ils exagérés ?

Un cliché est exagéré par principe. Ça existera toujours, c'est tellement pratique. A la limite, le cliché ne me gêne pas tant que ça, chaque communauté y a droit.

En revanche, ce qui est le plus honteux et dérangeant, est que les représentants d'un Etat se permettent de parler aussi légèrement et méchamment de certaines populations, sans aucun respect. Si on commence à accepter officiellement l'idée qu'un individu est déterminé par sa caste d'appartenance, c'est la porte ouverte à la guerre civile.

Combien de banquiers qui ont ruiné le pays étaient tziganes, ou de peau noire, ou même musulmans (pour prendre les milieux mis à l'index en ce moment dans les médias dominants et par le pouvoir) ? On va ainsi dresser les gens les uns contre les autres.

Qu'est-ce que leur contact t'a apporté ?

La France dans laquelle j'ai grandi comprend des ouvriers, des banquiers et des médecins, des Bretons et des Manouches, des Franco-Maghrébins et des Corses, des Parisiens et des Catalans, des Kalé perpignanais et des Libanais parlant français et arabes…

Les amis kalé, manouches ou voyageurs qui m'entourent ont des valeurs proches de celles qu'on m'a enseignées dans mon enfance, comme le respect de la famille, par exemple, ou le sens du sacré, valeurs devenues c'est vrai souvent obsolètes dans le monde dominant occidental. De plus, la culture musicale y est extrêmement riche et ça été une de mes « universités » esthétiques.

Mais je tiens à dire une chose sur la « musique tzigane ». Une des fausses vérités est de faire croire à une musique gitane pure. Il y a pourtant des « couples mixtes » emblématiques :

Le Tzigane n'existe pas sans le Gadjo, et le monde des Gadje serait d'une pauvreté culturelle sans l'apport des Tziganes. Un critique musical français a, un jour, parlant d'un célèbre guitariste flamenco, écrit ces mots : « Paco de Lucia, bien que non-Gitan, est un grand …. ».

En réalité, bien qu'anodin et sûrement involontaire, ce genre de propos est significatif d'une tendance sous-jacente à segmenter les groupes, jusque que dans les milieux où l'harmonie est la plus éclatante. Enlevez l'apport de la culture africaine à l'Amérique du Nord, par exemple !

Propos recueillis par Benjamin Minimum

Publié dans liberté

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article