On ne change pas une équipe qui gagne et qui vous défend

Publié le par jack palmer

"Le département peut aider et protéger les populations"

L'Humanité Dimanche a réalisé une interview de Christian Favier, Président du Conseil général du Val-de-Marne.

 

Vous proposez aux citoyens du Val-de-Marne de construire un « bouclier social ». C’est à dire ?

Dans une période de crise comme celle que nous traversons, les départements peuvent avoir un rôle de soutien à leurs populations, d’aide et de protection aux familles les plus en difficulté. C’est dans ce cadre qu’un département peut jouer un rôle de bouclier social, avec ses limites bien entendu.
Lorsque nous prenons en charge les frais de transport, comme avec le remboursement de 50% de la carte Imagine R pour les jeunes, nous jouons en faveur du pouvoir d’achat pour les jeunes et leurs parents. A travers la politique de solidarité, le département contribue également au développement d’une forme de bouclier social.

C’est tout de même un terme fort… Est-ce qu’un bouclier social peut être réellement, concrètement efficient à l’échelle d’un département ?

Il ne faut pas confondre l’échelon départemental et la capacité que peut avoir un gouvernement à mener des politiques nationales. Il ne s’agit pas de créer des illusions, mais de montrer le sens de l’action politique d’un département comme le nôtre. Lorsque nous parlons de bouclier social, ça signifie que nous ne nous contentons pas de rester dans le cadre des compétences obligatoires d’un département, mais que nous n’hésitons pas à en sortir dès que les besoins de la population le demandent. Lorsque nous investissons par exemple 40 millions d’euros cette année dans le logement social, nous ne sommes pas dans le cadre des compétences d’un département, mais dans une réponse à des besoins urgents. Ensuite, on s’appuie sur l’engagement qui est celui du département pour porter des exigences en direction de l’Etat. Nous sommes plus forts pour peser sur le gouvernement lorsque nous prenons nous-même des orientations fortes et protectrices pour les populations. Y compris dans nos propres compétences… Le fait par exemple que nous investissions avec force dans la rénovation des collèges et le développement numérique nous donne du poids pour exiger ensuite que le gouvernement assume ses responsabilités en matière de nombre de postes pour les enseignants. Nous nous plaçons également dans une posture de lutte.

Vous comparez certaines mesures sociales que vous avez prises dans le Val-de-Marne avec celles d’autres départements, comme la Seine-saint-Denis… A la tête d’une collectivité territoriale comme la vôtre, la couleur politique de la majorité peut-elle réellement faire la différence ?

Même lorsqu’on est dans une majorité de gauche, en fonction du poids, notamment des élus du Front de gauche, on obtient des politiques sensiblement différentes. Tous les départements sont confrontés à la politque de réduction financière du gouvernement. Face à ces difficultés, tout le monde ne fait pas les mêmes choix dans la gestion. Nous avons par exemple choisi de préserver les aides aux personnes âgées et aux personnes handicapées pour les transports. Dans d’autres départements, les mêmes aides ont été réduites, conduisant à augmenter considérablement les tarifs des cartes de transport. Notre politique culturelle, notre aide à la création seraient immédiatement attaquées si la droite gérait ce département. Face aux difficultés, tous les départements ne réagissent pas de la même manière, y copris sur la bataille politique. Nous avons par exemple inclus dans notre budget les 82 millions d’euros que nous doit l’Etat pour le financement des allocations de solidarité que sont l’APA, le RSA et la PCH (prestation de compensation du handicap). Si nous l’avons fait, c’est pour mettre en évidence cette attitude de l’Etat qui n’assume pas ses responsabilités vis-à-vis des départements.

En quoi la majorité communiste au sein de la gauche change les choses ?

La majorité communiste au sein du Conseil général est attentive à défendre l’intérêt général. De ce point de vue, ce n’est pas une démarche étroite. Lorsqu’on engage une bataille politique, on ne la mène pas seuls. Nous essayons de la mener de la façon la plus large possible. Et dans la politique que nous conduisons dans ce département, nous faisons en sorte de porter des projets d’intérêt général. Lorsque nous nous battons contre la fermeture du service de chirurgie cardiaque de l’hôpital Henri-Mondor, nous ne sommes pas dans les compétences obligatoires d’un département, mais on considère que le conseil général a un rôle fédérateur à jouer. On s’adresse aux salariés de l’hôpital, mais aussi à toute la population et à l’ensemble des élus de façon à construire un rapport de forces.

Ce rôle du département est-il réellement lisible pour la population dans ses préoccupations quotidiennes ?

Le département est aujourd’hui mieux identifié, notamment après la bataille que nous avons menée contre la réforme des collectivités et la suppression de la taxe professionnelle. Nous avons alerté la population du danger que court sa collectivité territoriale. Lors de notre campagne « Le Val-de-Marne j’y tiens », nous avons reçu des milliers de témoignages, des appuis très nombreux. Tout cela a contribué à ce que le rôle du département soit aujourd’hui mieux connu. Après 5 ans de luttes, nous avons également obtenu l’engagement de l’Etat de réaliser un métro de banlieue à banlieue… Notre façon de faire de la politique et de mener nos luttes a clairement aidé à identifier notre département et sa majorité politique.
Je pense que ce qui fait la différence aux yeux de la population de notre département, c’est évidemment nos choix très clairs de réduire les inégalités. Mais c’est aussi et surtout notre volonté en permanence d’y faire participer la population.

Au-delà de votre bilan, pour quelles perspectives les habitants du Val-de-Marne revoteraient-ils pour vous ?

Avec notre bilan, les citoyens du département peuvent juger le fait que les engagements que nous avons pris en 2003 lors de l’élaboration de notre plan départemental ont été tenus. Ils ont été tenus, et nous avons même été largement au-delà dans bien des domaines.
Mais nous proposons également des projets pour l’avenir du département. Nous allons travailler d’avantage à l’amélioration du réseau de transports du département. Nous voulons également contribuer au maximum à tout ce qui peut favoriser le développement de l’emploi. En matière de développement du numérique et du haut-débit, nous investissons 30 millions d’euros. Ce sera essentiel pour les gens eux-mêmes, mais aussi pour les entreprises. Et nous allons devoir continuer à travailler pour apporter des réponses à la crise du logement. Par des financements, mais aussi en nous appuyant sur l’application de la loi SRU. Certaines communes n’ont pas encore suffisamment de logements sociaux. Nous allons utiliser l’aide aux communes pour obtenir l’application de la loi SRU partout. Les communes qui feront l’effort de se doter de logements sociaux obtiendront l’aide du département. Les autres auront une aide moins importante… Ce dernier élément est aussi une différence forte de l’approche du problème par d’autres majorités politiques.

La situation au sein de la gauche dans le département n’est pas au beau fixe pour ce scrutin. Que dites-vous à votre majorité ?

Nous avons mieux à faire que de construire des combinaisons à caractère politicien pour diviser la gauche. C’est malheureusement ce qui semble se profiler avec des alliances d’une partie de la gauche contre une autre partie de la gauche. Face à la politique menée par Sarkozy, je crois au contraire qu’il faut un rassemblement le plus largue possible. J’appelle vraiment les électeurs de gauche à ne pas tomber dans le panneau de ces fausses divisions. Je dis fausses car la gestion au quotidien du conseil général est menée depuis des années d’une façon pluraliste, où chacun a été respecté dans ses prérogatives et sa liberté d’action. Je souhaite que nous puissions continuer à le faire avec la gauche telle qu’elle est dans ce département, c’est-à-dire avec sa diversité communiste, socialiste, citoyenne, écologiste… Si cette gauche est en mesure de rassembler pour cette élection cantonale, elle pourrait même être en mesure de gagner encore du terrain sur la droite. C’est ce à quoi je m’attache en permanence actuellement.

Entretien réalisé par Diego Chauvet

Humanité Dimanche – 17 au 23 mars 2011

Publié dans Cantonales 2011

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