"Nous, la diversité, on la pratique"

Publié le par jack palmer

"Nous, la diversité, on la pratique"

Trois jours avant le lancement du grand meeting du Front de gauche, Marie-George Buffet a dialogué avec les metronautes.

Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF.

Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF. Photo : Fabrice Nicolle©

Bonjour à tous

Tétine : Comment réagissez vous à la mort de Philippe Séguin ?

D'abord, même si nous ne partagions pas les mêmes idées politiques, j’aimerais dire mon respect pour le travail du président de la Cour des comptes et peut être évoquer l'amoureux du foot qu'était Philippe Seguin.

Georg7 : Avez-vous lu les confessions de Lionel Jospin ? Qu'en pensez-vous ?

Non, pas encore.

Tétine : Jospin a fustigé Sarkozy et son gouvernement dans une interview au Monde, qu'en pensez-vous ?

Je crois qu'il y a de nombreuses raisons de fustiger Nicolas Sarkozy et son gouvernement. D'abord sur le plan social avec de multiples attaques contre les services publics et la protection sociale, ensuite par rapport au recul des libertés, atteintes aux droits syndicaux, mise en laisse des collectivités territoriales et poursuite des politiques libérales au plan européen. Le gouvernement de Lionel Jospin, auquel j'ai participé n'a certes pas été au bout des réformes nécessaires et a lui-même engagé des privatisations, ce qui explique d'ailleurs qu'il ait été durement sanctionné en 2002. Mais vraiment, la droite au pouvoir aujourd'hui est particulièrement régressive au plan social, au plan des valeurs et je crois qu'il est nécessaire que la gauche tire les enseignements, reconstruise un projet apte à dépasser les logiques libérales et celles du système capitaliste lui-même pour créer une dynamique populaire. C'est à quoi nous voulons travailler avec le Front de Gauche.

Catherine_deneuve : Fidel Castro, selon vous, dictateur ou grand homme d'Etat?

Fidel Castro c'est d'abord l'homme qui a libéré le peuple cubain de l'occupation, qui face au blocus américain a oeuvré au développement de ce pays et a développé, malgré les difficultés, le soutien aux pays en voie de développement. Cet internationalisme se poursuit encore puisque Cuba procure une aide en médecins, en ingénieurs à plusieurs pays progressistes d'Amérique latine. Mais j'ai déjà eu l'occasion d'en débattre avec nos camarades du PCC, la nouvelle étape de la révolution cubaine se conjuguera avec un véritable essor de la démocratie.

Si nous voulons battre la droite, il faut une gauche audacieuse, visant le dépassement du Libéralisme.

Jean : Qu'est-ce qu'être communiste aujourd'hui en France ?

Avant tout refuser les inégalités sociales, construire un monde de partage, de mise en commun, par exemple en promotionnant une autre utilisation de l'argent pour un développement social et écologique qui pourrait passer, notamment par la nationalisation des banques, pour une nouvelle politique du crédit, sur critères sociaux et écologiques, la création de fonds régionaux pour l'emploi et la formation. Deuxièmement une maîtrise sociale des marchés avec de nouveaux droits pour les salariés dans la gestion des entreprises publiques et privées, la reconquête et la création de grands services publics concernant toutes les activités portant intérêt général : éducation, santé, information, énergie, transport, logement.
Au plan international, la mise en place d'une nouvelle monnaie commune, une organisation mondiale du commerce non plus basée sur la concurrence mais sur la coopération et le développement régional, l'arrêt du pillage des terres et le développement d'une sécurité et d'une indépendance alimentaire dans les grandes régions de la planète. Enfin, c'est oeuvrer pour le désarmement nucléaire et pour la paix.

Lina : Je n'arrive pas à croire qu'il y ait encore des gens pour croire dans le communisme, le trotskisme etc. Ce sont des beaux rêves qui n'ont pas fonctionné et n'ont donné que mort et corruption. Comment vous faites, vous, pour espérer encore?

Il est vrai que ce qui s'est passé dans les pays dits socialistes a abouti à l'échec parce que l'absence de démocratie a, non seulement provoqué des souffrances humaines, mais empêché ces régimes de construire des réponses économiques et sociales répondant non seulement aux aspirations des peuples mais également aux enjeux du 20ème siècle. Mais face aux dégâts du système capitaliste, à ses échecs pour répondre à des questions comme le développement durable, la famine, la pauvreté, l'exploitation, j'espère que nous serons capables de construire avec les citoyennes et les citoyens, par leurs interventions, une société nouvelle débarrassée de toutes les formes de domination et d'exploitation. Il n'y aura pas de grand soir, mais toute une série de combats et de réformes peuvent permettre de construire des lendemains qui chantent.

Adjico : Où pourrait-on voir des marges de progression possible pour le Front de Gauche depuis les Européennes ? Finalement, il n'y a rien de nouveau. Comment alors espérer améliorer ses résultats?

D'abord, je crois que le Front de Gauche est apparu comme un espoir lors des Européennes. Lors des Régionales, d'autres forces vont venir se rajouter, ainsi que des personnalités du mouvement social. Je crois que, si nous donnons à voir que notre objectif est bien de vitaminer la Gauche dans son projet, dans sa démarche pour la faire gagner demain dans les régions et après-demain au niveau du pays, nous allons rassembler et progresser, du moins je l'espère, car il faut que la Gauche se réveille face à la droite et pour cela il faut donner à voir des propositions audacieuses et donner à ceux et celles qui luttent la possibilité de devenir demain des conseillers régionaux.

Loic : Pouvez-vous nous donner 3 ou 4 idées principales que le Front de gauche va défendre pendant la campagne électorale.

Bien sûr. D'abord, la mise en place de fonds régionaux pour l'emploi et la formation qui, sur critères sociaux et écologiques, contribueraient à la relance industrielle. Deuxièmement, la mise en place d'assemblées démocratiques permettant l'élaboration participative des budgets et des grandes mesures prises par la Région. Troisièmement la mise en place d'un observatoire régional contre les violences faites aux femmes. Quatrièmement, la création d'un grand service public régional de l'accueil d'information orientation, la mise en place de délégations publiques régionales pour les transports s'inscrivant dans l'objectif de la création d'un pôle public national des transports. Cinquièmement, le soutien à la médecine de proximité (CMS, Maisons médicales) et bien d'autres que nous ferons connaître prochainement et notamment dimanche lors du premier Meeting du Front de Gauche à 14h au Palais des Congrès.

Viviane : Quelle est la stratégie du Front de gauche pour les régionales ? Quelles sont ses ambitions ?

Le Front de Gauche a pour objectif de rassembler tous ceux et celles qui veulent que ça bouge a gauche, le score réalisé par ce Front au premier tour pèsera dans le comportement de l'ensemble de la gauche. Au deuxième tour, nous agirons pour le rassemblement de toute la gauche et nos élus, durant tout le mandat, agiront pour faire avancer nos propositions dans le cadre de la majorité de gauche.

Lenine : Bonjour. Je suis un militant du NPA, intéressé par la campagne du Front de Gauche. Mais, franchement, Pierre Laurent en tête de liste en Ile de France, ce n'est pas sérieux, c'est auto-centré autour du PCF, ça stérilise la possibilité d'une alternative, et ça va faire que je ne voterais pas !

Le Front de gauche, ce sont des têtes de liste régionales, Pierre Laurent en Ile de France, René Revol ou Elisa Martin ou Monsieur Boulanger en Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon ou Aquitaine, Christian Piquet, GU, en Midi Pyrénées.
Nous, la diversité, on la pratique, on sait s'ouvrir. Bienvenue à ceux qui veulent nous rejoindre.

Nino : Jean-Luc Mélenchon est-il un atout ou un peu trop incontrôlable à votre goût ?

Je n'ai jamais cru à l'homme ou a la femme providentiel, le Front de Gauche ne dépend ni de JLM ni de MGB. Il se construira, se développera avec l'ensemble des militants et des militantes qui le composent.

Donovan : Etes-vous déçue par Robert Hue, qui fait alliance avec le PS dès le 1er tour en IDF?

Je ne crois pas que ce soit le bon chemin. Si nous voulons battre la droite, il faut une gauche audacieuse, visant le dépassement du Libéralisme. Aujourd'hui le parti socialiste porte une politique sociale libérale qui s'illustre dans ses appels au Modem. Le meilleur moyen de faire bouger ce parti ce n'est pas d'accompagner cette dérive, mais c'est au contraire de montrer qu'un autre chemin est possible à gauche.C'est ce que propose le Front de Gauche.

A : Y aura-t-il un front de gauche après les régionales?

Nous avons décidé, d'un commun accord PCF, PG, GU de ne jamais ficeler le Front à tout jamais. Après les Européennes, nous avons tiré les enseignements et nous nous sommes donné un nouvel objectif : poursuivre le Front et l'élargir. Le 21 mars, je souhaite que nous ayons la même démarche, tirer tous les enseignements, mesurer l'utilité du Front pour la population, son efficacité pour faire bouger la gauche et battre la droite, et nous verrons alors comment poursuivre.

Alain : Une alliance avec le PS est-elle envisageable ?

Au deuxième tour des élections, le Front de gauche se rassemblera avec les autres forces de gauche pour battre la droite et créer les conditions d'une majorité de gauche dans les régions.

Jean-Jacques : Pour vous,que signifie être Français ? Et que pensez-vous du débat sur l'identité nationale ?

Je crois qu'il faut arrêter ce débat. On a vu qu'il avait provoqué des réactions xénophobes et racistes, y compris de la part de représentants de la République. La République, ce sont des valeurs : Liberté, Egalité, Fraternité. Débattons des droits des hommes et des femmes qui vivent et travaillent sur notre sol au regard de ces valeurs. La Nation, ce n'est pas un décret qui décide de ceux et de celles qui la composent. La Nation, notre Nation s'est constituée au fil des temps par de grands mouvements populaires, des révolutions, le suffrage universel, des mouvements sociaux, des règles constitutionnelles. Elle a bougé et elle bougera encore. Donc, débattons de ce qui peut rassembler les hommes et les femmes, leurs aspirations communes.
Pour terminer, je dis : Alerte, Alerte. Nous devrions être des milliers dans la rue pour dire Halte au Racisme, Halte a la xénophobie !

Lolo : Quelle est votre plus grande satisfaction et déception depuis votre entrée en politique ? Et que peut-on vous souhaiter pour 2010 ?

Ma déception c'est peut-être le fait, pour l'instant que nous n'ayons pas pu faire en sorte qu'en France, ce pays de la Révolution, s'installe un changement progressiste, profond, durable.
Ma plus grande satisfaction, c'est que depuis mon engagement au PCF en 1969, j'ai appris beaucoup des centaines de milliers d'hommes et de femmes que j'ai rencontrés et du fait que cet engagement m'a permis, en tant qu'élu et en tant que ministre, de servir ces hommes et ces femmes.
En 2010, de beaux résultats pour le Front de Gauche et un parti communiste en pleine forme. Pour moi un peu plus de temps. Merci pour toutes vos questions. Au revoir.

Publié dans On se parle

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