Les magistrats ne désarment pas après huit jours de mobilisation

Publié le par jack palmer

  Rassemblement de juges et d'avocats, au tribunal de grande instance de Nantes, jeudi 10 février.

 

Rassemblement de juges et d'avocats, au tribunal de grande instance de Nantes, jeudi 10 février.AP/David Vincent

Les magistrats français ont décidé, vendredi 11 février, de poursuivre leur mouvement de protestation après les propos tenus jeudi soir sur TF1 par Nicolas Sarkozy, qui n'a pas pris selon eux la mesure de leur malaise. Le tribunal de Nantes, d'où est parti le mouvement, a reconduit le report des audiences non urgentes jusqu'au 17 février, une décision identique à celles de nombreux tribunaux. A Nanterre, les magistrats ont voté une motion soulignant que, faute d'effectifs, le suivi de 1 460 anciens détenus n'était pas mis en œuvre.

De nouvelles assemblées générales doivent se tenir lundi dans les 170 juridictions sur 193 en partie paralysées depuis une semaine en raison des critiques du président sur les supposées failles dans le suivi d'un repris de justice, principal suspect du meurtre de Laëtitia Perrais. L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) et le Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) ont appelé les juges à prolonger le mouvement jusqu'à mardi, au lendemain d'un entretien avec le ministre de la justice, Michel Mercier.

OUVERTURE D'UNE CONCERTATION

Une vingtaine d'organisations de fonctionnaires, de greffiers, de policiers, de psychiatres et de victimes soutiennent le mouvement de la magistrature, appuyé par ailleurs par environ deux tiers des Français, selon les sondages.

Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi soir l'ouverture d'une concertation avec les magistrats, tout en excluant tout effort budgétaire, ce qui suscite l'incompréhension des syndicats. Ces derniers se déclarent consternés par les propos de Nicolas Sarkozy expliquant qu'il préférait consacrer l'argent aux chômeurs plutôt qu'à des magistrats, dont il a souligné le "statut", allusion à leur sécurité d'emploi. Le chef de l'Etat a par ailleurs insisté sur deux réformes de structure qui suscitent l'hostilité de la magistrature : l'introduction "d'ici l'été" de jurys populaires en correctionnelle et la réforme de la justice des mineurs.

 "MARQUE DE MÉPRIS"

"Ce mouvement historique a été balayé d'un revers de manche méprisant par un président de la République qui ne veut manifestement pas comprendre, ni entendre le profond malaise qui secoue le monde judiciaire et la police", dit l'USM. Ce syndicat appelle dans un communiqué les juges à rédiger des "cahiers de doléances", tribunal par tribunal. Matthieu Bonduelle, secrétaire général du SM, parle de "provocation". "Il y a une marque de mépris", a-t-il dit.

Marc Trévidic, président de l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI) a qualifié de "délire" la phrase du président parlant des chômeurs et du statut. "On demande des moyens pour le justiciable et pas pour nous, c'est pas du fric qui irait dans les poches des magistrats, ça n'a rien à voir avec le sujet. La justice n'est pas le problème des magistrats mais celui des citoyens", a-t-il dit.

UNE "TERRIBLE ACCUSATION" SELON BADINTER

L'ancien garde des sceaux, Robert Badinter, reproche lui à Nicolas Sarkozy d'avoir porté "une terrible accusation" contre les magistrats qui explique la fronde, selon lui inédite, de ce corps. "Quand le président de la République déclare 'Il y a faute', cela signifie que des magistrats ont été des facilitateurs du crime. C'est une terrible accusation contre des magistrats dont la mission est précisément de poursuivre des criminels", explique le sénateur socialiste dans un entretien à Libération, samedi. 

L'ancien ministre de la justice exprime par ailleurs son rejet d'un durcissement de la justice des mineurs qui "doit demeurer une justice à part, avec des juges et des éducateurs spécialisés". Robert Badinter se montre également très réticent à l'idée d'introduire des jurés populaires en correctionnelle: "Nicolas Sarkozy oublie l'essentiel: juger est un métier qui demande un savoir et une expérience." "Cet appel à des jurés en correctionnelle est une forme de défiance à l'encontre des magistrats, trop laxistes aux yeux du président", selon lui.


Appel à témoignages

Acteurs du monde judiciaire, quelle suite allez-vous donner au mouvement de protestation ?

Vous êtes magistrat, greffier, avocat, gardien de la paix, conseiller d'insertion et de probation... Pensez-vous que vos revendications ont été comprises et entendues ? Quelle suite entendez-vous donner au mouvement de protestation ? Une sélection de témoignages sera publiée sur Le Monde.fr

Publié dans liberté

Commenter cet article