Les liaisons dangereuses

Publié le par jack palmer

D’un hiver l’autre, la saison est au compte de Noël. L’an passé, nous baignions en pleine campagne, qui allait virer au scandale, de la grippe H1N1. Quelques mois à peine auront suffi à mesurer combien l’addition fut salée pour les Français et l’opération des plus juteuses pour les profits des grands laboratoires pharmaceutiques. Pardi, c’est l’assurance maladie qui régale ! Pourquoi se gêner ? 2010 s’achève sur ce qui devient un autre scandale d’ampleur. L’affaire du Mediator est d’autant plus grave qu’elle met en cause des vies humaines, 
là où le médicament est censé les défendre.

Côté pile, le laboratoire Servier se donne comme une vaste entreprise humanitaire, harmonieuse et quasi philanthropique. Son président fondateur est donc digne de toutes les reconnaissances au plus haut niveau et gravira tous les degrés de l’ordre de la Légion d’honneur, de commandeur sous Dominique Strauss-Kahn à grand-croix sous Nicolas Sarkozy. Côté face de la pièce, comme pour ce qui a été révélé cet été avec l’affaire « Woerth-Bettencourt », ce petit monde de Neuilly et d’avocats d’affaires se connaît très bien, depuis très longtemps. Ici, pas de conflit dans le partage bien compris des tâches entre politique et affaires, simplement un épisode de plus au feuilleton estival de la mise au grand jour de la vie d’une classe de possédants.

Qu’aurait donc le chef de l’État à refuser à l’industrie pharmaceutique qu’il n’accorde aux banques, aux groupes financiers et à son club du Fouquet’s ou du Medef ? Puisqu’il est là pour servir leurs intérêts – et certainement pas ceux de « la France qui se lève tôt », comme peuvent le mesurer depuis de longs mois ceux qui ont pu y croire. Le président de la République avait même livré le fond de son projet en la matière devant les responsables des cinq premiers laboratoires français, les recevant en son palais en juin 2009. Du crédit impôt recherche à l’autonomie des universités, ses décisions devaient leur permettre d’accroître leur force de frappe et leur emprise sur un secteur de recherche publique, raillé avec un mépris désormais usuel.

Des centaines de millions d’euros sont allés directement des caisses de l’assurance maladie et des complémentaires à celles d’un laboratoire privé. Des vies sont en jeu. Que fait le gouvernement ? Xavier Bertrand a trouvé : la sécu paiera, quitte à se lancer dans une longue course judiciaire. Pardi. Les patrons et traders « voyous » ont vu ce qu’ils risquaient avec ce pouvoir. En ira-t-il de même avec le président fondateur de la firme, neuvième fortune de France, estimée à 3,8 milliards d’euros ?

Ici, pas de conflit dans le partage 
bien compris des tâches entre politique et affaires.

Michel Guilloux

Publié dans Politique

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