Le pouvoir est affaibli

Publié le par jack palmer


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L’heure de la reconquête sociale

Sarkozy n’a pas pris la mesure du rejet dont sa politique fait l’objet dans le pays.

Ses mini-changements de titulaires au sein de l’équipe gouvernementale, son discours plaidoyer le montrent. Á moins qu’il ne se livre à une provocation méprisante à l’égard du peuple qui a bel et bien censuré sa politique économique et sociale. Á moins que le président ne soit tenté par la méthode du coup de force, de confronta­tion avec le monde du travail, pour faire passer, quoi qu’il en coûte, la contre-réforme des retraites, la mise à mal des services publics et la marchandisation de la protection sociale.

Les syndicats, en revanche, ont compris le message que leur adresse l’exécutif avec la nomination d’Éric Woerth au ministère du Travail, lequel a fourbi à Bercy ses premières armes de sabreur de postes. Ce message profondément antisocial, les cen­taines de milliers de manifestants le 23 dans toute la France n’ont pas mis long­temps à le décrypter. Trois jours après avoir sanctionné le gouvernement dans les urnes, ils sont descendus dans la rue, Aux élections régionales, il était décisif pour la suite de ne pas laisser au pouvoir la moin­dre opportunité de se prévaloir d’une rai­son de pavoiser, fût-ce la plus modeste.

Ainsi étrillé par les électeurs, le gouverne­ment Sarkozy-Fillon est plus faible, plus isolé. La possibilité de limiter ses capaci­tés de nuisance en est d’autant accrue. Au lendemain du second tour, le quotidien La Tribune tirait les leçons du scrutin d’une phrase : « La défaite qui complique les réformes. » Entendez qui gène le président de la République dans la poursuite de son chantier de démolition, dont la pièce maî­tresse est la remise en cause de la retraite à 60 ans et au droit pour tous les salariés de vivre dignement après avoir passé le relais aux nouvelles générations.

Plus que d’une simple question sociale, il s’agit là d’une affaire de civilisation et de conception de la vie en société : la jungle ou la réussite de chacun ne souffre pas du malheur des autres ou l’humanité. Dans la première, chacun doit financer son propre devenir par une part croissante de capitali­sation, l’humanité, c’est au contraire la solidarité intergénérationelle, une réparti­tion équitable des richesses qui concourt à la justice sociale. Les combats du mouve­ment ouvrier ont fait de ce vieux rêve des penseurs communistes au XIXe siècle un début de réalité au XXe, que les néolibé­raux veulent détruire en ce début de troi­sième millénaire.

La crise financière et les milliards d’euros et de dollars mobilisés par les États pour que le système bancaire continue comme avant ont ouvert les yeux sur les menson­ges déversés à propos de l’impossibilité qu’il y aurait aujourd’hui à financer les retraites au motif que les femmes et les hommes vivent en moyenne plus long­temps que leurs grands-parents. Qu’il faille des réformes, nul ne le conteste, par exemple celle qui ferait cotiser le capital au même taux que le travail. Celle qui consiste à prendre en compte les années de formation dans le calcul des annuités pour éviter que dans le futur les salariés n’aient que le choix entre mourir au tra­vail et devenir des retraités démunis.

Le pouvoir a beau se parer du masque de l’arrogance, ses moyens de résister à la riposte sociale sont affectés, l’abandon de la taxe carbone ne saurait suffire.

L’heure est venue de passer à la recon­quête sociale.

Publié dans On se parle

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