La situation est grave à Pôle emploi

Publié le par jack palmer

Pôle emploi existe depuis presque trois ans. Il a été imaginé pour simplifier le parcours du demandeur d'emploi et éviter les doubles démarches auprès de l'Assedic, pour l'inscription et l'indemnisation, et auprès de l'ANPE pour le suivi et le soutien à la recherche d'emploi. Cette idée de simplification convient tout à fait à la CFDT. Rappelons que ces deux institutions étaient très différentes dans leurs histoires, leurs fonctionnements et leurs cultures.

Depuis la création de Pôle emploi, le monde a connu une crise majeure, qui n'a pas épargné notre pays : le nombre de chômeurs a augmenté de 1 million entre mi-2008 et fin 2010, c'est considérable. Le chômage continue sa progression. Même si ce flux venait à s'amoindrir dans les prochains mois, il reste que des centaines de milliers de demandeurs d'emploi voient leur durée de chômage augmenter, et Pôle emploi se doit de les accompagner dans la durée. Cette situation perturbe fortement l'organisation de cette structure et le travail de ses agents.

Dans ce processus de transformation, les organisations syndicales et patronales sont fortement impliquées. Par les négociations de la convention d'assurance-chômage, elles décident des règles d'indemnisation des chômeurs.

De plus, la loi impose que 10 % des cotisations de l'assurance-chômage contribuent au financement du fonctionnement de Pôle emploi. Cela donne une responsabilité importante aux partenaires sociaux, qui doivent être garants de la bonne utilisation de cet argent.

L'autre pilier du financement de Pôle emploi est l'apport de l'Etat, qui décide sa participation chaque année. Or celui-ci se désengage, depuis deux ans, et cela conduit Pôle emploi dans une impasse.

Pire, le financement des mille emplois transférés de l'Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) vers Pôle emploi n'a pas été pris en charge, et 1 800 postes ont été supprimés.

Les résultats de l'enquête réalisée par la CFDT auprès de chômeurs nous font tirer la sonnette d'alarme.

Les chômeurs se considèrent globalement comme bien accueillis dans les agences, mais la qualité des prestations est moins plébiscitée. La restriction budgétaire sans cohérence avec les besoins conduit à des réorganisations de Pôle emploi qui, du point de vue des demandeurs d'emploi et des agents, n'ont pas beaucoup de sens.

Les réorganisations ne tiennent pas compte du fait que le calcul d'une indemnisation est compliqué : la multiplicité des employeurs, la succession d'emplois courts ou les activités réduites concernent une majorité de chômeurs qui viennent pour leur première inscription. Pourtant, quand il s'agit de son revenu de subsistance, le demandeur a besoin d'une information et d'une mise en oeuvre de son indemnisation extrêmement fiable et rapide.

Le premier entretien pour le projet personnalisé d'accès à l'emploi se fait dès l'inscription. Le rendez-vous suivant est donné au chômeur quatre mois plus tard, dans le cadre du suivi mensuel personnalisé, sans qu'il soit tenu compte de sa situation personnelle !

L'obligation pour le demandeur d'emploi d'appeler le 3949, chaque fois qu'il veut avoir un contact, est vécue durement par certains. Nous sommes en droit d'exiger un contact plus facile et plus régulier avec un conseiller. De même, des chômeurs convoqués, plusieurs mois de suite, dans le cadre du suivi personnalisé à des rencontres collectives ont l'impression désagréable d'être déconsidérés, ramenés au statut de fraudeurs potentiels.

De mois en mois, l'insatisfaction grandit des deux côtés du guichet. Chômeurs et agents s'empêtrent, malgré eux, dans une situation de frustration et de mal-être très importante, porteuse de risques considérables de conflit. Les décisions budgétaires de l'Etat aboutissent à l'absurdité suivante : d'un côté on a plus de chômeurs, plus de chômeurs de longue durée, donc plus de besoins d'aide ; de l'autre, moins de personnel, plus de travail d'accompagnement et une réduction des partenariats avec des opérateurs extérieurs.

Cette attitude de l'Etat frise l'irresponsabilité. Nous avons l'impression que nos interventions diverses auprès des décideurs politiques ou dans les instances où nous siégeons sont écoutées poliment sans être entendues. Les initiatives de l'Etat, à grand renfort de publicité, pour afficher des objectifs contraires à la réalité, ne font qu'ajouter de la colère à la colère.

Un rapport de l'inspection générale des finances a été diligenté en octobre 2010. Où est-il, quelles en sont les conclusions et pourquoi les cache-t-on ?

La situation est grave. Nous attendons de l'Etat des mesures à la hauteur de la situation réelle du chômage dans notre pays. L'objectif de Pôle emploi ne peut pas se limiter à être un organisme public qui coûte le moins cher possible.

Pôle emploi peut être autre chose, nous en sommes convaincus. Sa richesse, ce sont ses compétences internes et le désir des salariés de bien faire leur travail. L'attente très forte vis-à-vis de Pôle emploi se transforme en déception pour les chômeurs et en découragement pour le personnel.

Nous croyons à un autre avenir pour Pôle emploi, au service des demandeurs d'emploi. Nous appelons le premier ministre et le ministre du travail à un sursaut avant qu'il ne soit trop tard.

François Chérèque, secrétaire général de la CFDT et Martial Garcia, secrétaire général de la fédération Protection sociale, travail, emploi de la CFDT

Article paru dans l'édition du 17.02.11

Publié dans Société Politique

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