La première marche

Publié le par jack palmer

«Toute l’eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuel», écrivait Lautréamont. Quel flot faudra-t-il pour nettoyer Nicolas Sarkozy de ce «ni-ni», de l’équivalence qu’il a tracée entre le Front national et les partis républicains ? En refusant de choisir, le président de la République s’est engagé sur une pente glissante, de laquelle la démocratie risque de sortir froissée. En rouvrant la porte à l’élection de conseillers généraux d’extrême droite, il lui fait une bonne manière dont il espère un retour. Celui-ci risque de lui revenir comme un boomerang. Il engage la droite dans un pas de deux où les gaullistes perdront leur âme et les démocrates, leur honneur. Son entreprise conduirait à la constitution d’un bloc qui déporterait la droite toujours plus à droite, ajoutant à son code génétique libéral la xénophobie et le populisme. L’UMP s’engage dans cette voie où elle risque de se perdre. En son sein déjà, des personnalités refusent de marcher sur ce pas cadencé. La tentation de 2012 qui hante l’Élysée peut devenir un piège redoutable pour la droite et, plus grave, pour la démocratie française. Jean-Louis Borloo reconnaît d’ailleurs que le «ni-ni» de Sarkozy «va poser à la majorité des problèmes majeurs dans les mois qui viennent» et estime que «faire barrage au Front national est évidemment indispensable»…

Le premier tour des élections cantonales a confirmé le rejet de la politique du pouvoir. Il s’est manifesté de trois manières : une abstention majoritaire ; la montée de l’extrême droite et aussi un progrès de la gauche. Reste à cette dernière à confirmer ce résultat au second round et surtout à construire une espérance, un projet réellement transformateur qui ne se dissoudra pas dans les vapeurs libérales. La force de l’abstention témoigne d’un doute puissant sur l’utilité du vote et de la politique. Aucun changement ne peut être envisagé s’il n’est levé. C’est la tâche à ouvrir sans délai.

« Aujourd’hui plus que jamais, la gauche et les écologistes ont une grande responsabilité. Toutes nos forces doivent être utilisées pour amplifier, dimanche prochain, le vote du premier tour», ont déclaré hier le PS, le PCF, EELV, le PRG et le MRC. Nous appelons toutes les forces de gauche, les écologistes, les démocrates et les républicains à se rassembler dans tous les départements, à se mobiliser et à s’unir pour battre la droite et l’extrême droite au deuxième tour des élections cantonales, derrière les candidats de gauche et écologistes arrivés en tête au premier tour», ajoute le texte qui précise : «Au-delà, nous savons que notre responsabilité est de construire une politique alternative globale et cohérente (...) pour porter l’espoir d’une alternance politique en 2012», conclut la déclaration. Les 8,92 % recueillis par le Front de gauche à l’échelle nationale seront des points d’appui pour cela. Il reste un an pour éviter les ornières du désespoir et les sorties de route libérales. Une première marche doit être gravie dimanche.

Patrick Apel-Muller

Publié dans Cantonales 2011

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