La jeunesse française doit(peut) sortir de sa torpeur

Publié le par jack palmer

Il y a 67 années de cela, par un petit matin forcément blême et froid, un homme au nom étranger, né dans les confins de l'Empire ottoman, offrait sa vie pour la liberté ; « mort pour la France » inscrit un patriote français sur l'honteuse affiche rouge.

Ce jour du 21 février 1944, Missak Manouchian, le métèque, le brigand de l'armée du crime se présentait, avec son groupe, dépouillé de tout ego face aux canons des forces barbares. Il jeta sur le papier quelques mots pour sa femme, sa Mélinée, « sa petite orpheline bien-aimée ». Il lui dit :

« Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais. […] Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. »

En tombant sous les balles s'achevait avec infini grandeur un parcours de don de soi entamé quelques années plus tôt.

Soldats lumineux de l'armée des ombres

Cette courte vie, aux marges de la société, loin de la bien-pensance et de l'idéologie dominante, est avant tout celle d'un homme droit. Face à l'horreur nazie et à la résignation générale, Missak refusa de courber l'échine et de rentrer dans le rang. Comme de nombreux autres anonymes, soldats lumineux de l'armée des ombres, il quitta son peu de confort et de tranquillité, choisit de se faire violence et de combattre pour la dignité de l'homme et ainsi pour sa propre liberté.

Au-delà de la pensée émue et admirative que nous pouvons avoir pour eux et de l'hommage que nous nous devons de leur rendre, il est fondamental de percevoir dans ces trajectoires de vie une universalité rédemptrice.

La vie de Manouchian, le choix qu'il a fait de combattre jusqu'à la mort pour un idéal sont autant de signes d'espoir face à un possible découragement. L'histoire, quelle qu'elle soit, n'est jamais écrite et la fougue des idéaux, la force des croyances ne peuvent que triompher face à un adversaire désincarné.

On cherche à imposer un modèle aux jeunes générations

En ces temps bien différents, où l'ennemi ne porte pas un uniforme frappé d'un svastika mais est plutôt le produit d'une uniformisation marchande qui broie chaque jour un peu plus l'homme, le destin rebelle de Manouchian, poète et résistant, doit réchauffer notre capacité à vouloir nous faire violence. Cette force de la jeunesse qui s'exprime actuellement dans tout le monde arabe doit embraser également notre débat public.

La fronde participative des jeunes générations doit plus que jamais faire entendre sa voix face à un modèle qu'on cherche à lui imposer. La jeunesse française doit sortir de sa torpeur et saisir démocratiquement sa capacité à faire bouger les lignes.

Comme nous le dit si bien Stéphane Hessel, indignons-nous et montrons-nous dignes de cette possibilité de débattre que nous ont offert les combattants de la liberté…

Par Maxime Verner | Etudiant

 

Publié dans Société Politique

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