Journalistes, sept manières de protéger vos sources

Publié le par jack palmer

Journalistes !!! , sept manières de protéger vos sources

Selon un rapport publié le 20 octobre par Reporters sans frontières, la France est classée à la 44e place en matière de liberté de la presse. Elle a perdu 33 places depuis 2002.

Le climat actuel -cambriolages, surveillances téléphoniques- nous pousse à nous tourner vers les techniques de nos confrères travaillant sous des régimes clairement autoritaires.

1Retour au pigeon voyageur

Pour envoyer un courrier confidentiel à quelqu'un, le mieux reste de ne pas l'envoyer. Rien de plus simple. Il faut ouvrir un compte mail (Gmail ou Yahoo par exemple) et donner (par oral) l'identifiant et le mot de passe au destinataire. On enregistre ensuite le mail que l'on souhaitait envoyer dans les brouillons sans l'envoyer. Le destinataire n'aura plus qu'à se connecter sur le compte en commun et lire le message.

On évite ainsi que le courrier ne soit relayé par plusieurs serveurs lors de son envoi et qu'il soit copié ou intercepté par la même occasion.

2

Lorsque l'envoi d'un e-mail est inévitable

Envoyer son mail sans le protéger, c'est comme envoyer une carte postale sans enveloppe. Pour contrer la curiosité de certains (d'un gouvernement par exemple), on peut crypter son message. Pour ce faire, il faut utiliser un logiciel libre tel que GNU Privacy Guard. De nombreux sites expliquent le procédé.

Plus sûr qu'un e-mail, certains sites permettent des discussions instantanées (tchat) qui ne sont pas susceptibles d'être surveillées.

3

Protéger méticuleusement son ordinateur

Avant de sécuriser son système d'exploitation, il faut être sûr de la fiabilité de celui-ci et des logiciels qu'il accueille. Les logiciels libres ou le système d'exploitation Linux, par exemple, sont le fruit de différents programmeurs, ce qui renforce leur confidentialité.

On peut aussi utiliser des espaces de travail séparés en fonctions de la sensibilité des fichiers. Avoir plusieurs supports de stockage, plusieurs systèmes d'exploitation, voire même plusieurs ordinateurs permettent de lutter contre la fuite de données.

Des astuces très simples permettent également de lutter contre le vol de son ordinateur portable, à l'occasion par exemples d'un cambriolage. L'attacher avec un cadenas découragera les petits larcins pressés et peu équipés. Il y a également des alarmes USB qui alertent l'entourage dès que la clé est débranchée. Enfin, des détecteurs de mouvement existent. Ils s'accrochent à l'ordinateur et sonnent dès qu'il n'est plus immobile.

4

Rendre ses fichiers intraçables

Il faut savoir se débarrasser des fichiers gênants. Un simple clic sur « vider la corbeille » ne suffit pas. Réécrire le fichier plusieurs fois sur l'espace qu'il occupe avec des données aléatoires est la meilleure manière pour le faire disparaître.

On peut également crypter ses données, ce qui les rend incompréhensibles pour qui n'a pas le mot de passe. Les logiciels TrueCrypt sous Windows, FileVault sous Mac OS X et dmcrypt avec Cryptsetup ou Efs Crypt sous Linux sont plutôt efficaces.

5

Se méfier du téléphone portable

La surveillance téléphonique semble être le moyen le plus connu et le plus à la mode pour surveiller les journalistes. De Mitterrand à Sarkozy, les procédés diffèrent mais le résultat est tout aussi efficace.

Pour éviter que des « officines » ou d'autres instances procèdent à des écoutes ou aient accès aux fadettes, les listes des appels passés ou reçus par une personne, de simples précautions sont à prendre comme appeler d'une cabine téléphonique.

On peut aussi acheter une puce de portable dans un magasin de téléphonie mobile et l'utiliser temporairement pour les appels à haut risque. Privilégier un logiciel de téléphonie par Internet est une autre solution, qui présente cependant, quelques failles : les autorités peuvent réclamer à Skype de pouvoir écouter des conversations.

6

Eviter de laisser des preuves à la rédaction

Les journalistes de Mediapart, peu avant leur cambriolage, ont montré aux caméras de France 2, comme l'a noté Arrêt sur images, l'endroit où ils stockaient les enregistrements de Liliane Bettencourt. Ne pas les imiter est évidemment primordial. Louer un coffre-fort, confier des données confidentielles à une personne de confiance reste une démarche plus prudente.

7

Le papier : une valeur sûre

Lorsque le mobile d'un journaliste est volé, toutes ses sources ou messages peuvent éclater au grand jour. Un ordinateur peut également être surveillé à distance. Un simple e-mail hébergeant un cheval de Troie permet de le contaminer à l'aide d'un logiciel espion (ce procédé est désormais exploitable juridiquement depuis la loi Loppsi 2).

Ecrire ces données confidentielles ou ses numéros de téléphone sur un papier gardé en lieu sûr, c'est se protéger de tous ces risques. Et c'est renforcer l'anonymat de ses informateurs.

Il est important de noter ses contacts sur papier et, s'il le faut, de renommer, sous forme codée, certaines personnes dont on souhaite conserver l'anonymat.

Ces sept conseils destinés aux journalistes (la liste est loin d'être exhaustive et de nombreux blogs en détaillent d'autres) illustrent clairement le climat incertain qui plane sur cette profession. Contrer les attaques des uns, lutter contre la surveillance des autres, c'est protéger à la fois ses sources et renforcer la liberté de la presse.

Mis à jour le 07/11/10 à 11h40. Ajout du paragraphe sur les façons de protéger son ordinateur du vol.

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Par David Perrotin | Journaliste | 07/11/2010 | 10H20

Publié dans On se parle

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