Jean Ferrat en paroles et en silences à la radio

Publié le par jack palmer

Les Greniers de la mémoire, sur France Musique, rendent hommage au chanteur décédé. Les Greniers de la mémoire France Musique. Samedi 11 décembre. 18 heures.

 Dans notre époque énervée, les silences sont rares, y compris en radio. Dans cette émission des Greniers de la mémoire, sur France Musique, ils ont la part belle. Jean Ferrat, décédé en mars dernier, en est l’invité d’honneur. À coups d’interviews, et bien évidemment de chansons, Karine Le Bail et Philippe Têtard redonnent la parole à l’artiste engagé. Et, cette semaine, repassent certains de ses plus gros succès, de Que serais-je sans toi à la Commune en passant par Potemkine.

Cette espèce d’autoportrait radiophonique de Jean Ferrat a débuté la semaine dernière. On peut le réécouter sur le site de France Musique. Dans un premier temps, Jean Ferrat, à la fin des années cinquante, parle de ses débuts difficiles, des contraintes rencontrées comme chanteur de cabaret, de sa relation avec sa première épouse, Christine Sèvres. Dans un deuxième temps, cette semaine, les archives retenues donnent la parole à Ferrat devenu célèbre, puis à Ferrat retraité à Entraigues. Avec un recul sur sa carrière, sur son métier et sur les difficultés rencontrées, une fois le succès au rendez-vous, quand la censure, telle une guerre, s’est déclarée, pour lui, comme pour d’autres, dont Isabelle Aubret, pour lesquels il écrivait. Surtout, elle donne la parole à l’homme, et à ses blessures d’enfance. Puisque « nul ne guérit de son enfance », il entame le récit de la vie de son père, de sa foi en l’homme, et de sa déportation. Sa peine, le sentiment d’injustice qui l’a poursuivi toute sa vie, il l’exprime en silences. Son refus de l’antisémitisme, son engagement en chansons, mais aussi dans la vie, trouvent aussi leurs racines dans cette époque, comme il l’explique à son interlocuteur. Dans les souvenirs qu’il égrène, il parle des résistants qui l’ont caché, et des résistances au quotidien.

Chanteur engagé, mais aussi auteur exigeant, Jean Ferrat a mis Aragon en musique. Il a aussi écrit moult chansons qui font autant référence à l’histoire qu’à la situation politique du moment. Et même peu médiatisé, pour cause de censure puis parce qu’il s’est fait plus rare, une fois la scène désertée, il a toujours conquis un public varié socialement. Dans les entretiens retranscrits par les Greniers de la mémoire, il parle, très énervé, des producteurs qui trouvaient ses paroles « trop recherchées ». Il balaie tous ces prescripteurs de la bêtise humaine d’un revers de la main. « Quand on administre la médiocrité sur les antennes en disant que c’est ce qui plaît aux gens, je ne suis pas d’accord », s’agace-t-il, en prenant pour preuve ses propres concerts, au public très populaire.

Le plaisir de retrouver Ferrat, et de fredonner ses chansons, est au moins aussi intense que la joie de l’écouter de nouveau. Voilà un homme qui n’a jamais perdu ni sa poésie ni sa colère. Il reste, toutes générations confondues, pour peu qu’on daigne l’écouter, une valeur sûre en matière d’humanisme. D’ailleurs, l’émission se termine par un joli hommage : elle donne à entendre le duo formé par Catherine Deneuve et Benjamin Biolay, qui chantent C’est beau la vie, dans Potiche, le dernier film de François Ozon.

 

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Á coeurs battants, le nouveau "Hors série" sur Jean Ferrat

Caroline Constant

Publié dans On se parle

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