Dans mon quartier, les effets de la réduction des effectifs publics

Publié le par jack palmer

Bonne initiative trouvée sur RUE89.

A reprendre au niveau de Boissy.

Pour rendre la RGPP moins abstraite, nous sommes allés voir ses répercussions sur les services publics d'un quartier de Paris.

Quand on le résume à quatre lettres technocratiques, la « RGPP » (Révision générale des politiques publiques), la réduction du train de vie de l'Etat est une politique bien abstraite. La RGPP, vous connaissez : son principe le plus célèbre est le non-remplacement d » un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Déjà 100 000 postes ont été supprimés, un chiffre énorme dont il est difficile d'imaginer les répercussions concrètes. Pour en avoir le cœur net, j'ai décidé de mener l'enquête sur les réductions d'effectifs dans mon quartier (mais pas seulement celles engagées au titre de la RGPP). Les conséquences sur MES services publics. Je suis Parisienne, j'habite le quartier de Belleville (entre le Xe et le XIe arrondissement de Paris).

Mes écoles : « Le système éducatif est cassé »

D'abord un rappel : 16 000 postes vont être supprimés dans l'Education nationale dès la rentrée 2011. Que se passe-t-il en bas de chez moi ? Mon quartier ne sera pas épargné :

  • deux classes de premier degré (maternelle et primaire) vont disparaître ;

  • un poste d'enseignant Rased (Réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) va être supprimé ;

  • une classe de soutien aux enfants non-francophones va être fermée.

Un Lego instituteur.Pour ce qui est du second degré, le volume horaire alloué aux établissements ne cesse de diminuer alors même que les besoins de ce quartier populaire augmentent.

Olivier Fraboulet-Laudy, membre de la Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques (FCPE) et papa de deux élèves du quartier :

« Pour moi, le système éducatif est cassé. L'ambition éducative n'existe plus. En 2011, les auxiliaires de langue disparaîtront et il n'y a plus d'initiation à l'informatique. On sent que les enseignants sont sous pression : ils ne communiquent plus avec les parents. »

Ecoutez le témoignage d'un directeur d'école du Xe arrondissement de Paris, qui a préféré rester anonyme. Selon lui, ce sont les enfants en difficulté qui souffrent le plus de ces politiques de réduction d'effectifs. (Ecouter le son)

 

Mon hôpital : « La nuit, il n'y a plus de chirurgien en chef »

Un Lego infirmière.Dans le domaine de la santé, on ne parle pas de RGPP mais de la loi HPST (Hôpital, patients, santé et territoires). Le but reste le même : rationaliser les services rendus.

Conséquences à l'hôpital Saint-Louis, le plus proche de chez moi : d'après la CGT, 400 emplois ont disparu depuis 2008. Il s'agit, pour la plupart, d'emplois peu visibles comme ceux des services techniques ou administratifs.

Mais les réformes atteignent aussi le personnel soignant selon Yannick Gatel, infirmière syndiquée à la CGT :

« L'offre de soins diminue depuis un an. La nuit, par exemple, il n'y a plus de chirurgien en chef. Si cela peu attendre, le patient est opéré le lendemain. Sinon, il est transféré à Lariboisière. »

Carole Dumont, également infirmière syndiquée CGT, me confie :

« Je ne peux plus faire de travail de qualité car on est sans cesse dans l'urgence. Dans mon bloc opératoire, on est en sous-effectif permanent. On fait de l'abattage. »

Mon commissariat : « On récupère des fauteuils dans les rues »

Des Duplo policiers.Difficile d'avoir des chiffres mais la situation est peu glorieuse d'après un policier du Xe qui a accepté de me parler :

« Avant on devait être efficaces, maintenant on doit être efficients : on doit faire mieux avec moins de moyens.

Nos effectifs sont rationalisés : certains postes sont supprimés et le personnel est réaffecté dans des brigades pour faire face aux missions quotidiennes.

Au niveau du matériel, c'est le système D. On doit récupérer des fauteuils laissés dans la rue lors de déménagements ! Et quelques fois, quand on manque de personnel, on appelle un policier à la retraite pour assurer l'accueil pendant deux mois. Bien sûr, on nous demande de faire du chiffre : on arrête les fumeurs de shit au lieu de démanteler les trafics de stupéfiants. »

Ma sécurité sociale : fermeture d'un Point d'accueil personnalisé

Un Lego devant un ordinateur.Elle est bien mal en point.

D'après la CFDT, huit centres d'accueil parisiens vont être fermés sur les dix-sept actuellement ouverts. Et les plateformes téléphoniques sont réduites du tiers de leurs effectifs.

Dans mon quartier, un Point d'accueil spécialisé va être fermé alors qu'il était destiné aux populations les plus précaires.

Ma Poste : six postes évaporés dans deux bureaux proches

Un Lego facteur.Là, on ne parle pas de la RGPP car La Poste est désormais une entreprise privée. « Chez nous, seulement un départ à la retraite sur cinq est remplacé », affirme un syndicaliste CGT.

Selon Les Echos, 11 700 postes ont été supprimés en 2010 (soit une réduction de 5% par rapport à 2009). Il s'agit, affirme La Poste, de s'adapter à la chute de l'activité courrier.

Les antennes de mon quartier en font les frais : six postes viennent d'être supprimés dans les deux bureaux les plus proches de chez moi.

► N.B. : toutes les personnes que j'ai rencontrées m'ont précisé que le Xe arrondissement de Paris est plutôt bien loti. Il paraît que la situation est bien pire en Seine-Saint-Denis … et est temporairement amortie en 94 par une la majorité de gauche du CG, et de son président C. Favier.

 

Par Catherine Le Gall | journaliste

 

Illustrations : un Lego instituteur ; un Lego infirmière ; des Duplo policiers ; un Lego devant un ordinateur ; un Lego facteur.

Publié dans Reforme territoriale

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