Course à l’échalote

Publié le par jack palmer

La France et les Français ont-ils quelque chose à gagner à une course à l’échalote entre la droite et le PS ? C’est au fond la question posée par le petit numéro de Manuel Valls sur les 35 heures. Certes, il a choisi de jouer sa partition dans les débats internes de son parti et dans la perspective 
des primaires. Au cas où DSK n’irait pas, le député maire d’Évry se verrait bien, semble-t-il, dans le rôle du coucou. Pour autant, qu’il le fasse en mettant ses pas dans ceux 
de Nicolas Sarkozy n’est pas anodin et sans conséquences. Si une partie de l’UMP affecte de s’en désintéresser 
en estimant que de toute manière le sort des 35 heures 
est joué depuis 2008 et que leur « déverrouillage » 
est déjà effectif, d’autres, autour de Jean-François Copé, saisissent l’occasion de pousser les feux pour y jeter 
la notion même de durée légale du travail.

Non que cela traduise un désaccord à droite. Il n’est question que de tactique et d’un partage des rôles dans la meilleure manière de se hâter lentement. Même scénario au Medef où, si l’on feint aussi de faire peu de cas du débat de ces derniers jours, 
c’est pour affirmer que « l’idéal serait bien de supprimer toute référence légale à la durée du travail ». Dans ces conditions, le rôle de supplétif du candidat socialiste ne peut qu’être salué comme hier dans le Figaro, qui soulignait son « impertinence » et son refus des « discours démagogiques ». C’est curieux comme la droite apprécie « l’impertinence » quand elle la flatte.

Mais on ne saurait en rester à l’épisode Manuel Valls. Car ses propos illustrent à leur manière une forte propension d’autres leaders socialistes à une dérive des continents. On se souvient sans doute des propos de DSK sur les retraites. D’autres, dont François Hollande, 
ont déjà mis en cause les 35 heures, ou ce qu’il 
en reste. François Hollande encore s’insurgeait, il y a déjà deux ou trois ans, contre « les incantations » mettant en cause le capitalisme. Parmi les quadras, Arnaud Montebourg souhaite « un capitalisme coopératif ». Autant de positionnements, et on en oublie bien sûr, 
qui ont mis en scène ces derniers mois ce qui serait 
une querelle des anciens et des modernes, orchestrée 
par les commentateurs politiques en cour. Les anciens, 
les archaïques, les utopistes, voire les naïfs ou même 
les populistes étant ceux qui restent absurdement persuadés que l’on peut peser sur le cours des choses jusqu’à remettre en cause, peut-être, le capitalisme lui-même. Les modernes et les réalistes ayant décidé d’épouser ce même cours des choses, quand bien même 
il se confond avec ceux de la Bourse et du CAC 40 
qui, soit dit en passant, démarre l’année « en fanfare », selon la presse économique.

Ainsi, alors même que nous sommes toujours dans la tourmente d’une crise sans précédent 
du capitalisme, dramatique pour les peuples, porteuse dans les pays les plus avancés de régression sociale et de remise en cause de véritables acquis de civilisation, par une perversion du langage qui laisse pantois, la modernité serait de s’en accommoder et de soumettre les peuples, plutôt que les marchés. Comme si ces derniers étaient devenus une puissance autonome échappant comme 
la créature de Frankenstein à ses créateurs qui n’auraient plus qu’à les servir. Sauf que la France et les Français, au cours des derniers mois, ont démontré qu’il pouvait en être autrement, qu’ils pouvaient agir et construire, avec tous ceux qui le veulent à gauche, de nouveaux rassemblements pour une alternative réelle à cette politique et ceux qui la soutiennent, d’où qu’ils soient.

C’est curieux comme la droite apprécie « l’impertinence » quand elle la flatte.

Maurice Ulrich

Publié dans Présidentielle 2012

Commenter cet article