Claques et claquettes.

Publié le par jack palmer

Pitoyable. « Pourquoi, moi, j'ai fait comme les autres »: tel est le niveau auquel s'est abaissé hier soir le chef de l'État. Obligé, avec trois mois de retard, de reconnaître du bout de la langue le changement historique en cours, à l'initiative des peuples, c'est pour aussitôt voir ces bouleversements prometteurs avec les mêmes oillères et lunettes de la peur, de nouvelles « dictatures », du terrorisme ou des flux migratoires. Sans parler d'une Union pour la Méditerranée, ce club des mêmes dictateurs aujourd'hui honnis qu'il a créé, ressuscitée on ne voit guère pour quoi. Pas un mot sur les raisons pour lesquelles sa ministre a dû démissionner, ni son premier ministre se faire discret. Pas plus qu'il n'a pu répondre aux attentes des Français, voilà quinze jours en squattant une antenne généreusement offerte, les quelques minutes de son discours dominical ne modifient le message que l'Élysée est capable d'envoyer au printemps précoce des peuples qui, de la Tunisie à l'Égypte et à la Libye, prennent en main leur destin. Sa priorité réside en un changement de maroquins à finalité électorale.

Le sacrifice d'une dame n'efface nullement l'échec d'une politique étrangère décidée au plus haut niveau, dont la seule ambition est de se contenter du rôle de supplétif du gendarme du monde, et, au G20, de meilleur avocat du monde des affaires. La lame de fond populaire contre les retraites alliée à l'affaire Woerth-Bettencourt a obligé un président se voulant « maître du temps » à un premier remaniement. Une saison n'aura pas passé qu'un second advient déjà. Des cigares de l'un aux vacances des autres, en passant par les émoluments d'une quatrième, la confusion entre intérêt personnel et service de l'État devient une marque de fabrique bien encombrante pour celui qui a lancé sa campagne. Quand on rapporte les moeurs des vassaux à la violence des décisions prises chaque jour qui n'a d'égal que le mépris pour les serviteurs de la chose publique que sont les fonctionnaires - qu'ils soient enseignants, juges, éducateurs ou diplomates -, la France sort de plus en plus abaissée, à l'intérieur comme à l'extérieur.

Celui qui, à la veille de son élection, allait prêter allégeance à un George Bush, avant que ce dernier ne soit battu, est pris de nouveau à revers par les peuples en mouvement. Le « choc des civilisations » présentait l'avantage pour ses initiateurs de nourrir la pire réaction tant en Occident, que dans les pays aux despotes fréquentables jusqu'à il y a peu alimentant désespoir et extrémisme. Dans les deux cas, peu importe : les affaires marchent bien. Des hommes et des femmes terrassant la peur, réclamant leurs droits, sociaux et politiques, voilà bien ce qui tétanise ce pouvoir. Et puisque, depuis très peu, un Kadhafi est le pire dictateur du jour, à quand une déclaration ferme sur l'Arabie saoudite ? Hier, une centaine d'intellectuels de ce royaume archaïque ont lancé une pétition réclamant un régime constitutionnel, des élections libres, « l'adoption de mesures permettant d'accorder aux femmes le droit au travail, à l'éducation, à la propriété et à la participation à la vie publique » et la fin des discriminations pour la minorité chiite du pays.

En cherchant à importer en France même cette vision manichéenne du monde, le chef de l'État a rouvert une boîte de Pandore extrêmement dangereuse pour le pays. L'expert en division des Français entre eux pour mieux régner a relancé le racolage du côté brun du spectre électoral. Il croyait pouvoir ratisser large de ce côté-là, tandis qu'il envoyait en mission sur les terres du centre droit un Jean-Louis Borloo, fort discret lui aussi ces jours-ci. La crise sociale donne des ailes au FN et, là encore, le cours du monde l'oblige à stopper net son opération nauséeuse sur « l'islam en France ». Décidément, la France et son peuple méritent mieux.

Les peuples bousculent un président droit dans ses bottes...

L'éditorial par Michel Guilloux

Publié dans Société Politique

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