Ces petits gestes anodins qui souillent nos trottoirs

Publié le par jack palmer

Pollution au bord des routes, des bouteilles plastiques.

Pollution au bord des routes, des bouteilles plastiques. | Max PPP

L'incivilité du quotidien.


Chaque jour, je croise de braves gens qui inconsciemment participent à la dégradation de notre environnement par des petits gestes insignifiants, parfaitement inscrits dans leurs habitudes et qu'ils ne songent pas même à modifier. Depuis toujours, ils font ainsi, sans se rendre compte qu'ils apportent leur pierre à l'édifice asocial qui se construit sans cesse autour de nous.

Au premier rang de ces délinquants de l'ordinaire mes amis les fumeurs. Ils ont intégré dans leurs pratiques des gestes d'une incroyable spontanéité et qui n'en sont pas moins des actes condamnables. Je ne parle pas de l'arrêt en double file quand le dimanche soir vient à manquer le précieux poison, ce délit vaudrait contravention mais le fumeur est déjà suffisamment racketté pour ne pas ajouter un prélèvement supplémentaire.

Non, j'évoque en premier lieu ce petit film transparent qu'ils déchirent et jettent à la rue, machinalement tout comme ils le feront plus tard de leur mégot incandescent. Ces malotrus ne pensent jamais qu'ils souillent ainsi nos trottoirs et que parfois, le mégot peut finir sa course sur un motard qui ne demandait rien. Qu'importe, le fumeur continue de ne penser qu'à lui et ne se soucie guère de son voisin.

Il y a encore les consommateurs assidus de la restauration rapide et insipide. L'emballage cartonné de l'indigeste ou le gobelet de la boisson gazéifiée finit assez souvent dans le caniveau. Le choix semble judicieux tant ces produits relèvent des immondices de notre société mais je doute sincèrement que nos mangeurs indélicats saisissent le symbole.

Il y a les lecteurs involontaires des tracts, prospectus et autres papiers non sollicités. Ils les ont pris pour ne pas avoir à dire non merci et les regardent d'un œil distrait avant que de les laisser filer au vent ou de les mettre en boule pour les jeter d'un geste agacé. Les plus furieux ou les plus adroits réussissent une reprise de volée pour les bouter plus loin encore.

Puis il y a la nouvelle vague. Ce grand tsunami de l'hygiène en capilotade. Les cracheurs de tous poils qui se donnent le droit d'expectorer où bon leur semble, à tous propos et pour toutes occasions. Ils vomissent ainsi leur mépris de la société, leur impolitesse chronique et virale et leur expression orale la plus maîtrisée. Nos trottoirs sont jonchés de ces ronds qui provoquent mon indignation et je n'évoque pas les cours de récréation...

Les adeptes de la pétrolette, les princes du tuyau d'échappement trafiqué traversent nos rues dans un vacarme assourdissant. Ils ont si peu de vocabulaire que le vacarme mécanique remplace leurs mots en devenant leur unique moyen de communication. Ils réveillent des quartiers entiers, ils expriment leur puissance à coups de décibels et de mouvements rageurs d'un poignet dont ils tirent leurs menus plaisirs !

Très tôt, la cohorte des gros dégoutants recrute dans les générations montantes. Les mangeurs de confiseries s'initient bien rapidement aux gestes fatals. Du papier de bonbon au chewing-gum fatigué, ils ont toujours quelque chose à jeter. La rue est leur corbeille et il est des parents qui les laissent faire leurs premiers pas avec une touchante bienveillance.

Rapidement le bonbon devient soda ou boisson énergisante. L'apport de sucre ne doit pas y être suffisant car nos consommateurs assoiffés ne trouvent jamais la force de pousser jusqu'à une poubelle pour déposer la cannette vide.

Il ne faut pas leur en vouloir, ils sont au cœur de l'acte primaire de notre société : la consommation. Qu'importent les petits gestes parasites qui souillent nos trottoirs comme nos campagnes, ils sont les piliers d'un monde qui puisent sa force dans cette frénésie absurde. Il faut prendre et jeter, consommer et évacuer, avaler et recracher dans un cycle infernal.


Poubellement vôtre

Publié dans On se parle

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