Ce qui se joue dimanche 21 Mars

Publié le par jack palmer

Les suites des élections régionales ne se borneront pas à l’élection des présidents et des exécutifs…

Par Patrick Apel-Muller

Dans la peur fermente toujours de méchantes humeurs. La droite n’y échappe pas, qui se jette à corps perdu dans l’invocation de l’insécurité quitte à toucher l’indigne, comme le fit François Fillon en agitant la mort d’un policier — heureusement vivant — à Épernay (ndlr, confondre des pompiers catalans avec les membres de l' ETA !). Le premier ministre s’est excusé de s’être trompé, pas de sa triste manœuvre. Le Figaro se croit ainsi autorisé à lâcher les pires remugles. L’un de ses éditorialistes, Ivan Rioufol, faisait ouvertement la réclame des pires thèses de l’extrême droite, dénonçant dans « l’antiracisme » et la lutte contre les « discriminations » « l’instrument des minorités pour culpabiliser la République », « l’accélérateur de la communautarisation », se ralliant ouvertement aux sorties racistes d’Éric Zemmour assimilant immigration et délinquance. « La démocratie tolérera-t-elle longtemps d’être ainsi confisquée ? » lance-t-il en écho aux tirades de Le Pen. L’UMP a peur. Ce n’est pas très beau à voir. Mais c’est aussi rassurant. Pour ceux qui doutent de l’efficacité du vote, pour ceux qui se sont laissé convaincre que la politique ne peut rien aux désordres du monde, pour ceux qui croient que des élections régionales sont à mille lieux des enjeux nationaux, la fébrilité des sarkozystes doit donner à réfléchir. Ils jouent gros. Leur pari reste de faire éclater le modèle français — avec ses acquis sociaux, ses services publics, sa protection sociale — pour laisser le champ libre à cette fameuse « concurrence libre et non faussée » qui est l’autre nom du pillage des richesses par les multinationales sans que l’intérêt général ait le droit d’y mettre des bornes. Ils ont cogné dur depuis 2007 et le pays en porte les stigmates. Mais les coups ont aussi dissipé bien des illusions. La faiblesse historique du score de la droite en témoigne. Ses dirigeants en ont bien mesuré les conséquences.

Croit-on qu’une droite, sortie sonnée des régionales, aura toute latitude pour imposer sa réforme des retraites ? Affaiblie, sera-t-elle à même de briser aisément l’éducation, la santé et le droit du travail ? Voilà pourquoi jusqu’à l’ultime minute, les progressistes, les militants de gauche, les syndicalistes ont intérêt à mobiliser, à combattre l’abstention de résignation ou d’aigreur. Chaque voix pèsera dans la balance du rapport des forces. Les suites des élections régionales ne se borneront pas à l’élection des présidents et des exécutifs. Elles prendront corps le 23 mars avec les mobilisations de salariés et toutes les luttes sociales qui fleurissent. La gauche devra aussi répondre à cette désobéissance civique signifiée par une abstention de plus de la moitié des Français, notamment ceux des milieux populaires. C’est vers eux qu’il faut prioritairement se tourner et auxquels il faut répondre tout autre chose que les formules usées d’un libéralisme tempéré. Le « tout sauf Sarkozy » auquel se bornent certains ne les concerne pas. Il va falloir empoigner les grandes questions, élaborer un projet de transformation, oser envisager autre chose que l’installation de quelques airbags pour amortir les brutalités capitalistes. Les 7 % obtenus par le Front de gauche au premier tour dans 17 régions vont y aider. Mais ils n’y suffiront pas. Il faut désormais marier l’ambition et l’addition, mettre à l’ordre du jour des rassemblements bien plus vastes. Tout cela est en germe. Dans les urnes et dans les luttes.


« Est digne de la vie celui qui, chaque jour, part pour elle au combat », écrivait Goethe. Demain, il faut se rendre au bureau de vote.

Notre dossier Régionales 2010

Publié dans Région IDF

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article