Cantonales: les citoyens auront le dernier mot

Publié le par jack palmer

Le vote contre la machination

La campagne des élections cantonales avait été, jusqu’au premier tour, snobée par les grands médias audiovisuels, les instituts de sondages, et absente des discours des dirigeants de droite. La force des événements internationaux, de Tunis à Fukushima, ne saurait à elle seule expliquer le silence sépulcral observé sur un maillon de l’organisation démocratique de la société. Le taux record de l’abstention est un symptôme d’une perte de confiance dans les institutions représentatives, mais il est bien temps de s’en alarmer après avoir tout fait pour qu’il en soit ainsi ou, au mieux, n’avoir à peu près rien fait pour qu’il en soit autrement.

À la veille du second tour, les conséquences possibles de ce scrutin apparaissent plus clairement. Au-delà de l’enjeu que représente dans chaque canton le choix d’une femme ou d’un homme attaché au progrès social, au développement des services publics, à une démocratie réellement participative et un candidat relais de la politique de Nicolas Sarkozy, un portebannière de la division et de la haine, le scrutin de dimanche, dans l’esprit des stratèges qui hantent l’Élysée, sera une sorte de champ de manoeuvre pour tester une arme de destruction massive : la confluence entre les voix et de l’UMP et du FN, selon le principe des vases communicants.

Nicolas Sarkozy a largué les dernières amarres du gaullisme et plus généralement de l’éthique républicaine en travaillant méthodiquement au décloisonnement idéologique entre une partie de la droite, dont il est le principal représentant, et l’extrême droite lepéniste. « Identité nationale », la présence des Roms présentée comme un « problème », « dérapages » racistes qui ont valu condamnation à leur auteur, Brice Hortefeux, ont été autant d’oeillades à l’adresse des cadres et des militants du FN. Confronté à une impopularité durable et sans précédent, sur fond de désespérance sociale, Nicolas Sarkozy a vu sa base électorale se réduire comme peau de chagrin au profit du FN, que certains observateurs médiatiques présentent désormais comme le « deuxième parti de droite ». De la banalisation à la respectabilité, il n’y a qu’un pas que Nicolas Sarkozy a franchi en mettant officiellement fin à la pratique républicaine selon laquelle tous les partis républicains doivent faire barrage au Front national. La consigne du « ni ni » martelée introduit une rupture avec quelques principes démocratiques qui faisaient consensus depuis que la France s’était libérée du nazisme et de ses vassaux de l’extrême droite française.

À la veille du second tour, le langage des signes s’est accéléré. Le ministre de l’Intérieur et éminence grise du sarkozysme, Pierre Guéant, est à la manoeuvre, coup sur coup en assénant un propos de comptoir anti-immigrés, en prônant la croisade au sud de la Méditerranée. Cette dangereuse recomposition politique a d’autant plus de possibilités de réussite que la participation électorale sera basse. D’où l’impérieuse obligation des forces de gauche de se mobiliser, de se rassembler dans la loyauté, de convaincre tous les démocrates, le monde du travail, de la gravité de la machination en cours, contre laquelle il vaut la peine de se rendre aux urnes dimanche.

JEAN-PAUL PIÉROT

Publié dans Cantonales 2011

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