Ben Ali, l'épine du PS et de l'Internationale socialiste

Publié le par jack palmer

Un bref communiqué seulement :

« Une décision a été prise par le président en accord avec le secrétaire général, conformément aux statuts de l'Internationale socialiste, de faire cesser l'adhésion du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Tunisie.

Cette décision, dans des circonstances exceptionnelles, est conforme aux valeurs et principes qui définissent notre mouvement et à la position de l'Internationale sur les développements dans ce pays. »

L'Internationale socialiste vient enfin d'exclure le parti politique du président tunisien déchu Zine El-Abidine Ben Ali, sans un mot ni une explication supplémentaire. Une décision prise lundi et révélée mardi par Martin Schulz, le chef de file des socialistes au Parlement européen et ancien vice-président de l'IS.

L'élu allemand ne s'est pas non plus étendu, se bornant à déclarer, lors d'une conférence de presse au Parlement de Strasbourg, que le RCD « avait été expulsé de l'Internationale socialiste, dont il était membre » depuis une trentaine d'années. Une brièveté qui confine à la gêne.

Mais parmi les quelque 160 partis et organisations membres de l'IS, c'est le Parti socialiste français qui a été le plus interrogé sur le maintien jusqu'à lundi du parti de l'ex-ami Ben Ali : pourquoi a-t-il fallu attendre la fuite de l'autocrate pour oser l'écarter ?

« Le PS a demandé le départ du RCD »

Ferme comme à l'accoutumée, la première secrétaire Martine Aubry a rejeté toute responsabilité ce mercredi matin, au micro de France Inter :

« Le Parti socialiste français a demandé à plusieurs reprises, en 2008 et moi-même récemment, donc François Hollande l'avait fait et moi-même je l'avais fait, le départ du RCD qui, il faut le dire, ne venait plus à nos réunions mais était toujours membre. […]

– Pourquoi ça ne s'est pas fait ? Qui était opposé à l'exclusion du RCD ?

– En tout cas, pas nous. D'autres partis, à l'évidence. […] Nous ne sommes pas les seuls, comme vous le savez. » (Voir la vidéo)


L'ancien premier secrétaire du PS de 1997 à 2008 et ancien vice-président de l'IS de 1999 à 2009 n'a pas non plus omis de se dédouaner. François Hollande, ce même mercredi matin, sur France Info :

« Comme premier secrétaire, Lionel Jospin étant Premier ministre, j'ai rompu toute relation entre le Parti socialiste et le parti RCD de Ben Ali. J'ai demandé même qu'il soit mis de côté dans l'Internationale socialiste. Donc nous avons été d'une parfaite netteté dans les relations que le Parti socialiste pouvait avoir par rapport à Ben Ali, son parti, son régime. » (Voir la vidéo)


« Lorsque Jospin recevait à Matignon Ben Ali »

Une « parfaite netteté » ? C'est un peu vite oublier le « très beau discours de Lionel Jospin en octobre 1997 lorsqu'il recevait à Matignon le président Ben Ali » ou « le satisfecit donné au régime Ben Ali par Dominique Strauss-Kahn en octobre 2008 », comme s'est chargé de le rappeler François Fillon, mardi après-midi, à l'Assemblée nationale.

Le PS et ses deux derniers dirigeants ont beau jeu de revendiquer aujourd'hui des demandes d'exclusion qu'ils ont tues à l'époque. Des allégations très difficiles à vérifier, l'Internationale socialiste ne publiant pas de comptes-rendus précis de son activité.

Combien de demandes ? Quand ? Pourquoi ont-elles été refusées ? Par qui ? Pourquoi ne pas avoir publiquement protesté ? Autant de questions auxquelles Martine Aubry et François Hollande étaient trop « occupés » pour y répondre ce mercredi après-midi.

« Il faut poser la question à Ségolène Royal »

Secrétaire national du PS en charge des Relations internationales, Jean-Christophe Cambadélis s'est lui contenté d'affirmer, le 7 janvier sur Mediapart :

« L'Internationale socialiste, c'est le conseil de sécurité de l'ONU multiplié par 160, et il faut l'unanimité pour prendre une décision. Mais il faut poser la question à Ségolène Royal, qui siège au bureau… »

Vice-présidente de l'IS depuis 2009, à la suite de François Hollande, la présidente de la région Poitou-Charentes n'a pas non plus répondu aux sollicitations de Rue89 sur le sujet.

La candidate aux primaires socialistes était pourtant concernée au premier chef. Les statuts de l'IS (qui contredisent au passage Jean-Christophe Cambadélis) précisent que si « les décisions concernant l'expulsion de partis et d'organisations ne peuvent être prises que par le congrès, par une majorité des deux tiers des parties votantes », « le président peut, en accord avec le secrétaire général et, s'il y a lieu, après avoir consulté un ou plusieurs vice-présidents, prendre des décisions politiques de son propre chef ».

« On n'a jamais cessé d'alerter le RCD »

L'exclusion du RCD « entre bien dans le champ de ces décisions politiques extraordinaires », a confirmé à Rue89 une source au siège de l'IS, à Londres. Mais impossible de savoir pourquoi cela n'a pas été décidé plus tôt :

« Ça, je ne peux pas vous le dire, il faudrait contacter le secrétaire général, mais il est en déplacement. »

Preuve que le sujet est au moins aussi délicat pour l'Internationale socialiste, ledit secrétaire général, le Chilien Luis Ayala, nous a toutefois contacté une heure plus tard, depuis la Biélorussie, pour se justifier longuement. Pourquoi prendre cette décision maintenant et pas avant ?

« Dès les années 80, pour contribuer au développement du socialisme dans les payes arabes, il a fallu accepter des partis qui ne présentaient pas toutes les garanties démocratiques comme vous l'entendez en France. On a toujours eu beaucoup de doutes sur le RCD ; c'est d'ailleurs pour cela qu'on a fait adhérer en même temps le parti d'opposition FDTL (Forum démocratique pour le travail et les libertés).

Ces dernières années, on n'a jamais cessé d'alerter le RCD. Jusqu'à cette crise en décembre. On lui a demandé expressément de répondre aux demandes de la rue, d'arrêter les violences et de changer les choses. Mais on n'a eu aucune réponse. On a donc décidé de se séparer de ce parti, sans attendre un congrès.

Si on a été coupables de quelque chose, ça a été de ne jamais avoir voulu perdre foi en l'amélioration du RCD. On essayait d'être toujours en contact avec eux pour dénoncer les atteintes aux libertés, même si on a jamais jamais donné le moindre rôle au RCD, même le plus petit, au sein de l'Internationale. »

« La politique n'est pas faite de formalités »

Cette politique a-t-elle été menée en désaccord avec la position socialiste française ? Sans confirmer l'existence de demandes d'exclusion formelles de la part du PS, Luis Ayala explique que les Français étaient de plus en plus pressants :

« La politique n'est pas faite de formalités, vous savez. Mais depuis plusieurs années, le PS était très actif et très critique à l'égard de la Tunisie, notamment sur le thème de la liberté de la presse. Il avait d'ailleurs refusé toute relation bilatérale avec le RCD. Et cette dernière année, il demandait de façon très claire l'exclusion du RCD. Personne n'était contre, mais ce fut un long processus, comme je vous l'expliquais. »

Un processus qu'il a néanmoins fallu faire aboutir à la hâte. En témoigne la réponse du secrétaire quand on l'interroge sur les socialistes consultés au préalable :

« Cette décision a été prise avec le soutien de 100% des socialistes de l'Internationale. En tout cas, personne n'est venu nous la reprocher… »

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article