Sarko se paye les otages !

Publié le par jack palmer


ecussonPoliceGo.jpg

http://www.dailymotion.com/video/xbwsst_sarko-se-paye-les-otages_news

Sept fois dans ta bouche, ta langue tu tourneras…

Indignée par les propos inacceptables de Guéant et Sarkozy, la profession de l’information juge qu’ils manquent de discrétion, et réaffirme le besoin d’un journalisme de terrain.

On était tellement occupés à s’indigner contre les propos du chef de l’État, relayés par son aréopage, sur la supposée « inconscience » des journalistes de France 3 enlevés en plein tournage en Afghanistan, qu’on ne s’était même pas rendu compte de l’énormité de son intervention : pour la première fois, un président de la République fusille, fût-ce au figuré, des otages en captivité.

L’État UMP a en effet estimé que « le scoop ne devait pas être recherché à tout prix » (Claude Guéant, dimanche sur Europe 1), ou qu’il fallait « que les Français sachent le coût de cette histoire  » (Nicolas Sarkozy, cité par le Canard enchaîné). À France 3, qui avait envoyé ses deux reporters pour l’émission Pièces à conviction, la direction, jusqu’ici muette, affirmait hier que « sa seule priorité reste de (les) voir revenir le plus vite possible au sein de leur famille et de leur rédaction ». Rien sur les propos gouvernementaux, sinon pour souligner que « toute autre considération ne serait pas recevable ». La Société des journalistes, plus vive, relève « un cynisme effrayant » de la part du pouvoir à l’égard de leurs collègues « kidnappés dans l’exercice de leur métier ». « Le conseiller Guéant choisit de polémiquer, alors que leur vie est actuellement en danger. » « Comment peut-on (…) continuer à les accuser d’avoir fait leur métier ? » s’indigne Jean-François Téaldi, responsable du SNJ-CGT de France Télévisions.

Heureusement, la profession ne cale pas ses réactions sur celles du Château. Un groupe d’amis et de soutien des deux journalistes et de leurs accompagnateurs enlevés a publié sur Facebook un texte témoignant de leur réputation, « salie et diminuée, alors même qu’ils sont encore aux mains de leurs ravisseurs  », par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant. « Nous ne pouvons pas admettre que des responsables politiques mettent en cause la probité professionnelle de nos confrères et amis. (Ils) sont tous deux très expérimentés, avec chacun plus de vingt ans d’expérience professionnelle sur de nombreux théâtres d’opération. »

Parmi les soutiens confraternels, une voix résonne fort, celle de Florence Aubenas, ex-otage en Irak : « On parle de liberté d’informer et on vient leur dire que l’addition est lourde ! Elle est d’abord lourde pour eux », s’emporte-t-elle. Et de s’étonner que la « discrétion » demandée aux journalistes soit « rompue par ceux qui la demandent ». Sur France Inter, hier matin, l’humoriste Stéphane Guillon forçait à peine le trait : « Reporter de guerre, c’est un métier de tordu… ou alors il faut le faire comme Bernard-Henri Lévy : on arrive le matin même en Falcon, on fait quelques photos à plusieurs centaines de kilomètres de la zone dangereuse, et on repart en fin d’aprèm' , atterrissage à Villacoublay à 22 heures pour un dîner à 23 heures à l’hôtel Costes. » Le journalisme dont rêve le pouvoir.

GRÉGORY MARIN

Publié dans liberté

Commenter cet article