Danse du ventre face au Modem

Publié le par jack palmer

Personne à gauche ne devrait se réjouir du spectacle. Il menace en effet la crédibilité de tous les progressistes ; il est contagieux, comme on l’a vu la semaine dernière chez les Verts ; il risque de repousser des changements aux calendes grecques.


Un jeu de massacre ! Dans une ronde, qu’on craint sans fin, des responsables socialistes prennent la parole pour saborder à qui mieux mieux le bateau de la gauche. Ici, Manuel Valls juge que le PS doit abandonner le socialisme et sa raison d’être ; là, Arnaud Montebourg proclame qu’il quittera son parti si son fumeux projet de primaire n’est pas retenu ; ce week-end enfin, Vincent Peillon, en tandem avec François Rebsamen, ressort les vieilles recettes de la SFIO de papa et rêve d’alliance avec le Modem. Même goût pour la brocante chez Daniel Cohn-Bendit qui a lancé, lors des journées d’été : « Et s’il faut ajouter le Modem, on ajoutera le Modem. »

Cette stratégie n’est pas seulement archaïque, elle est suicidaire pour la gauche française. Elle réduit son ambition politique à un « tous contre Sarkozy » qui éviterait le débat sur les choix politiques. Quels points communs y a-t-il entre le libéralisme de François Bayrou et le combat des millions de salariés pour défendre les services publics, garantir le droit du travail et le droit au travail, réclamer l’augmentation du pouvoir d’achat ? On en viendrait alors à des réformes qui auraient le goût de Sarkozy, l’odeur de Sarkozy mais sans l’actuel président… Chacun peut juger des fruits de ces alliances contre nature en regardant ce qu’il en est outre-Rhin sous la férule d’Angela Merkel. Le sort de la majorité de la population se dégrade et, même d’un point de vue électoraliste, les sociaux-démocrates enregistrent leurs pires scores depuis 1945. En Italie où ce mariage de la carpe et du lapin est déjà une vieille histoire, le Parti démocrate n’est plus guère en position d’inquiéter un Berlusconi pourtant empêtré dans les scandales. La fusion avec les centristes a laissé un champ de ruines à gauche. Une compromission avec la droite de Bayrou ne pourrait bien laisser qu’un vainqueur… lui.

Le succès de Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle s’est d’abord construit sur la faiblesse du projet politique qui lui était opposé. Des ouvriers et en général des salariés ont voté pour lui - et beaucoup s’en mordent les doigts - parce qu’ils n’ont pas perçu que des choix véritablement différents étaient portés par la gauche. Quand, chaque jour, se multiplie le nombre de dirigeants du PS à penser à 2012 tous les matins en se rasant, l’électorat n’a qu’une envie, rester le plus à distance possible de ce bal des ego.

Alors que tout l’été la droite a poursuivi avec brutalité l’application de son programme, que les familles populaires vivent toujours plus les difficultés semées par la crise du capitalisme, la cascade des petites phrases et le brouet des alliances paraissent bien loin de la vie de chacun. Un sondage IFOP-Ouest-France, publié hier, montre que 41 % des personnes interrogées (contre 52 % en mars dernier) jugent que le PS est proche des préoccupations des Français et 40 % estiment qu’il s’oppose suffisamment au gouvernement (contre 47 %). Ils sont même 31 % seulement à considérer que ce parti a des dirigeants de qualité. Quoi d’étonnant quand on en voit trop se savonner avec application la planche. Personne à gauche ne devrait se réjouir du spectacle. Il menace en effet la crédibilité de tous les progressistes ; il est contagieux, comme on l’a vu la semaine dernière chez les Verts ; il risque de repousser des changements aux calendes grecques. Il est temps, au contraire, pour les progressistes de s’atteler à l’élaboration d’un projet de transformations réelles qui réponde aux défis lancés par la crise du système et de se rassembler pour qu’il prenne corps. Ce n’était à l’ordre du jour ni à Nîmes ni à Marseille, non plus qu’à l’université du NPA, à Port-Leucate.


Par Patrick Apel-Muller
Éditorial de l’Humanité datée 24.08.09

Publié dans La gauche

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