Le climat n’est pas à la responsabilité du sommet.

Publié le par jack palmer

Contrairement à leurs promesses, les pays du G8 refusent de s’engager à réduire d’au moins 50 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

Avant même l’ouverture de la réunion du G8 à L’Aquila en Italie, le rendez-vous est d’ores et déjà manqué pour ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique. Mardi soir, en prélude à la réunion des pays industrialisés, la réunion du Forum des économies majeures (MEF) qui regroupe les 17 pays responsables de 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (les membres du G8 et les grands émergents comme la Chine, l’Inde, la Corée du Sud ou le Brésil) a viré à l’échec. Contrairement à leurs déclarations d’intention préalables, les protagonistes ne se sont pas accordés sur l’objectif de réduire de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Cet engagement ne figurait pas non plus hier dans le projet de déclaration finale du sommet qui se clôt ce soir. Du côté de la Commission européenne et de l’Élysée, on affichait pourtant encore une figure optimiste en continuant d’affirmer que « l’essentiel » est que le G8 reconnaisse officiellement la nécessité de contenir le réchauffement climatique dans la limite de 2 degrés, car cela « sous-entend une diminution des émissions de CO2 de 50 % ». Reste que pour parvenir à contenir le réchauffement dans la limite que souhaite l’Union européenne, conformément aux recommandations du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), il faut impérativement réduire le niveau mondial des émissions d’au moins 50 % d’ici à 2050 par rapport à 1990.

L’échec de la réunion du MEF est révélateur du désaccord existant entre les pays émergents et les pays occidentaux sur la répartition de l’effort à fournir en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Avant son départ pour L’Aquila, le chef du gouvernement indien, Manmohan Sing, a ainsi souligné qu’avec le réchauffement climatique « nous assistons aujourd’hui aux conséquences de plus de deux siècles d’industrialisation et d’un mode de vie consumériste dans les pays développés », avant d’ajouter que ceux-ci « doivent assumer leurs responsabilités historiques ». Autrement dit, les pays du Sud emmenés par l’Inde et la Chine refusent de payer la facture d’un réchauffement climatique en lieu et place des pays du Nord. Et ce d’autant plus qu’ils soupçonnent les pays riches, sous couvert de diatribes environnementales, de tenter d’entraver leur développement économique et social.

La responsabilité des pays occidentaux est écrasante. Un habitant des États-Unis émet en moyenne 24 tonnes de CO2 par an. Un Canadien, 16 tonnes, un Européen en moyenne 10 tonnes alors qu’un Chinois émet moins de 5 tonnes et un Mexicain à peine 4 tonnes. À noter l’exception française au sein des pays industrialisés. En raison de la prédominance du nucléaire dans la production de l’électricité, un habitant de l’Hexagone ne rejette que 6 tonnes.

une baisse de seulement 7 %

Les engagements des Occidentaux restent bien en deçà de leur part de responsabilité dans le renforcement de l’effet de serre. La loi sur le changement climatique adoptée par la Chambre des représentants des États-Unis, le 26 juin dernier, prévoit de ne réduire que de 17 % d’ici à 2020 le niveau des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2005 (soit une baisse de seulement 7 % si l’on se réfère au niveau de 1990). Plus ambitieuse, l’Europe, avec « son paquet énergie climat », s’est fixé un objectif de réduction de 20 % d’ici à 2020 par rapport à 1990. Mais cela reste en dessous des recommandations du GIEC qui souhaitait entre 25 et 40 %.

Derrière le peu d’empressement des pays occidentaux à mettre en oeuvre les mesures qui s’imposent pour contenir le réchauffement climatique se cache leur refus de remettre en cause le système économique. Et pour cause : s’assurer un rythme de croissance du PIB de 3 % par an sous-entend doubler la consommation d’énergie des pays développés d’ici à vingt ans. Ce qui est peu compatible avec la réduction des émissions de CO2…

Pierre-Henri Lab

Publié dans Société Politique

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