Un gouvernement de mercenaires

Publié le par jack palmer


Droite . La nouvelle équipe qui ne devrait guère survivre aux prochaines élections régionales doit, d’ici là, finir d’accomplir le « sale boulot » avant l’entrée en campagne présidentielle.

Avec huit départs et autant de nouveaux entrants, le remaniement ministériel intervenu mardi soir aura donc été plus vaste que prévu. L’Élysée s’était attaché jusqu’ici à compenser une image présidentielle désordonnée par la continuité et la stabilité gouvernementales. C’était avant la victoire de la majorité de droite aux élections européennes. Une formalité, qui devait se réduire à l’origine au remplacement de Michel Barnier et Rachida Dati, désormais élus au Parlement européen, s’est muée en acte politique pour ouvrir une seconde phase du quinquennat.

Le cadeau de départ de Brice Hortefeux

Nicolas Sarkozy redispose sur l’échiquier gouvernemental ses amis les plus fidèles : Brice Hortefeux, après un passage éclair au ministère du Travail, obtient l’Intérieur. Xavier Darcos, qui, en guise de cadeau de départ, a annoncé la suppression de 16 000 nouveaux postes dans l’éducation nationale en 2010 (en plus des 24 700 suppressions enregistrées en 2008 et 2009, lire aussi en page 8), le remplacera au 127, rue de Grenelle. La volonté du chef de l’État, confirmée à Versailles, de voir le dossier des retraites bouclé en 2010 promet d’âpres discussions entre Xavier Darcos, pas franchement apprécié des enseignants, et des syndicats exaspérés par le refus du gouvernement et du MEDEF d’ouvrir, dans ce cadre, un vrai débat sur la pénibilité du travail.

Mais les amis viennent aussi de l’extérieur. Christian Estrosi, qui avait juré aux Niçois de se consacrer exclusivement à sa ville pour gagner la mairie en 2008, sera, sous la tutelle de Christine Lagarde, chargé de l’Industrie. Benoist Apparu, député UMP de la Marne, remplacera au Logement Christine Boutin. Laquelle, au milieu de ses cartons, promet déjà que « quand on (la) pique, (elle) sait répondre ». Dans ce nouveau casting, l’Élysée devait aussi faire un signe en direction des parlementaires. Pour tenter, entre autres, de juguler les ambitions de moins en moins voilées du chef de file des députés UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy a appelé son ami et alter ego au Sénat, Henri de Raincourt. Sa mission : remettre de l’ordre dans les rangs des députés et sénateurs UMP et normaliser des relations avec le Parlement passablement écornées par l’action de son prédécesseur, Roger Karoutchi. Dans la liste des sacrifiés, on retrouve, à l’exception d’André Santini, disparu mystérieusement de l’organigramme, tous ceux que l’Élysée soupçonne de faiblesse politique : Rachida Dati à la Justice, remplacée par l’indéboulonnable Michèle Alliot-Marie qui devient ministre d’État ; Christine Albanel, à laquelle succède Frédéric Mitterrand, présenté comme une prise de guerre ; Bernard Laporte, auquel succède Rama Yade ; Yves Jégo, accusé d’avoir mal géré la crise sociale outre-mer.

L’arrivée de Pierre Lellouche au secrétariat d’État aux Affaires européennes confirme quant à elle le virage atlantiste imposé au pays par Nicolas Sarkozy. Ce portefeuille échoit au plus pro-américain des députés UMP, ardent défenseur de l’invasion irakienne par les États-Unis en 2003.

Achever au plus vite la refondation ultralibérale

Dans la foulée des élections européennes et du discours de Versailles, ce remaniement, qui fait peu de cas des équilibres internes à la droite, confirme la volonté de Nicolas Sarkozy d’achever au plus vite sa vaste refondation ultralibérale. Objectif de ce gouvernement de mission, qui ne devrait guère vivre au-delà de 2010 : arriver aux élections régionales en ayant accompli le « sale boulot », du relèvement de l’âge de la retraite à la casse du statut de fonctionnaire en passant par la privatisation des services publics. Un agenda antisocial qui rend impérieuse la structuration d’une opposition digne de ce nom, redevenue crédible aux yeux de l’opinion.

Frédéric Durand

Lire l'éditorial de Patrick Apel-Muller,

Un gouvernement en tenue de combat

 

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