Le bio est-il écolo ?

Publié le par jack palmer

À l’occasion de la Semaine du développement durable, qui débute mercredi, l’Humanité passe en revue cinq questions d’actualité.

Importés parfois de l’autre bout de la planète, les produits bio se multiplient sur les rayons des magasins discount. Quel en est le contrecoup social et environnemental ? C’est la question que nous avons posée à Stéphane Bellon, chercheur et coordinateur du programme d’agriculture biologique de l’INRA.

Comment expliquer que les magasins discount parviennent à baisser les prix de produits bio dont la production est réputée coûteuse ?
Stéphane Bellon. Cette baisse ne concerne pas tous les produits, mais le fait est que, pour certains, l’offre s’est élargie. Et ce, pour trois raisons. 1 : l’augmentation du nombre de producteurs. En peu de temps, la situation a énormément changé. Ainsi, en trois ans, le Brésil est passé au rang de cinquième producteur mondial d’agriculture biologique. 2 : la progression des surfaces qui lui sont consacrées. L’Australie lui dédie aujourd’hui 12 millions d’hectares… 3 : la diversification des lieux de distribution et la valorisation du bio. Des produits qui se vendaient directement à la sortie de la ferme et sans label, il y a trente ans, sont aujourd’hui certifiés et distribués en grandes surfaces. Dans ce cadre, certains d’entre eux deviennent concurrentiels.

Mais quand 500 grammes de riz bio indien coûtent moins de 1,50 euro, est-ce le mode de production qui progresse ou le paysan indien qui est sous-payé ?
Stéphane Bellon. Le chercheur Marc Dufumier a réalisé une étude dans laquelle il compare la productivité du travail et qui révèle un différentiel de 1 à 200 entre les pays qui produisent le plus et ceux qui produisent le moins. En clair, quand la capacité de production d’un paysan de Casamance est de 1 tonne à l’hectare, celle d’un paysan du Michigan est de 5 tonnes par hectare sur une surface au reste bien plus grande. Fatalement, le paysan de Casamance ne tiendra pas la concurrence. Le bio ne change rien à cette réalité.

N’est-ce pas un dévoiement de son ambition, alors qu’on l’associe souvent au commerce équitable ?
Stéphane Bellon. On peut interpréter l’agriculture biologique de différente façon. Soit il ne s’agit que d’utiliser des intrants - engrais ou insecticides -, non chimiques, pour protéger et nourrir plantes et bêtes. C’est ce que disait l’ancien règlement. Le nouveau, voté en 2007, lui confère, en plus, le devoir de contribuer à la préservation de l’environnement et au bien-être animal. En revanche, sa vocation équitable n’y est pas explicite, même si l’on peut la deviner derrière l’idée de développement rural.

Dans quelle mesure l’importation de produits bio est-elle raisonnable, quand elle implique un « coût carbone » élevé ?
Stéphane Bellon. Il faut distinguer les produits pour lesquels l’importation est un mal nécessaire de ceux pour lesquels elle devrait être évitée. Mieux respecter la saisonnalité permettrait de ne pas importer des haricots verts du Kenya en hiver… Cela dit, il faut aussi se demander si le local est toujours « biotifful » et veiller à ce que certaines régions ne soient pas lésées. Au total, si l’on admet que l’agriculture doit faire des transitions pour devenir plus écolo, le bio est une lueur d’espoir. Plus son niveau d’exigence sera élevé, plus il tirera les autres agricultures vers le haut.

Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand

Publié dans On se parle

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