Ces soldats israéliens qui évoquent les crimes de guerre à Gaza

Publié le par jack palmer

Le journal Haaretz publie des récits accablants pour l’armée d’occupation. Confirmation des exécutions sommaire et des exactions.

Sûr de lui comme à son habitude, le ministre israélien de la Défense, le travailliste Ehud Barak, est imperturbable. « L’armée israélienne est la plus morale du monde, et je sais de quoi je parle car je sais ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak ».

Voilà son commentaire, hier, après la publication dans le quotidien Haaretz, de témoignages de soldats israéliens évoquant des meurtres de civils de sang-froid et des actes de vandalisme durant le 22 jours de l’offensive israélienne à Gaza, en décembre et janvier derniers. Ces soldats, qui sortaient d’une académie militaire portant le nom d’Yitzhak Rabin, ont publié leurs récits dans la lettre d’information de cette institution.

Parmi les témoignages qui ont été repris par le quotidien Haaretz ainsi que les radios publique et militaire, figure le cas d’une vieille femme palestinienne tuée alors qu’elle marchait à 100 mètres de sa maison. D’autres militaires font également état d’exactions, d’actes de vandalisme et de destructions dans des maisons. Un des témoignages, émanant d’un chef de section d’infanterie, évoque un tireur d’élite de l’armée qui a abattu une mère et ses deux enfants parce qu’ils avaient pris la mauvaise direction quand les militaires leur avaient ordonné de sortir de chez eux. « Le commandant du détachement a sommé la famille de s’en aller par la droite. Une mère et ses deux enfants n’ont pas compris et s’en sont allés vers la gauche. Le tireur d’élite les a vus s’approcher, au-delà des lignes qu’on lui avait dit que personne ne devait franchir. Il les a simplement abattus. »

Ce chef de section a encore rapporté que les hommes sous son commandement estimaient que « la vie des Palestiniens était bien moins importante que celle de nos soldats, donc que ceci justifiait cela ». Un autre chef de section parle de vandalisme commis par les soldats. « Ecrire « Mort aux Arabes » sur les murs, se saisir de photos de famille pour cracher dessus, simplement parce qu’on en a le pouvoir… Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cela dénote à quel point l’éthique des IDF s’est dégradée. » Selon le directeur de l’école militaire, Danny Zamir, il régnait au sein de l’armée un climat de « mépris débridé » et un « sentiment de supériorité » envers les Palestiniens. Il affirme avoir transmis à l’état-major les témoignages des anciens de son école ayant servi à Gaza, qui n’auraient pas eux-mêmes commis de crimes de guerre mais « sont mal à l’aise de n’avoir pu en empêcher ». Un commentateur de la radio publique, Moshé Hanegbi, spécialisé dans les questions juridiques, a estimé que ces témoignages étaient « d’autant plus inquiétants qu’ils ne viennent pas de Palestiniens, mais de soldats qui n’ont aucun intérêt à ternir la réputation de leurs camarades. Il ne faut pas que l’armée enquête sur elle-même car une telle enquête ne serait pas crédible alors qu’Israël est accusé de crime de guerre à l’étranger et que des officiers pourraient été poursuivis dans le monde ».

L’offensive de l’armée israélienne contre le Hamas dans la bande de Gaza a fait plus de 1.300 morts et 5.000 blessés palestiniens, selon un bilan des services médicaux palestiniens. Parmi les morts figurent 437 enfants âgés de moins de 16 ans, 110 femmes et 123 personnes âgées, ainsi que 14 médecins et quatre journalistes. L’offensive de 22 jours (27 décembre-18 janvier) a fait 1.890 blessés parmi les enfants, et 200 blessés graves tous âges confondus. L’opération militaire a été lancée par Israël avec pour objectif déclaré de réduire au minimum les tirs de roquettes par les groupes armés palestiniens, notamment le Hamas, contre son territoire. Côté israélien, dix militaires et trois civils ont été tués, selon les chiffres officiels. Reste maintenant à savoir si les pays occidentaux, qui avaient balayé d’un revers de main les témoignages accablants des Palestiniens eux-mêmes (on se souvient de la publication dans l’Humanité du récit de ce père de famille, Khaled Abed Rabbo, racontant l’exécution sommaire de deux de ses petites, la troisième étant gravement blessée), vont enfin saisir la justice internationale pour qu’une commission d’enquête indépendant puisse établir les faits et que, le cas échéant, des poursuites soient entreprises à l’encontre d’Israël.

Pierre Barbancey


Publié dans Palestine

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