Le Front de gauche plébiscite l’unité

Publié le par jack palmer

Européennes . Ils étaient plus de six mille au Zénith de Paris, hier, à partager colères, solidarité et enthousiasme au premier grand meeting du rassemblement pour le scrutin du 7 juin.

Plus de 6 000 personnes au rendez-vous du Zénith de Paris hier : en drainant une affluence plus coutumière de la dernière ligne droite des campagnes électorales que de leur commencement, le Front de gauche a fait une entrée en fanfare sur la scène politique, et démenti d’un coup tous les pronostics d’une dynamique peinant à se lancer, prise en tenailles par la division persistante de la gauche antilibérale issue du « non » de 2005 et la concurrence d’autres listes. Au contraire, en tenant le premier grand meeting national toutes listes confondues, il prend une longueur d’avance dans la campagne, en témoignant d’une étonnante capacité de mobilisation de départ, preuve de l’aspiration à l’unité qui ne demande qu’à s’élargir au-delà du PCF et du Parti de gauche.

Une partie du NPA rejoint le Front

Hier, cet élargissement était d’ailleurs déjà bien visible, avec la présence, aux côtés des militants des deux formations, d’acteurs de multiples secteurs en lutte contre le libéralisme et le pouvoir sarkozyste qui ont pris la parole au Zénith. Féministes comme Gisèle Halimi, Safia Lebdi et Nina Sankari ; syndicalistes comme le cheminot Didier Le Reste, Antonio De Almeida, délégué européen chez Renault, ou Hélène Franco, responsable syndicale de la magistrature, représentant des populations d’outre-mer avec Félicien Gérant, membre du LKP guadeloupéen… Un élargissement rendu tangible également par l’annonce par Christian Picquet, membre de la minorité du Nouveau Parti anticapitaliste, de la décision de son courant, la Gauche unitaire, de rejoindre le Front de gauche.

« Unité ! Unité ! » L’expression a fait florès dans les gradins et cimente la dynamique naissante autour du Front de gauche. « Il n’y a pas d’autre choix que de poursuivre notre combat dans les urnes », dira une intervenante, très applaudie, militante dans l’éducation nationale, mettant en garde contre « toute tentative d’aller en ordre dispersé aux élections du 7 juin ». « Le Front de gauche est la suite de la victoire du « non » de 2005, qui marque la dernière grande victoire du mouvement ouvrier en Europe », a estimé pour sa part le cinéaste Robert Guédiguian, dans un témoignage filmé, à l’instar de celui de Gérard Mordillat. « Un Front de gauche large et uni, c’est ce qu’on peut présenter de plus neuf et de plus efficace pour être à la hauteur de ce que la crise du capitalisme fait naître », a déclaré de son côté Patrick Le Hyaric, tête de liste en Île-de-France, renouvelant la main tendue aux autres forces de gauche en rappelant que « cela doit l’emporter sur toute autre considération ». Pour Francis Wurtz, président sortant de la Gauche unitaire européenne (GUE), il n’est plus temps « de chipoter » ni « de tergiverser ».

Exigence d’unité donc, mais sans perdre de vue le contenu : l’aspiration à « changer d’Europe » qui détermine le cadre commun, avec un enjeu, selon Patrick Le Hyaric : « Sanctionner clairement à gauche, le 7 juin, les politiques découlant des choix européens en exprimant le refus d’une Europe au marché ouvert où la concurrence est libre. » « Nous sommes la gauche qui sait qu’on ne peut en finir avec la crise sans quitter le modèle qui l’a provoqué. Nous sommes la gauche qui veut sortir le pays du capitalisme et du productivisme », a déclaré de son côté Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de gauche, qui a appelé à dire « non au traité de Lisbonne, non à la politique de Sarkozy en métropole et outre-mer, deux référendums en un seul vote ».

Dix propositions pour un nouveau traité

Clôturant le meeting, la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, a développé dix propositions « à porter en exigeant à chaque instant la rédaction d’un nouveau traité qui ne soit pas un moyen de balayer les « non » français et néerlandais ni de faire ravaler le « non » irlandais, mais bien l’illustration d’une immense ambition démocratique et sociale pour les 27 ». Il s’agirait, selon Marie-George Buffet, d’« en finir avec le dumping social et fiscal en créant un salaire minimum européen égal à 60 % du salaire moyen de chaque pays », soit 1 600 euros en France ; de « donner aux pouvoirs publics et aux salariés de nouveaux droits dans la gestion des entreprises » ; de « nationaliser tout de suite les banques pour créer un pôle financier public » et de réorienter la BCE ; de « donner à chaque collectivité élue le pouvoir de s’affranchir des règles de concurrence sur son territoire pour organiser un service public » ; de faire « de la PAC un instrument de soutien des prix agricoles et de rémunération du travail paysan » ; de lancer « un plan climat permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre » ; de « libérer l’Europe en sortant de l’OTAN » ; de « généraliser les droits acquis par les femmes dans un pays de l’Union » ; de « doubler le budget de l’université et de la recherche » ; et de « régulariser tous les sans-papiers ».

Sébastien Crépel

Publié dans Europe

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