La France dans l’OTAN au pas de charge.

Publié le par jack palmer

Défense . Le gouvernement engage sa responsabilité le 17 mars pour un retour dans le commandement intégré de l’Alliance atlantique. Levée de boucliers à droite et à gauche.

Nicolas Sarkozy l’avait annoncé dès l’été 2007. François Fillon l’a confirmé jeudi soir : la politique étrangère et le dossier du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN sous hégémonie américaine fera l’objet d’un débat au Parlement le 17 mars. Soit deux jours avant la forte journée de mobilisation syndicale annoncée. L’affaire tient autant de la tambouille interne à l’UMP que du souci de déployer un écran occultant la mobilisation sociale en France. Avec, ce qui n’est pas un moindre mal, une réorientation de la doctrine de défense dans un sens atlantiste.

Envers et contre de gaulle

Pis, le premier ministre a mis tout le poids du gouvernement dans la balance en indiquant que la responsabilité de celui-ci sera engagée. De quoi contraindre les parlementaires UMP, réticents à tout ou partie de la politique sarkozyste, à faire bloc. « Notre pleine participation à la structure militaire de l’OTAN n’est pas une fin en soi, écrit François Fillon dans une lettre adressée aux présidents des groupes socialistes de l’Assemblée et du Sénat, mais un moyen de faire prévaloir les intérêts et les objectifs de notre pays sur la scène internationale. »

Le terrain est habilement choisi : la réintégration dans l’OTAN, quarante-trois ans après que de Gaulle s’est résolu à en sortir, est l’un des angles des critiques formulées par Dominique de Villepin ou Alain Juppé à l’encontre du sarkozysme. Le premier a récemment expliqué que ce retour dans l’OTAN « serait une faute ». Ajoutant : « C’est véritablement la France qui passe sous les fourches caudines d’un autre pays », et réclamant « une indépendance forte de la France » vis-à-vis des États-Unis. Mercredi, Alain Juppé s’est à son tour interrogé sur « l’utilité à sauter le pas ». « Sur l’OTAN, il y a une véritable ligne de fracture avec Nicolas Sarkozy », avoue le député UMP villepiniste Georges Tron. Pour Jean-Pierre Grand, cela va « porter atteinte à l’indépendance ». Même appréciation chez les souverainistes tels Nicolas Dupont-Aignan ou Jacques Myard.

À gauche, l’accélération du processus de réintégration (qui, après le débat parlementaire, serait officialisée lors des cérémonies du 60e anniversaire de l’OTAN, les 3 et 4 avril à Strasbourg et à Kehl), fait bondir : « Le président de la République et son exécutif veulent imposer un choix particulièrement dangereux : celui d’un renforcement de la logique des blocs, celui des tensions internationales et de la guerre », souligne Roland Muzeau, député PCF, qui demande « un référendum sur cette question d’importance ».

Pour un référendum sur la question

Paul Quilès, ancien ministre PS de la Défense : « Ce n’est pas une déclaration de politique générale qui s’imposait mais un projet de loi, voire un référendum. » Pour Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, « la décision est fondée sur des considérations idéologiques, atlantistes ou occidentalistes : on peut souhaiter autre chose pour la France ».

Dominique Bègles

Publié dans Europe

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